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Les Galapagos (et nos autres plongées) ont-ils une face cachée ? 

Parc marin, Darwin, Wolf, requins-marteaux, lions de mer, iguanes marins, tortues, requins-baleines, raies mantas… les Galapagos font rêver et on comprend vite pourquoi. Pourtant, ce paradis de la plongée est aussi en proie à de mauvaises pratiques. Focus sur la face cachée des Galapagos et pourquoi je n’ai plus vraiment envie d’y plonger. 

Un départ incertain

Printemps 2022, j’embarque pour une croisière de 11 jours aux Galapagos : le rêve intégral. Il faut dire que ce voyage, je l’ai attendu. Planifié depuis des années, reporté en 2020… Il était devenu comme une sorte de quête inaccessible. Les conditions de plongée et de voyages dues au COVID ayant souvent bougé au cours des deux dernières années, je ne savais pas vraiment si j’allais pouvoir m’y rendre. 

Pourtant, je finis par prendre l’avion et à me retrouver sur ces îles équatoriennes, perdues au bout du monde, berceau d’une faune et d’une flore indescriptible. Au milieu de cette nature aux allures vierges, je fais route pour les îles éloignées de Darwin et Wolf.

L'île de Wolf au large des Galapagos.

Préparation de l’immersion

Avec le groupe de plongeurs et plongeuses, nous trépignons d’impatience. C’est que ces îles sauvages sont réputées pour leurs bancs de requins-marteaux. C’est un peu pour cela que l’on a franchi l’océan Atlantique, un morceau du Pacifique et navigué près de 20 heures.

Nous écoutons avec attention notre guide qui nous parle du déroulement des plongées du lendemain. Mais également de l’attitude à avoir avec les requins : ne pas aller vers eux (ils partiront plus vite que vous), retenir un peu sa respiration pour qu’ils s’approchent de vous afin de réaliser de beaux clichés… A ce moment, je suis impatiente, mais je ne pense pas encore que je vais découvrir la face cachée des Galapagos.

Le lendemain matin, nous sommes tous prêts bien à l’avance, excités à l’idée de croiser la route des grands prédateurs. 

La mise à l’eau se fait comme prévue, sans accros, en immersion négative. Directement, nous sentons le courant et nous nous rassemblons derrière un rocher. Notre guide nous fait signe de le suivre jusqu’au bord du tombant. Nous quittons l’eau très chaude (27°C) et descendons un peu plus bas là où il fait plus froid. Le guide agrippe des roches et se plaque au sol nous intimant de faire comme lui.

La face cachée des Galapagos

Je ne suis pas du tout une extrémiste du « on ne touche rien ». Mais je n’ai aucune envie de me vautrer sur le fond à même la vie marine. Alors je sors mon hook. Très vite cependant je me rends compte qu’il n’est pas efficace. En effet, le courant nous balance dans tous les sens. Pas moyen de trouver un point d’accroche suffisamment fiable.

Qu’importe, je décide de faire du sur place en palmant calmement, juste au-dessus du fond. Parfois, je tiens à une main la roche (en regardant où je la place). Cela en prenant soin de ne rien abîmer. Mon binôme fait de même. Les autres membres du groupe écoutent le guident et s’affalent sur le sol. Certains s’assoient, calés entre des rochers, les palmes bien à plat sur le sol.

Voilà donc la face cachée des Galapagos. J’hallucine !

La face cachée des Galapagos nous montre des plongeurs assis ou couchés sur les roches.

Les plongées se suivent et se ressemblent. Certains se photographient même assis comme sur un siège, le bloc de plongée écrasant tout. Des palmes cassent des éponges, des coquillages craquent, des anémones se déchirent. Les autres groupes d’autres bateaux font exactement la même chose.

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Alors bien entendu, il ne s’agit pas de beaux poissons, de merveilleux requins ou d’autres espèces bénéficiant du même intérêt photographique et d’une belle réputation. Mais c’est une vie fixée petite et riche. Colorée, agréable au regard. intrigante.

Le moment du choix

Après quelques plongées, le guide discute avec moi en surface et me demande si j’ai fait de belles photos. Je lui réponds que ce n’est pas simple avec le courant et les requins qui demeurent parfois un peu loin. Il me dit alors que c’est parce que je ne me plaque pas au sol. Que je dois me caler entre les rochers et ne plus bouger. Il précise que c’est comme ça qu’il veut que je fasse. Que je ne peux pas rester juste au-dessus en tenant la roche du bout des doigts.

Je le regarde et lui explique que si la règle exige que je m’affale sur la faune et la flore, ce n’est pas un problème. J’ajoute que j’ai mon pc et que je profiterai qu’ils sont dans l’eau pour écrire. Mais je refuse d’adopter le comportement qu’il me demande d’avoir. Même si tout le monde le fait. 

Mon guide ouvre grand les yeux : tu préfères ne pas plonger que de faire comme je te le demande ? m’interroge-t-il.

