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Plongée, apnée et natation : l’Œdème pulmonaire d’immersion

30% des accidentés arrivant dans les caissons de recompression seraient victimes d’un œdème pulmonaire d’immersion ou OPI. Cependant, il ne s’agit pas uniquement de pratiquants de plongée sous-marine. En effet, les apnéistes, les snorkeleurs ou tout simplement les nageurs sont également concernés.

La première fois que j’ai entendu parler de l’œdème pulmonaire d’immersion, c’était en 2017 via une connaissance qui m’a raconté son expérience malheureuse à ce sujet. J’avais perdu de vue l’OPI jusqu’à ce qu’un médecin me donne ce chiffre impressionnant de 30%. Aussi j’ai décidé de m’intéresser un peu plus à la question.

L’œdème pulmonaire d’immersion

Qu’est-ce que l’œdème pulmonaire d’immersion ?

L’œdème pulmonaire d’immersion, également appelé OPI, est un accident respiratoire qui peut survenir à la mise à l’eau, durant la descente, à la remontée ou lors du retour vers la sortie. Il peut mener au malaise avec une perte de connaissance.

En plongée, l’œdème pulmonaire d’immersion serait la première cause d’accidents respiratoires en France. Impressionnant !

Causes de l’OPI

L’œdème pulmonaire d’immersion survient suite à la rupture de la barrière alvéolocapillaire. Elle est due d’une part à l’augmentation de la pression pulmonaire. Et d’autre part, à la dépression inspiratoire résultant de la plus grande difficulté de respirer sous l’eau (compression, détendeur plus « dur »…)

L’augmentation de la pression pulmonaire est favorisée par l’immersion, l’effort et le froid

En immersion, en raison de la pression, nous avons près d’un litre de sang en plus dans notre cage thoracique. Cela provoque un effet important sur la pression pulmonaire.

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La pression pulmonaire augmente aussi en cas de palmage ou effort. En effet, pour une même intensité d’effort, il y aura une plus grande augmentation de la pression pulmonaire en immersion. Ces augmentations de pression pulmonaire sont plus marquées avec l’âge. 

Effet du froid : le froid va engendrer la vasoconstriction des plus petits vaisseaux. De plus, le froid va nous obliger à nous couvrir. Or, la combinaison néoprène provoque un effet compressif qui renforce la pression hydrostatique. Plus la combinaison est épaisse plus l’effet sera important. 

Notons aussi que la respiration sera moins aisée sous l’eau du fait de la compression. Elle est également plus difficile en raison du matériel. Dès lors, il est certainement intéressant de choisir un détendeur avec un débit le plus fluide possible.

Facteurs de risque

Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés lors des études portant sur l’œdème pulmonaire d’immersion. On note : 

  • L’âge (> 50 ans)
  • Les pathologies cardiaques antérieures
  • L’effort (palmage à contre-courant, suivre un binôme trop rapide… )
  • Le froid 
  • La sur-hydratation
  • Le matériel (détendeur « dur »)
  • La profondeur
  • Le fait d’avoir déjà eu un œdème pulmonaire d’immersion (caractère récidivant)

Quels sont les symptômes ?

L’œdème pulmonaire d’immersion existe depuis longtemps, mais est encore assez peu étudié, et très certainement aussi mal connu. En plongée, il est de plus en plus présent dans les discussions, interventions et/ou formations portant sur la prévention des accidents. Les symptômes ont probablement été parfois confondus avec ceux de la surpression pulmonaire.

Essoufflement, toux, crachats…

Comme il s’agit d’un accident respiratoire, l’œdème pulmonaire d’immersion va se manifester par des difficultés respiratoires débutant dans l’eau. 

Les difficultés respiratoires liées à l’OPI ne vont pas s’améliorer tant que la personne est dans l’eau. Au contraire d’un simple essoufflement qui va disparaître, la plupart du temps, en remontant.

Que va ressentir la personne ?

  • Une difficulté respiratoire allant d’une simple gêne à la détresse avec impression de mourir
  • Aucune amélioration même à la remontée ou à l’effort
  • Toux 
  • Douleurs dans la poitrine
  • Crachats de mousse rosée ou sanguinolents
  • Panique
  • Malaise 
  • Perte de connaissance qui peut être responsable de la noyade de la personne
  • Arrêt cardio-respiratoire dans les cas les plus graves

Les symptômes peuvent être aggravés par la remontée. En effet, si la remontée nécessite des paliers de décompression, la personne et le reste de la palanquée vont devoir effectuer un choix. On parle rarement de cette difficulté qui va se présenter aux membres d’une palanquée en cas de problèmes. Pour le plongeur atteint d’un œdème pulmonaire d’immersion, la priorité sera certainement de sortir de l’eau, car il y a là un risque vital. Pour elle et les autres membres de la palanquée, il y aura également un risque de MDD. Dès lors, il va falloir décider ce qu’il faudra faire. 

Toute difficulté respiratoire durant une activité de plongée devrait toujours être prise avec le plus grand sérieux !

