Dominique Sérafini, illustrateur voyageur

L’aventure de Different Dive est avant toute chose celle d’une envie d’aller à la rencontre des autres. Ce fut le cas cette fois-là lorsque ma route a croisé celle de Dominique Sérafini.

Dominique est très certainement le personnage le plus insaisissable que j’ai rencontré dans le cadre de mon blog cette année. Artiste passionné des océans. Voyageur insatiable. Attaché au passé et aimant le présent… l’homme a de quoi surprendre.

C’est lors d’un voyage plongée sur l’île paradisiaque de Bonaire que je contacte Dominique. Résidant sur ce petit caillou du bout du monde où il a ancré son voilier, il me partage son univers l’espace d’une rencontre improvisée. 

Hélène Adam et Dominique Sérafini regarde un iguane sur un muret devant la mer à Bonaire
Drôles de bêtes | © Different Dive

Dominique Sérafini, l’illustrateur

Difficile d’ignorer le travail de Dominique Sérafini lorsque l’on évolue dans le monde de la plongée sous-marine. Peintre, dessinateur de BD et conteur, l’homme est un artiste dans l’âme. 
Un artiste dont l’œuvre est toute entière consacrée à son amour pour la mer.

En effet, après avoir étudié à l’école des beaux-arts à Paris, c’est sur la Calypso avec le commandant au bonnet rouge qu’il combinera son amour pour le dessin avec celui de la mer.

Ma possibilité de dessiner a été mon joker pour embarquer dans l’univers de la plongée. J’aime par-dessus tout voir venir des personnes qui viennent dire qu’ils ont commencé à plonger avec mon livre. Je connais les techniques, j’ai appris à dessiner. 
Je dessine sous l’eau pour mémoriser les sujets. 
Avec une tablette de plastique, un crayon gras et une gomme.

Dominique Serafini

Dominique me parle de la mer au travers de ses peintures, comme si nous étions plongés ensemble dans le kaléidoscope de sa vie bien remplie. Nous partageons notre amour de la plongée en Martinique pour laquelle il me montre ses dessins du Tamaya ou encore celle de Bonaire racontée dans ses peintures.

Épris de liberté, Dominique n’a jamais eu de patron.

J’ai toujours vécu de mes dessins et peintures. Pas toujours bien, mais toujours avec cette idée de liberté.

Dominique Serafini

Entrée dans l’univers de la plongée

Dominique est arrivé dans le monde de la plongée un peu par hasard.

Au départ de son activité de chasse sous-marine lors des vacances en Corse durant son adolescence, il est «réquisitionné » pour aller décoincer une ancre d’un voilier.

Par chance, le propriétaire du bateau dispose d’un matériel de plongée et donne à Dominique un mistral.
C’est l’émerveillement. 

Non seulement il peut respirer sous l’eau, mais en plus les poissons ne le fuient plus. Alors que c’est le cas durant son activité de chasse sous-marine. Il réalise qu’il peut avec la plongée bouteille passer beaucoup plus de temps sous l’eau. Dominique est séduit.

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L’aventure de la Calypso

Dominique fait partie de ces personnages hauts en couleur qui ont eu la chance de croiser la route du commandant Cousteau. Parler de cette aventure avec Dominique Sérafini, c’est être embarqué immédiatement avec lui dans ses périples. En feuilletant son livre « les bulles de la Calypso », nous parcourons une époque de sa vie qu’il chérit particulièrement.

Il faut dire que les diverses expéditions auxquelles il a participé sur la Calypso en tant que dessinateur l’ont manifestement profondément marqué. Dominique a des étincelles dans les yeux quand il évoque son parcours sur ce bateau mythique et son travail auprès du célèbre commandant au bonnet rouge. 

Dominique rencontre une première fois Jean-Yves Cousteau en 1960. Mais c’est plus de 20 ans après qu’il le recroise et que les deux hommes vont décider de travailler ensemble.

