Plonger et manger du poisson : une contradiction ?

Amoureuse des océans et de la vie marine, je me suis récemment posé la question de savoir si plonger et manger du poisson et autres fruits de mer était une contradiction.

Un de mes amis plongeurs à l’habitude de me dire  » fish are friends not food« 

En ce qui me concerne, sole, rouget, saumon, perche,… mais également homard, coquille Saint-Jacques, bulots,… À l’évocation de ces noms, j’imagine les fonds des océans mais parfois aussi des plats succulents dans mon assiette. Et j’apprécie goûter les spécialités lors de mes voyages autour du monde.

Et pourtant, plonger et manger du poisson, n’est-ce pas contradictoire ?

Pour les plongeurs et plongeuses, se retrouver dans des bancs de poissons est juste fantastique. La richesse de la vie marine nous émerveille et nous n’avons cesse de nous extasier sur les espèces qui foisonnent devant nos yeux émerveillés.

Sauf que nos yeux risquent bien de ne plus pouvoir admirer un tel spectacle. À moins de pouvoir se déplacer loin dans des régions isolées et encore préservées.

Il y a peu, j’ai vu le reportage de Hugo Clément « sur le front des océans ». Dans ce film défendant la cause des fonds marins, il est annoncé que 40% des poissons pêchés le sont par erreur et ne seront donc pas consommés. Ils mourront inutilement… Quel gâchis !
Bien sur, ce chiffre n’est pas isolé et l’on en retrouve des similaires qui laissent à réfléchir dans de nombreuses publications. Selon le WWF par exemple, plus de 30% des stocks mondiaux de poisson sont en surpêche.

Responsable de l’appauvrissement des écosystèmes marins dans certaines parties du monde, la pêche industrielle intensive est évidemment pointée du doigt. Tout comme d’autres pratiques tout aussi dommageables (pêche de requins pour les ailerons…). Consommer les produits de la mer participerait donc à son appauvrissement. Ce qui pour moi représente une contradiction par rapport à mon amour de la plongée et mon envie de continuer à évoluer dans un milieu marin riche et poissonneux.

Il y a quelques temps, j’avais écrit un article sur la pêche aux Marquises et l’incompréhension de la population devant l’autorisation des décideurs d’autoriser la pêche dans une zone jusqu’ici préservée. Des chaluts étaient en route pour aller se servir dans les stocks de thons gras…

…Poissons pêchés notamment pour la consommation de sushis.

Alors on pourrait dire que cela concerne les pays asiatiques. Rien ne serait plus faux. Chez nous les sushis bars se développent partout. Les grandes surfaces proposant même des services traiteurs sushis. Le sushi a bonne presse et sa réputation de nourriture saine aide à son développement. Pourtant, la fabrication des sushis et leur consommation demandent du poisson ultrafrais et débouchent sur beaucoup de gaspillage (ce qui n’est pas vendu est vite jeté).

Un autre exemple relevant plus de la pêche d’espèces menacées est celui des internautes qui se sont insurgés récemment contre un restaurateur breton qui posait avec un requin de plus de 90 kg. Il était à côté et ouvrait la gueule de l’animal mort en vantant tous les plats qu’il allait faire.

Alors bien sûr, ça nous révolte, mais s’il cuisine cela… c’est parce que des gens en mangent !

Une sole tropiche dans les eaux de Bonaire
Je te vois | © Different Dive

Peut-on aimer la plongée et continuer à manger en toute conscience du poisson ?

Doit-on pour autant se sentir responsables nous, en tant que passionnés de plongée, de participer à cet appauvrissement, à cette surpêche ?

C’est la question que je me suis posée, car pour ma part, je me délecte de coquilles Saint-Jacques, d’huîtres gratinées ou de succulents filets de poisson. Outre que l’on nous bassine les oreilles en prêtant aux produits de la mer des côtés sains et équilibrés, d’un point de vue gustatif, c’est vraiment très sympa aussi.

Et puis je vois ces images, j’ai conscience de ce qu’il se passe. Je lis ou regarde aussi des reportages expliquant les conditions de pêche et comment les poissons meurent dans les filets.

Alors, je me demande comment dépasser cette contradiction. D’un côté, aimer le monde marin et pratiquer la plongée et de l’autre manger du poisson et participer de ce fait à l’appauvrissement de cet univers que nous aimons tant.

Poissons dans les eaux de Bonaire devant un bateau de plongée
Une juste cohabitation | © Different Dive

5 pistes pour plus de cohérence

  1. La solution la plus radicale est d’arrêter de manger du poisson et autres produits de la mer.
  2. Une autre piste est de ne consommer que des poissons pêchés à la ligne. Et de ce fait se mettre en porte à faux de la pêche industrielle.
  3. Être attentif aux poissons que l’on consomme : lire les étiquettes et se renseigner sur l’état des stocks de poissons. Préférer ceux qui ne sont pas en voie de disparition.
  4. Faire attention à ce qui se trouve dans l’étalage lorsque l’on fait ses courses dans des réseaux de grande distribution. Prendre ce qui est moins vendu ou faire preuve de créativité en choisissant ce qui reste en fin de journée. (Et qui sera démarqué pour ne pas être jeté). Je reconnais qu’il n’est pas toujours aisé de cuisiner « ce qui nous tombe sous la main ». Mais cela peut aussi être l’occasion de sensibiliser sa famille, ses amis … sur ce gaspillage des ressources des océans.
  5. Enfin, on peut aussi encourager et soutenir les créations d’aires marines protégées.

Et ne plus participer à cet énorme gaspillage qui n’est pas un grand respect de la vie animale.

=> voir ici les recommandations du WWF sur la consommation de poisson

Un poisson perroquet à Bonaire
Poisson perroquet | © Different Dive

À propos de mon choix

Alors finalement, lorsque je me suis renseignée sur cela et que j’ai pris le temps de réfléchir, j’ai pu poser consciemment mon choix.

Il m’est apparu que je ne voulais plus, actuellement, participer à ce gaspillage de ressources et ce non-respect de la vie et j’ai décidé de réduire complètement ou presque ma consommation de poisson. Complètement dans mon quotidien et presque lorsque je suis à l’extérieur en fonction des conditions et des possibilités.

C’est mon choix en âme et conscience et il ne me viendrait bien entendu pas à l’esprit de juger ceux et celles qui font autrement.

Juste que j’en ai plutôt marre de me dire que le monde tourne fou et que je reste dans ses rayons.

Et pour vous, plonger et manger du poisson représente-t-elle une contradiction ?

Dites-moi cela dans un commentaire ci-dessous

Et surtout … n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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