Savoir réagir

Si vous ressentez une gêne respiratoire, n’ayez pas de crainte et communiquez directement avec votre binôme. À l’aide des signes de plongée, signifiez que cela ne va pas et que vous êtes essoufflé. Inutile d’avoir honte de communiquer

Si malgré la remontée ou l’arrêt de l’effort, la gêne persiste, voir se renforce, l’objectif sera de sortir le plus rapidement de l’eau.

En tant que binôme d’une personne qui présente un essoufflement, vous devez immédiatement vous rapprocher d’elle et lui porter assistance. Commencer sans tarder la remontée. Si les signes persistent, vous devez tout faire pour sortir la personne le plus vite de l’eau. Cela, sans vous mettre en danger.

Dès que vous atteignez la surface, signalez au bateau ou à la personne responsable de la sécurité en surface que vous avez un problème. Et déclenchez la chaine des secours.

En surface

  • Appeler les secours en précisant qu’il s’agit d’un accident de plongée.
  • Administrer de l’oxygène à la personne accidentée à raison de 15l/minute si elle peut respirer seule. 
  • Rassurer la personne qui présente les signes cliniques
  • Déshabiller la si possible (ou ouvrez la combinaison pour libérer la cage thoracique)
  • Ne pas hydrater la victime
  • En cas d’arrêt cardio-respiratoire, commencer le massage cardiaque sans attendre
  • Si vous êtes remonté sans faire vos paliers, signale-le également au secours. Si possible, mettez-vous sous oxygène et buvez de l’eau en attendant les secours.

LIRE | Panne D’air En Plongée : Comprendre, Prévenir Et Réagir

Peut-on mourir d’un œdème pulmonaire d’immersion ?

Si l’œdème pulmonaire d’immersion est rapidement pris en charge (sortie de l’eau et mise sous oxygène), l’évolution sera positive et la personne récupérera plus ou moins facilement selon la gravité de son OPI. Sans prise en charge, l’œdème pulmonaire d’immersion peut mener à l’arrêt cardio-respiratoire, à la perte de connaissance et à la noyade.

Bien que des décès ont déjà été rapportés, la plupart du temps, les victimes de l’OPI vont récupérer.

Prévention : comment éviter l’œdème pulmonaire d’immersion ?

Tout d’abord, comme ce devrait être le cas dans toutes les plongées, la prévention de l’œdème pulmonaire d’immersion commencer par une auto-évaluation de votre état de santé. Si vous n’êtes pas en meilleure forme, vous devriez adapter vos plongées ou y renoncer. En cas de doutes, parlez-en avec votre médecin. Ensuite veillez à avoir une attitude responsable de vous même en suivant ces quelques recommandations :

  • Ne plongez pas si vous êtes en état de stress
  • Adaptez vos immersions à votre âge. Eh oui, le corps vieillit.
  • Évitez si possible l’effort durant la plongée. Refusez de palmer à contre-courant et préférez tirer votre parachute de palier pour vous signaler. Le bateau viendra vous chercher.
  • Couvrez-vous afin de ne pas avoir froid tout en fuyant les combinaisons en néoprène bien trop serrées
  • S’il n’y a rien de plus à voir dans le fond que dans les premiers mètres, limitez votre profondeur.
  • Veillez à entretenir régulièrement votre détendeur de plongée
  • Même si vous connaissez l’importance d’une bonne hydratation en plongée, ne vous sur-hydratez pas. C’est inutile et cela représente un facteur de risque d’avoir un œdème pulmonaire d’immersion
  • Faites des plongées de réadaptation après des longues périodes sans plonger
  • En cas de doutes, consultez un médecin spécialisé. D’autant plus si vous souffrez d’affections particulières: hypertension artérielle, insuffisance cardiaque…

Pour aller plus loin

Au travers de cet article, j’ai voulu donner les grandes lignes afin que chacune et chacun puisse avoir une connaissance minimale nécessaire de l’OPI. Je ne suis pas docteur en médecine, mais j’aime comprendre et partager les infos. De ce fait, pour des explications plus poussées et/ou si vous avez le moindre doute, je ne peux que vous conseiller de vous tourner vers votre médecin.

Cependant, sachez qu’il y a peu la docteur Anne Henckes a fait une conférence en ligne intéressante sur le sujet. Elle l’a partagée de manière accessible à toutes et tous (MERCI) et va en profondeur de manière simple et accessible. Je vous suggère de visionner cette vidéo pour approfondir encore plus le sujet.

Conclusion

L’œdème pulmonaire d’immersion ou OPI rentre de plus en plus dans le langage des passionnés de plongée. Peut-être est-ce parce qu’il est plus connu. Peut-être est-ce aussi dû au fait de la population des passionnés de plongée qui vieillit. Toujours est-il que dans une idée de prévention des accidents, il est bien d’en avoir connaissance, de savoir ce qu’il convient de faire et de faire circuler l’information.

Partagez vos expériences dans un commentaire ci-dessous.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène