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Panne d’air en plongée 

Dans un monde parfait, il ne devrait plus jamais y avoir de panne d’air en plongée. Évidemment, sous l’eau nous ne sommes pas dans notre élément naturel. Le temps que nous pourrons passer à admirer les fonds marins dépendra de notre réserve de gaz. Bien que l’on puisse utiliser de bonnes pratiques pour diminuer notre consommation, il nous faudra à un moment, remonter en toute sécurité. C’est pourquoi, la panne d’air fait peur.

Longtemps, je me suis demandé comment les gens pouvaient sérieusement avoir ce type d’incident en plongée. La panne d’air me semblait, pour dire vrai, un peu « archaïque ». Datant d’une époque où l’estimation de sa consommation et du stock d’air était beaucoup plus aléatoire.

Et pourtant…

Matériel non entretenu ? Manomètre défectueux ? Mauvaise planification ? Distraction ?
Qu’est-ce qui fait que les pannes d’air existent encore dans notre activité, même si elles ne devraient plus exister ?

Panne d’air en plongée : trois situations qui n’auraient pas du arriver

Michelle

Le bleu azur de la mer rouge contraste avec celui du ciel ou étincelle le soleil de ce mois de mai. Michelle et ses binômes se préparent pour une dernière plongée. En effet, c’est la fin de leur séjour en Egypte.

Arrivée à la mise à l’eau, Michelle prend un bloc et le grée. Au moment d’ouvrir la bouteille de plongée, elle n’y parvient pas. Elle appelle Ahmed, le responsable du matériel, qui vient, tourne le robinet d’un quart de tour et dit « oui, oui, elle était déjà ouverte, mais un peu dure. Là elle est ouverte à fond. »

Michelle met son bloc sur son dos et monte sur le zodiac. Elle gonfle son gilet de plongée, respire deux fois dans son détendeur puis avec son octopus. Elle vérifie son manomètre : 190 bar. Parfait !

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Quelques centaines de mètres plus loin, elle se met à l’eau avec sa palanquée. Arrivée à -15m, Michelle ressent des difficultés à respirer. Elle vérifie que son détendeur soit bien en position de débit maximum. Elle continue à descendre. À -20m, l’air ne vient plus. Elle voit son manomètre indiquer 0 bar. C’est la panne d’air en plongée qu’elle a toujours redoutée !

Michelle remonte alors légèrement et recommence à respirer. Elle sait que son manomètre n’est pas défectueux. Elle se remémore la robinetterie difficile et le manque d’entretien évident du matériel. Michelle garde son sang-froid. Elle fait signe à son binôme de la rejoindre, se saisit de l’octopus de celui-ci et lui fait comprendre que sa bouteille est fermée. Sous l’eau, Patrick déserre d’un geste franc la robinetterie coincée. Tous les deux effectuent une très belle dernière plongée.

Causes principales

Un matériel qui manque d’entretien et la confiance de Michelle dans celui qu’elle identifie comme étant le spécialiste.

Luc

Luc se réjouit. Aujourd’hui, il va aller explorer une petite épave. Sur le bateau, le directeur de plongée prévient qu’il peut y avoir du courant. Luc plongera avec un guide de palanquée. Tant mieux. Il n’a qu’une cinquantaine d’immersions. De plus, il a commencé la plongée sur le tard. Aussi, il se sent rassuré d’être accompagné.

Il vérifie son matériel, écoute attentivement le briefing et dit à son guide qu’il est content : « c’est ma première épave !»

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Sous l’eau, très vite, le courant est présent. Luc se sent essoufflé à devoir suivre ce jeune guide à contre-courant. Oui, mais l’épave l’attend là-bas. Alors, il palme jusqu’à voir son manomètre passer en dessous des 100 bars. Il informe le guide qui lui fait le signe OK et poursuit son chemin. 80, 70, 60 bars… et toujours pas d’épaves.

Luc sent l’angoisse le gagner. Clairement, il a peur de la panne d’air en plongée. D’autant qu’ils sont à -30 mètres. L’épave se profile, mais, il ne la regarde pas, son manomètre indique la réserve. Il fait le signe réglementaire au guide qui lui répond OK et commence à remonter en pleine eau. Luc stresse. L’essoufflement couplé à l’angoisse le font vider sa bouteille plus vite que prévu. 