Très sérieusement, je lui signifie que oui. Que ce n’est pas vraiment un souci. Que je serai déçue, certes, mais que je ne veux pas, juste pour faire des clichés et passer quelques heures sous l’eau, détruire la vie marine. Je refuse de participer à cela.

La face cachée des Galapagos : des plongeurs sont couchés ou assis sur le sol aux Galapagos.

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Mon choix

Alors bien entendu, certains diront que ce n’est pas trop grave, qu’il y a peu de bateaux autorisés et donc peu de plongeurs. Ils auront surement raison. Ils ajouteront peut-être qu’il n’y a pas tant de vie fixée que ça. Mais à mes yeux cette face cachée de nos plongées aperçue ici aux Galapagos, c’est tout de même trop. Je ne me sens pas le droit d’influer de la sorte sur l’environnement. Pas en 2022. Pas avec ma sensibilité écologique.

Et puis toute la question est : où place-t-on le curseur de ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ?

Dans ma manière de voir les choses, je conçois que l’on puisse abimer par inadvertance. Se cogner, être pris dans le courant, mal évaluer la distance aussi et casser quelque chose (et en être désolée). L’erreur et l’accident peuvent survenir. Mais pas que casser soit institué.

User de mon privilège d’être là-bas (ce voyage coûte un bras et seul un petit nombre y a accès) pour me coucher ou m’assoir au sens vrai du terme sur la vie marine ne me convient pas. De plus, je sais aussi que 90% des clichés que je vais réaliser vont finir dans la poubelle. Les images des requins-marteaux existent déjà partout sur le web. Des photographes de talent sont déjà passé là avant moi. Je ne serai pas la personne qui témoignera de la beauté des fonds marins pour sensibiliser les gens au travers de mes photos, à ce prix là. Je le ferai autrement, avec des mots.

Soulagement

Finalement mon guide apparait un peu mal à l’aise vis-à-vis de ma position. C’est un chouette gars, je l’apprécie. Alors, il me dit de faire comme c’est le mieux pour moi. Que je peux ne pas me poser sur le sol si je préfère.
Dans la foulée, je lui précise aussi que, si ça ne le dérange pas, j’aimerais pouvoir ne pas rester accrochée durant une heure à la même place pour les requins-marteaux. Que s’il est OK, je zonerai un peu en arrière là où le courant est plus faible, mais la faune et la flore d’une infinie richesse. Que je resterai toujours « à vue » et lui promet d’être vigilante à ses indications.  Il accepte.

La vie fixée est discrète, mais fragile et lumineuse aux Galapagos.

Mes plongées suivantes seront merveilleuses. Je ne saurai plus où donner du regard. Entre les moments d’observation des requins-marteaux et ceux où je me balade en retrait au milieu de la vie marine, ce sera le paradis. Car, si les requins-marteaux sont sincèrement impressionnants, la vie sous-marine sur les récifs est bluffante aux Galapagos. Je n’ai jamais vu autant de tortues, de murènes en pleine eau, de bancs de poissons… que là-bas.

Bien sûr, je fais l’effort de ne plus regarder le comportement des autres. De ne plus voir les bouteilles qui choquent la vie fixée et m’écorchent le cœur. Toutes ces palmes qui labourent le sol non plus.

La face cachée des Galapagos : qu’en pensent les autres ? 

Si vous vous interrogez sur le fait de savoir si j’en ai parlé aux autres participants à la croisière, la réponse est oui. Mais je n’impose jamais ma façon de voir les choses. Je leur ai juste partagé mon point de vue. La plupart m’assureront qu’il n’y a pas grand-chose sur les roches. C’est vrai, sur ces rochers-là, pas de requins ni de dauphins, mais une vie toute petite, toute fragile. Personne à l’exception de mon binôme et moi-même n’a choisi de faire autrement. Parce qu’à la clé, il y avait de beaux clichés.

Hélène Adam quand elle découvre la face cachée de la plongée aux Galapagos.

Avant de partir…

Peut-être n’est-ce finalement pas si grave. Peut-être fait-on pire ailleurs. Il n’empêche… Mais je ne peux rester indifférente. Et je refuse de faire partie de ces instagrameurs qui détruisent les océans !

Je n’ai pas de jugement sur ce que font les autres. Chacun et chacune avancera avec sa conscience et ses valeurs. Pour ma part, je me contente de plonger en étant le plus en accord possible avec mes propres valeurs.

La face cachée des Galapagos se retrouve aussi à plein d’autres endroits, partout autour du monde. C’est juste que, souvent, comme on en fait aussi partie, on n’en est pas fier et on n’en parle pas. Et là, dans ce sanctuaire de la biodiversité, ça m’a vraiment plus frappée.

Quel est votre point sur la face cachée des Galapagos et d’autres lieux ? Quelle attitude choisissez-vous vraiment d’adopter ? 

Dites-moi cela en commentaire.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 😊

Hélène