Cousteau cherchait des gens qui savaient faire des choses que lui ne savait pas faire et/ou qu’il n’avait pas le temps de faire, me raconte-t-il.

J’ai apporté à la plongée de la fantaisie et ma créativité.

Dominique tient son livres "les bulles de la Calypso" devant ses peintures.
Les bulles de la Calypso | © Dominique Sérafini

Qu’est-ce que la plongée a donné à Dominique Sérafini ? 

Fidèle à son personnage tout en contraste, Dominique me répond d’emblée que la plongée lui a tout pris tout en précisant qu’elle lui a apporté énormément. 

En effet, d’une part, il ne peut mettre de côté l’aspect énergivore de la plongée qui empiète inéluctablement sur la vie privée. Et cela en temps, mais aussi en énergie.
D’autre part, il me dit que la plongée lui a permis de voyager. Sur la Calypso bien entendu mais aussi sur son voilier dans la Caraïbe et d’autres mers du monde. Il ajoute que la plongée lui a ouvert l’esprit et lui a fait rencontrer de jolies filles ! Dominique me fait rire en disant que pour lui, être avec une non-plongeuse c’est impossible.

Dans la plongée j’ai trouvé de tout : du bonheur, des difficultés, des angoisses…

Dominique Serafini

Il est conscient d’avoir fait partie d’une génération qui a eu la chance après la guerre de pouvoir voyager, exprimer sa fantaisie… Pour lui, plonger c’est partir à la découverte d’un monde extraordinaire. Un univers où on est bien. Un espace sans chocs ni difficulté.

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Plutôt plongeur TEK ultra équipé ou plongeur LOISIR léger ? 

Dominique voit la plongée récréative, la plongée bonheur, comme de la plongée peinarde avec un minimum de matériel. Mais à côté de cela, il aime particulièrement la plongée aventure comme il a pu la vivre sur la Calypso. Il apprécie avoir un côté un peu compliqué dans la plongée, mais pas point de vue matériel.

Je vois des plongeurs qui sont là avec du matériel lourd ou une caméra sur la tête, une autre dans le dos… mais à la fin c’est pour quoi ? ajoute-t-il.

Dominique Serafini

À propos de l’évolution de la plongée…

Peut-être parce qu’il a participé à des aventures extraordinaires notamment sur la Calypso, Dominique se montre un peu pessimiste sur ce point. S’il pense qu’il va y avoir des gens qui vont rester libres, la plupart des autres vont, selon lui, se structurer. On assistera à la transformation du plongeur aventurier au plongeur client : « j’ai payé pour voir la manta, où est la manta ? »

Dominique Sérafini redoute de voir disparaître l’esprit « aventurier ».

Il précise qu’à son sens, la plongée libre sans bouteille va se développer de plus en plus. Pratique qu’il apprécie et dans laquelle il se sent particulièrement bien également.

Un tableau de Dominique Sérafini représentant les fonds marins de Bonaire.
Le monde d’en dessous | © Dominique Sérafini

Y a-t-il encore de la place pour les jeunes qui voudraient innover ? 

Forcément puisque les vieux vont partir !

Dominique Serafini

Tout comme Pierre-Yves Cousteau m’en avait parlé, pour Dominique Sérafini, on a tous une différence, une singularité. Dès lors, il est intéressant de la développer et d’en faire profiter les autres. C’est avec sa spécificité de dessinateur qu’il a pu embarquer sur la Calypso.

Lorsque nous parlons de tout ce qu’il reste à découvrir et des métiers de la plongée, Dominique tient à mettre en garde par rapport à la transformation d’un plaisir en une activité quotidienne.

« Il ne s’agit pas de perdre le plaisir de la plongée en devenant un professionnel » dit-il. En effet, selon lui, il est important de toujours garder l’amour de l’activité. Et ce n’est pas moi qui vais le contredire.

Dominique pense qu’être Guide de plongée (ou Dive master) est excellent, car cela enlève la contrainte de l’apprentissage. D’autre part, pour lui le moniteur de plongée est un job super pour un jeune qui veut voyager, s’amuser, acquérir de l’expérience.

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La vision de l’enseignement de la plongée selon Dominique : entre passé et modernité

S’il est évident lorsque vous discutez avec lui que Dominique Sérafini reste attaché à ses expériences de l’époque Cousteau et de la Calypso, l’homme n’en a pas moins des avis bien définis sur la plongée d’aujourd’hui. 

Au risque de me mettre en porte à faux avec les comités techniques pour moi la plongée, c’est comme le vélo. Si on te donne un cours théorique d’une semaine, tu ne vas pas savoir rouler. Il faut te mettre en selle et pédaler. C’est ça la plongée. Pas de rester pendant des heures assis sur une chaise à en discuter.

Dominique Serafini

Dominique est comme cela. Il préfère de loin le parler « vrai » que le politiquement correct qui ne l’intéresse pas.
Bien sûr, il n’ignore pas qu’il faut apprendre les règles en rapport avec la compression/décompression et les « bêtises » à ne pas faire. Mais pour le reste, il pense qu’il faut surtout plonger. Car Dominique me dit que certaines personnes ne sont pas préparées aux ennuis de la plongée et ne savent pas réagir à un essoufflement, une panique… Aussi, il préfèrerait de loin que ce soit là-dessus que l’on axe les apprentissages. 

Pour Dominique, l’idée est d’éviter les accidents principalement sur trois temps :

  • Au début on ne connaît pas => danger
  • Juste après on pense que l’on connaît => danger (car on ne connaît pas vraiment)
  • Avec beaucoup d’expérience, on est certain que l’on connaît => danger, car on oublie que l’on ne connaît jamais tout.

Il insiste aussi sur l’importance de la forme physique qu’il entretient notamment durant ses immersions en plongée où en chasse sous-marine. Ceci, car il est convaincu qu’il n’aurait pas pu tenir le coup s’il avait fait comme les plongeurs qui fument, boivent trop, mangent des crasses…

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Les projets pour le futur de Dominique Sérafini

Entre nostalgie d’une plongée d’antan et plaisir de continuer à gouter aux joies des immersions (qu’il préfère profondes), Dominique continue de créer. Comme pour conjurer le temps qui passe et continuer à partager son amour immense pour les fonds bleus avec le public.

Dernièrement, il a signé avec sa compagne Catherine Salisbury un livre destiné à expliquer la problématique des poissons-lions dans la Caraïbe. Un livre à destination du jeune public (« mais pas que »), publié en français et en anglais. Cet homme-là ne s’arrêtera pas.

Le teint buriné et les cheveux au vent, il laisse son regard s’égarer quelques instants dans la couleur azur de la mer qui borde la terrasse avant de clôturer notre rencontre durant laquelle nous avons vraiment beaucoup ri.

Dominique et Hélène montrent les livres "les bulles de la Calypso" et "Lion Fish Escape"
Un peu de lecture ? | © Different Dive

Avec passion et talent, Dominique illustre les océans. Alors que vous pensez avoir saisi sa pensée, il vous surprend et glisse dans les méandres de son histoire, de ses émotions et de sa créativité. Tel un poisson, il navigue dans des flots, insaisissable. Tout comme l’océan, son amour de la mer n’a pas de frontière. Pour le partager, Dominique a besoin de créer, de vibrer et d’oser, car dit-il :

La seule chose qu’on puisse faire dans la vie c’est d’oser… ou finir avec la zappette devant la TV

Dominique Serafini

Oser, vous avez dit OSER ?

Dominique Sérafini, cet illustrateur des fonds marins continue de marquer positivement des cohortes de passionnés de plongée.

Connaissez-vous son oeuvre ? Avez-vous déjà eu l’opportunité de le rencontrer ?

Racontez-moi cela dans un commentaire ci-dessous. Ce sera un plaisir d’échanger ensemble.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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