L’angoisse en plongée, un ennemi silencieux

L’angoisse en plongée, on en parle, … ou pas, justement.

Ce vendredi, lorsque j’arrive au plan d’eau, j’ignore encore que je vais expérimenter une angoisse en plongée… et pourtant.

Les conditions en surface sont bonnes : je suis reposée, le temps est au beau fixe, la mise à l’eau facile,… Et je plonge dans un environnement que je connais très bien avec mon binôme habituel.

Nous avons prévu d’effectuer une plongée profonde à -50m dans des eaux sombres et froides. Pour l’occasion, nos blocs de plongée sont remplis d’un mélange de gaz TRIMIX afin d’annuler les effets narcotiques.

Cette plongée, nous la connaissons fort bien et l’avons déjà réalisée à de nombreuses reprises. Je prends la direction de palanquée car, sur cet itinéraire, je pourrais presque descendre « les yeux fermés » vers notre but, une épave de petit voilier.

Les conditions de plongée

Sans surprise, sous l’eau, les conditions sont mauvaises.

Dès la profondeur de -30 m nous évoluons dans une eau tout à fait noire d’encre avec une visibilité ne devant pas dépasser les 50 cm.

Bien sûr nous connaissons très bien l’endroit. Pourtant, cette fois, nous devons presque avancer à tâtons tellement la visibilité est mauvaise.

Arrivés sur un plateau à -46m, je balaye autour de moi avec ma puissante lampe de plongée pour chercher mon point de repère. De là nous devons piquer vers les -50m. La lumière est quasi totalement absorbée par la noirceur des fonds qui nous entoure, qui nous enveloppe.

Je sais que l’épave est là tout près de nous et pourtant, je ne la vois pas. Devant moi, juste du noir et des suspensions blanches qui nous plongent dans une ambiance étoilée presque hypnotique.

Lorsque l’angoisse survient en plongée…

Alors que je connais si bien cet environnement, je sens un sentiment d’angoisse me gagner, insidieusement.

Très vite, mon esprit allume alors un signal puissant disant :

« attention, une panique à cette profondeur = danger ».

Je fais deux respirations calmes et profondes et me tourne vers mon binôme. Je lui indique que cela ne va pas trop et que nous allons entamer la remontée. Nous nous retournons directement vers le tombant et commençons sans attendre mais sans précipitation à remonter.

Je n’ai habituellement pas peur du noir en plongée. Pourtant, ce jour-là, je suis hypnotisée par ce manque de lumière. Le faisceau de ma lampe étant réduit et totalement absorbé par l’environnement, comme c’est souvent le cas à cet endroit-là.

J’attrape la main de mon binôme alors que nous sommes quasi épaules contre épaules… Je ne veux absolument pas à ce moment précis que nous nous perdions.

Le sentiment d’angoisse est toujours présent, latent dans mon esprit et envoie ses vilaines vibrations dans tout mon corps. C’est qu’il semble m’aimer beaucoup ce jour-là, moi pas.

Bientôt, nous atteignons la zone claire au-dessus des -30m.
En quelques gestes, j’explique alors à mon binôme que je n’étais pas à l’aise en dessous.
Il sourit du regard, me fait signe que tout est ok et nous terminons la plongée tranquillement.

Comme nous avions 15 minutes de paliers obligatoires, il nous fallait bien rester sous l’eau.
Au final, nous ferons une bien belle plongée.

L’angoisse en plongée, ça peut vraiment arriver ?

Tout en me remémorant cette récente angoisse en plongée, je pense à une question qui m’est régulièrement posée en privé par des internautes :

« est-ce qu’il m’arrive de ressentir l’angoisse en plongée ?»

En ce qui me concerne la réponse est : « Oui cela m’est déjà arrivé plusieurs fois, et oui cela est déjà arrivé à de (très) nombreux plongeurs et plongeuses ». L’angoisse est cette ennemie silencieuse qui peut venir vous envahir lors de vos plongées, sans prévenir.

Mais malheureusement peu en parle.

