Polémique autour de Laurent Ballesta : peut-on incriminer les chercheurs ?

Laurent Ballesta au coeur d’une polémique

En 2018, le biologiste et photographe sous-marin Laurent Ballesta s’est fait accuser par Mathias Michel. L’accusation portait sur la destruction de l’environnement de la passe de Fakarava Sud dans le but de faire ses films (vous avez peut-être vu passer les vidéos à ce sujet)

Le sujet est sensible et touche Fakarava en Polynésie, endroit merveilleux et préservé (que vous pouvez découvrir ici)

Qu’est-ce qui est reproché à Laurent Ballesta ?

L’idée développée par Mathias Michel étant que Laurent Ballesta, pour les besoins de ses films, a abîmé la passe de Fakarava Sud. Cela, en posant des câbles et autres plots de soutien détruisant par la même occasion des coraux. Il lui reproche également de perturber la vie sous-marine. Au travers des éclairages puissants utilisés mais aussi à cause des champs électromagnétiques issus des câbles.
Plus d’explication et la vidéo de Mathias Michel disponible ICI 

Quelques jours plus tard, au travers d’une vidéo « réponse », Laurent Ballesta a démenti ces propos. Il a assuré qu’il avait non seulement travaillé avec respect pour l’environnement mais aussi fourni des données scientifiques précieuses pour la compréhension de la vie sous-marine de la passe (dont les requins). Il a également expliqué avoir laissé gracieusement du matériel vidéo à disposition des gestionnaires de la passe pour sa préservation.

Sortons alors du conflit entre Mathias Michel et Laurent Ballesta (qui ne nous concerne finalement pas). Et, intéressons nous quelques instants à l’impact des actions des scientifiques, chercheurs, vidéastes,… sur la vie sous-marine

Dès lors, que penser de l’influence des actions de type scientifique sur l’environnement marin ?

A mon sens, comme dans toute démarche scientifique, il peut effectivement y avoir des conséquences résultant des actions menées par une équipe, développant un projet tel que celui de Laurent Ballesta, sur la vie marine. Mais également sur l’augmentation de la fréquentation de la passe par les plongeurs et plongeuses. (Avec les dégâts potentiels qui en découleraient).

Mais n’y a-t-il pas aussi des bénéfices ?

Laurent Ballesta est photographe sous-marin. Malgré tout, son film sur la passe de Fakarava a largement dépassé la simple production de reportage. En effet, il y a associé des recherches pointues et inédites.

Cartographies des fonds, comptage des requins et mérous, étude des sons, étude de l’influence de la lumière,… Les multiples données récoltées dans ce type d’action viennent aussi enrichir la connaissance des éco-systèmes fragiles et aider de ce fait à leur préservation.

Alors que l’engouement nouveau, suite au film de Laurent Ballesta, pour la passe de Fakarava retombera peut-être vite notamment au regard de sa difficulté d’accès, l’augmentation de la connaissance perdurera et permettra très certainement des actions futures positives en faveur de cet eco-système fragile.

Et si l’action de Laurent Ballesta avait des retombées positives ?

Certains coraux ont été endommagés ? Des requins, mérous et autres poissons ont été dérangés ?… Peut-être.
Mais quelles seront les retombées en termes de préservation future ? Combien de personnes auront été sensibilisées à la fragilité de ce monde marin au travers des films réalisés ? Ces impacts n’ont-ils pas été prévus et/ou évalués ?

Si la recherche excluait tout dommage nous n’aurions pas aujourd’hui de médicaments efficaces, de moyen de transport rapides, de bateaux performants pour la plongée,…

Le progrès demande de la recherche, la recherche a parfois un impact sur l’environnement.

Les spécialistes des mesures vous diront peut-être même que « la mesure perturbe toujours l’objet de la mesure ».
Mais peut-on pour cela raisonnablement refuser la recherche scientifique ? Doit-on se dire que si nous perturbons l’environnement, c’est d’emblée condamnable ?

Il ne s’agit évidemment pas d’accepter tout et n’importe quoi sous couvert de la recherche. Mais bien d’accepter qu’une action puisse avoir des conséquences et faire tout ce qui est en notre possible pour qu’elles soient les plus limitées possible.

Enfin, ne perdons pas de vue que dans le monde, des personnes agissent parfois aussi dans un intérêt plus large que leur simple profit personnel

Bien sur, lorsque l’on entreprend une action, nous sommes de facto susceptible de devenir une cible.
Parce que, au final, seuls ceux et celles qui ne font rien ne risquent pas (ou pas trop) d’être sous le coup de la critique.

Quoiqu’il en soit, n’oubliez surtout pas d’être heureux / heureuse 🤗

Hélène

PS : il faut signaler que depuis la diffusion de la réponse de Laurent Ballesta, Mr Mathias Michel a décidé de supprimer son post et la vidéo jointe, clôturant de ce fait le conflit, ce dont nous pouvons nous réjouir 🤗