L’aiguille atteint le zéro lorsqu’il arrive au palier. Soudain, la respiration devient difficile. En trois insufflations, il n’a plus d’air et plus du tout confiance en son guide. Aussi, il remonte sans attendre, en apnée, et se retrouve en surface avec un ordinateur qui lui enjoint de redescendre. Le guide le rejoint et le sermonne.

Outré, Luc se tait. Il retourne 3 minutes à -5m sur l’octopus du guide et décide, surtout, d’avoir une discussion franche avec le responsable du centre.

Causes principales

Une plongée inadaptée à la condition physique, le niveau et l’âge de Luc. Trop de confiance de la part du guide. Pas assez de communication. Mauvaise gestion du stress. Trop peu de prise en compte de la consommation réelle de Luc.

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Richard

Quelque part dans un plan d’eau froide, il y a trois ans. Richard et son binôme vont effectuer une plongée « test photo » au départ du bord. Richard a un nouvel appareil photo flambant neuf. Les deux plongeurs sont très expérimentés et ont des centaines de plongées dont plusieurs ensemble. Par soucis de sécurité, ils ont des combinaisons étanches et du matériel tout en redondance.

Ils sont heureux de se retrouver. La météo est clémente. 

Après les checks de rigueur et un briefing précis, ils se mettent à l’eau et entament la plongée. 30 minutes plus tard, ils reviennent sur les -20 mètres. 

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Tout à coup, c’est la panne d’air en plongée. Très vite, Richard se sent couler et est incapable d’injecter de l’air dans son gilet ou dans son étanche. Comme il est équipé d’un bi, il sait qu’il est inutile d’essayer sa deuxième source d’air puisque les bouteilles sont reliées entre elles. Alors, il panique et tente d’atteindre Julien, son binôme. Mais son appareil photo l’encombre. Le temps que son binôme s’aperçoive de la détresse, Richard a déjà bu la tasse. Julien met le détendeur dans la bouche de son ami qui perd connaissance et le remonte aussi vite qu’il peut. Il sait qu’il est tout prêt du bord, alors il a confiance. Malheureusement, en surface, Richard est en arrêt cardio-respiratoire. Il ne reviendra pas malgré la rapidité de sa prise en charge par la sécurité surface présente sur le bord.

Lorsque son matériel sera vérifié, il apparaitra que le robinet du manifold était fermé. Et que la deuxième bouteille de son bi était donc pleine. Richard, occupé par son nouvel appareil photo, avait sans doute oublié la vérification de ce robinet, malgré le check dive effectué.

Causes principales

Mauvais check dive. Nouveau matériel. Éloignement du binôme. Panique.

Les histoires de panne d’air en plongée sont malheureusement plus fréquentes que l’on pourrait croire. S’il n’est peut-être pas réalisable de totalement les éliminer, il est possible de les réduire et de les gérer au mieux.

Causes de la panne d’air en plongée

Il existe de multiples causes de panne d’air en plongée. 

  • Planification hasardeuse : on ne plonge pas ce qui est décidé. Ou rien n’est planifié en surface. Un seul conseil : plongez ce que vous avez planifié et rien d’autre !
  • Distraction : happé par la beauté du monde sous-marin, par les clichés effectués… on oublie de surveiller le stock d’air.
  • Mauvais parcours : itinéraire inadapté, un guide qui veut absolument retrouver son chemin…
  • Ennui durant la plongée : aider quelqu’un qui a un souci, rattacher avec difficulté une bouteille mal sanglée, 
  • Panique ou essoufflement
  • Manque de communication ou communication inefficace
  • Conditions météo : courants violents, courants froids
  • Perte de sa palanquée ou trop grand éloignement avec ses binômes
  • Matériel non entretenu ou défectueux : tous les plongeurs autonomes sont responsables du bon fonctionnement de leur matériel. Même si c’est du matériel de location ! N’acceptez pas de plonger avec un manomètre défectueux. Attention : parfois vous pensez que votre manomètre fonctionne mais l’aiguille ne descend pas en dessous de 50 bar par exemple. Soyez vigilant au comportement de votre manomètre.
  • Matériel inadapté : un lestage beaucoup trop important, une protection thermique insuffisante…
  • Nouveau matériel que l’on ne maitrise pas
  • Bouteille fermée ou mal ouverte

Prévention 

La prévention couplée à la planification sont souvent un gage de bon déroulement d’une immersion et permettent d’éviter les pannes d’air en plongée. Il existe différentes manières d’y parvenir.