Pour ma part, ni le fait d’être monitrice, ni celui d’être blogueuse dans la plongée ne me met à l’abri d’une angoisse, d’une erreur ou d’un autre problème quelconque.

Cependant, il me semble qu’il reste encore une sorte de honte d’être « faible » ou de peur d’être jugé si on exprime son angoisse. Alors qu’en parler, c’est tellement plus simple à vivre et cela aide aussi les autres à délier leurs langues… Et à s’exprimer sur leurs propres expériences de peur.

Conséquences de l’angoisse en plongée

Bien sûr, un sentiment d’angoisse en plongée est très désagréable sous l’eau et potentiellement dangereux. Vous rappelez-vous ce que je vous avais expliqué sur les effets du stress en plongée ?

Vous reconnaitrez facilement l’angoisse en plongée. En effet, comme sur terre, l’angoisse en plongée fait cogner notre coeur dans notre poitrine et trembler notre corps nous donnant l’impression d’avoir les jambes en coton. Elle accélère notre respiration ou nous donne une sensation d’étouffement. Comme elle peut créer une confusion dans notre esprit, elle peut nous faire prendre des décisions irraisonnées comme celle de remonter trop vite et de risquer une surpression pulmonaire. Non gérée, elle peut aboutir à une véritable crise de panique aux conséquences parfois dramatiques. Enfin l’angoisse en plongée nous laisse parfois à l’esprit le souvenir de ces sensations désagréables et la peur de devoir la croiser lors d’une prochaine immersion.

L’angoisse en plongée est une ennemie silencieuse qu’il faut prendre bien au sérieux pour ne pas risquer un incident voir un accident.

Aussi, il est primordial dans le cas d’angoisse en plongée d’informer rapidement son binôme. Car en ne le faisant pas, on peut se mettre en danger et mettre son binôme en danger aussi. (Si à un moment on ne gère plus il peut lui aussi mal réagir ne comprenant pas ce qu’il se passe).

Il est très important de communiquer ce que l’on ressent à son binôme c’est une règle fondamentale de sécurité. Cela fait aussi partie de la prévention des accidents.

Ce n’est pas grave d’avoir un moment d’angoisse en plongée. Mais il faut faire sa plongée sans se mettre en danger soi ou les autres.

Une deuxième interrogation directement en lien avec la première peut alors surgir :

Est-ce qu’une angoisse en plongée peut revenir lors d’autres plongées dans le futur ?

A mon sens, la réponse est « peut-être, peut-être pas ».

La différence c’est que, lorsque l’on a vécu une angoisse en plongée, « on sait » et cela peut rendre les choses plus gérables.

Dès lors, expérimenter l’angoisse sous l’eau nous permettra peut-être d’en comprendre son origine et de l’aborder plus sereinement si elle revient.

Car l’angoisse en plongée est une ennemie silencieuse qu’il convient de reconnaitre, comprendre et apprivoiser.

7 pistes de réflexion pour comprendre les causes d’une angoisse en plongée

Comprendre pourquoi on a vécu une angoisse en plongée permet souvent de la démystifier et surtout de prévenir une angoisse future.

Voici 7 pistes de réflexion :

Lieu de plongée: Le lieu de plongée était-il habituel ? Le centre ou directeur de plongée était-il de confiance (dans notre esprit ou en réalité) 

Planification: La plongée a-t-elle été bien préparée ? Le briefing était-il suffisamment complet pour comprendre le déroulement de la plongée ? Le binôme était-il connu ?

Narcose: La profondeur atteinte était-elle supérieure à -30m ? Le gaz utilisé était-il adéquat ?

Matériel: Le détendeur (et le reste du matériel) est-il bien entretenu ? La bouteille était-elle tout à fait ouverte ? La combinaison n’était-elle pas trop serrée ? (Ou la sangle pectorale du gilet). Le lestage était-il adapté ?

Conditions de plongée: La mise à l’eau a-t-elle été précipitée ? Y avait-il du courant ? La visibilité était-elle moins bonne que d’habitude ? Y a-t-il eu une ou plusieurs contrariété avant la mise à l’eau ? La plongée était-elle adaptée à notre niveau et à notre expérience ?

Esprit: Était-on préoccupé par des soucis particuliers professionnels, familiaux ou autres? Était-on suffisamment bien reposé ? Avait-on veillé tard la veille ? Un évènement douloureux s’était-il produit dans notre entourage ? A-t-on eu l’esprit envahi par des pensées négatives ?

Corps: Sortait-on d’une maladie pour laquelle nous avions pris des médicaments ? Était-on en période de menstruations ? (Mon expérience me montre que je suis beaucoup plus sensible sous l’eau aussi à ce moment-là notamment point de vue des émotions). Devait-on palmer plus que d’habitude pendant cette plongée par exemple à cause du courant ? Avait-on froid ou faim ?


Cette liste n’est pas exhaustive. Si aucune de ces pistes n’aboutit à la compréhension de l’angoisse en plongée, il est également possible d’admettre que l’on peut aussi ne pas trouver d’explication rationnelle visible.

Que faire si l’angoisse revient ?

  • Avertir son binôme
  • Entamer tout doucement la remontée jusqu’à la disparition du sentiment d’angoisse (ça ne veut pas dire qu’il faut obligatoirement arrêter la plongée mais au minimum remonter de quelques mètres, souvent cela suffit). Si besoin est, remonter en surface et terminer la plongée, on plongera une prochaine fois.
  • Palmer le moins possible pour ne pas s’essouffler
  • Respirer le plus calmement en insistant bien sur l’expiration
  • Concentrer son esprit sur autre chose. Si on aime la photo prendre un appareil photo avec soi, c’est magique contre l’angoisse car l’esprit se concentre sur la photo. Ou observer l’environnement avec sa lampe de plongée également pour fixer son attention et son esprit.

Existe-t-il des techniques pour gérer l’angoisse en plongée ?

A mon sens, la réponse est oui.

D’abord il convient de veiller à ce que les conditions de base d’une plongée sereine soient réunies:

  • Assurer vous que vous êtes serein par rapport aux 7 pistes de réflexion décrites plus haut mais aussi ;
  • Effectuer des plongées en respectant une progression en terme de difficultés
  • Ne pas brûler d’étapes
  • Bien se former à son rythme
  • Ne pas avoir peur de prendre le temps d’acquérir de l’expérience
  • S’assurer que les conditions sont toujours optimales : conditions météo, centre de qualité, binômes de confiance, état physique et psychologique bon,…
  • S’assurer que notre matériel est bien entretenu
  • Demander un briefing de qualité et poser toutes les questions de précision que vous jugerez nécessaires
  • Réduire si besoin la profondeur
  • Ne pas faire d’effort pendant la plongée : non on ne palme pas comme si notre vie en dépendait. On reste cool et zen et on effectue des mouvements lents
  • Respirer bien calmement et profondément
  • Ne pas hésiter à renoncer à une plongée si on ne le sent pas

Ensuite, il existe des techniques qui peuvent nous aider à dépasser une peur de l’angoisse : Hypnose, méditation, pleine conscience, yoga,… Toutes les techniques visant la relaxation du corps et de l’esprit sont intéressantes à expérimenter en vue de plonger avec une maximum de sérénité.

Chacun et chacune devant apprendre à se connaitre et trouver la méthode qui lui conviendra le mieux.

Astuce :

Récemment j’ai croisé un plongeur « extrême ». Un jeune gars effectuant des plongées très engagées dans des endroits pas toujours faciles d’accès. Il me confiait qu’il s’était fixé une règle à laquelle il ne dérogeait jamais et que j’ai envie de partager avec vous :

« Si je vais plonger et qu’il m’arrive avant la mise à l’eau deux contrariétés, de quelque nature que ce soit, je renonce. Peu importe la beauté de la plongée planifiée ».

Partagez cet article sur tous vos GROUPES préférés si vous voulez aider à la PREVENTION des incidents/accidents de plongée

Et vous quelles sont vos astuces pour reconnaitre, éviter et/ou gérer l’angoisse en plongée ?

Et surtout, … n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

Prévention des accidents, formations, destinations,… Pour ne rien louper, c’est ici