  • Contrôler la pression de sa bouteille dans de bonnes conditions (pas juste après un gonflage ni si la bouteille est restée en plein soleil)
  • Présence d’un octopus ou deuxième source d’air clairement identifiée lors du briefing
  • Manomètre en bon état, ou, c’est ma préférence, une sonde de pression fonctionnelle couplée à votre ordinateur
  • Utilisation de matériel connu et entretenu
  • Idéalement : bouteille double sortie et deux détendeurs pour tout le monde. Ou bi-bouteilles.
  • Révision des signes lors du check de pré-plongée
  • Regards réguliers à son manomètre. 
  • Test de sa source d’air secondaire à chaque mise à l’eau
  • Durant l’immersion : rester proche de vos binômes, limiter la profondeur, s’adapter au binôme ayant la réserve de gaz la plus faible…

S’entrainer : l’exercice de la panne d’air

Bien qu’elle ne devrait plus arriver, la panne d’air en plongée reste encore parfois une réalité. Aussi, vous devez apprendre lors de votre formation les gestes indispensables. D’abord en milieu protégé à faible profondeur, ensuite en milieu naturel.

  • Reconnaitre/faire le signe de panne d’air
  • Présenter/prendre une source d’air à votre binome
  • Remonter ensemble

C’est assez simple. Avec un peu de calme, tout se passera exactement comme il se doit.
N’hésitez pas à refaire de temps en temps cet exercice de panne d’air avec vos binômes. De cette manière il restera pour vous un automatisme.

Réagir

Si malgré toutes vos précautions, votre binôme ou vous-mêmes veniez à tomber en panne d’air en plongée, réagissez avec calme. Et effectuez les gestes que vous aurez appris lors de votre formation de plongée.

  • Attrapez votre binôme (par la sangle du gilet par exemple) 
  • Présentez-lui une source d’air (première ou seconde selon ce que vous aurez déterminé au briefing). De plus en plus de plongeurs disent à leur binôme de venir s’emparer leur source d’air principale. Ils ont une deuxième source autour de leur cou.
  • Permettez à votre binôme de prendre un instant pour retrouver son calme.
  • Rassurez-le du regard  et maintenez un contact visuel s’il est angoissé
  • Continuez à le tenir (bras dessus, bras dessous ou par la sangle du gilet) 
  • Remontez en surface calmement en vous dirigeant si possible vers la sortie (bateau ou mise à l’eau).
  • Effectuez les paliers obligatoires (nul besoin d’avoir un suraccident)

Conclusion

Aujourd’hui, le matériel moderne est fiable et efficace si bien entretenu. Les sondes de pression couplées à un ordinateur peuvent donner une information précise du temps qu’il est encore possible de rester à la profondeur de lecture pour en fin de plongée remonter avec le stock de gaz planifié. Les procédures sont revues régulièrement et adaptées.

De ce fait, on peut dire que la panne d’air est à présent principalement due à une erreur humaine : distraction, angoisse, perte de sa palanquée, manque d’habitude… ou négligence vis-à-vis de son matériel. 

La panne d’air en plongée ne devrait plus exister. Mais voilà, nous sommes humains. Et donc, parfaitement imparfait. Alors il nous reste à mettre en place les bonnes pratiques en termes de prévention et de réaction. Et aussi, à être vigilants envers nous-même et envers les autres. Pour des plongées avec plaisir et en toute sécurité.

La panne d’air en plongée, quelles sont vos expériences ? 

Dites-moi cela dans un commentaire ci-dessous pour en faire profiter le plus grand nombre.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène