S’hydrater en plongée : oui, mais, pourquoi? 

« 100% des accidentés en plongée sous-marine sont déshydratés ».
Cette affirmation aussi surprenante que forte annoncée par des experts lors d’un colloque sur la prise en charge du plongeur accidenté porte à réfléchir. En effet, si les plongeurs et plongeuses savent qu’il est important de s’hydrater en plongée, ils omettent régulièrement de mettre en pratique les bons conseils. Alors que la déshydratation en plongée est un sujet maintes fois abordé.

Il y a quelques années sur une île d’outre-mer

Thibaut et Fanny sont en vacances, un peu distraits, car profitant de cet environnement merveilleux. Il fait chaud dans l’eau et encore plus dans l’air. 

Arrivés sur place ils se rendent compte qu’ils ont oubliés leurs gourdes. 
Forcément, il y a de quoi boire au centre et ils le font en conséquence.

Une fois sur le bateau de la petite structure choisie, ils doivent encore patienter un certain temps. Il fait chaud dans leurs combinaisons de néoprène. Après plus de vingt minutes de navigation, ils arrivent sur le site. Thibaut demande au guide s’il peut avoir de l’eau. De grands points d’interrogation apparaissent dans les yeux de celui-ci. Sur le bateau, personne ne boit. Il fait vraiment de plus en plus torride pourtant.

Le guide finit par dénicher une vieille bouteille en plastique cabossée et usée dans laquelle ce qui ressemble à de l’eau se balance au gré de la houle… Depuis la semaine passée, selon ses dires. Thibaut décide de prendre le risque. De son côté, Fanny s’abstient et boira plus d’une heure et demie plus tard, comme l’ensemble des participants, en retournant au centre. Car… personne n’avait d’eau sur ce bateau !

Si Thibaut termine son séjour avec une tourista, Fanny quant à elle aura une belle crise de céphalées au retour de la plongée.

Pour y remédier : prévoir sa bouteille/gourde d’eau et l’inclure automatiquement dans sa check liste 

Fin de semaine, quelque part au sud de la France

Une vingtaine de plongeurs embarquent pour une plongée profonde entre -40 et -60m selon les niveaux. La chaleur de fin de journée se fait sentir. Avant même la plongée, Vincent vide l’entièreté du contenu de sa gourde. Tant pis, il demandera de l’eau à la sortie. 

Comme à son habitude, après l’immersion, il traîne un peu. Il se rappelle alors qu’il n’a plus d’eau. « Qu’importe », se dit-il, « je vais en demander ». Les autres sont à l’avant du bateau, ils boivent l’apéro. Il rejoint le groupe occupé à fêter la fin de la semaine à grand coup d’alcool. 

Ça coule de partout, mais pas d’eau. Bien entendu, Vincent a envie de faire la fête, mais il a d’abord soif. Et puis, il vient de faire 45 minutes de plongée à -60m. Alors il préfère être prudent.

Heureusement quelqu’un lui tend une bouteille d’un thé à la pêche. Cela fera l’affaire pour le réhydrater avant de partager le moment convivial avec les autres.

Pour y remédier : adapter sa réserve d’eau aux conditions (prévoir en conséquence s’il fait plus chaud par exemple)

Des histoires comme celles-là, il y en a plein à raconter.
Il suffit de regarder autour de vous : combien de plongeurs ont leur gourde d’eau ? Combien s’hydratent avant de se mettre à l’eau par exemple après un trajet de 20 minutes sur le bateau en plein soleil ? Combien d’entre nous ont le réflexe de boire dès la sortie de l’eau ?

1. Déshydratation en plongée : les signes qui trahissent

La soif va alerter de la déshydratation pas la prévenir !

Il faut donc boire avant d’avoir soif, jusqu’à 4-5 litres d’eau lors des journées de plongées !

  • J’ai soif
  • Je n’ai pas envie d’uriner depuis longtemps
  • Ma bouche est sèche et pâteuse
  • J’ai des vertiges et/ou des céphalées
  • J’attrape des crampes
  • Mes urines sont foncées

Ces signes trahissent une déshydratation et vous indiquent qu’il est VRAIMENT nécessaire de boire.

Si vous n’avez plus uriné depuis plus de 8 heures durant une même période d’éveil, vous devez vraiment vous poser des questions. Une déshydratation sévère pourra s’accompagner d’une soif intense, d’une très grosse fatigue ou d’un pouls anormalement rapide ou bas. Mais d’autres signes tels qu’une respiration rapide ou même d’irritabilité et de confusion peuvent apparaître. 

En règle générale : n’attendez pas d’avoir soif pour boire !

Et si vous avez soif, buvez de l’eau en suffisance sans attendre de ressentir d’autres symptômes vraiment plus désagréables qui pourraient en plus compromettre vos plongées.

Mais inutile de boire un litre d’un coup, car cela risquerait risque d’encourager votre corps à produire… de l’urine ! Préférez boire régulièrement en plus petite quantité. 

Boire un litre d’eau dans l’heure qui suit l’immersion est certainement une bonne habitude à prendre

2. Pourquoi est-il essentiel de boire en plongée ?

Pour faire court, on dira qu’une bonne hydratation avant la plongée diminue de façon significative la formation des bulles circulantes et donc des risques de faire une MDD (voir étude en référence). Ce qui est tout de même vraiment important pour les plongeurs attentifs à leur sécurité et à celle de leur binôme. 

Or, la plongée accentue la déshydratation (pression, froid, effort physique, transpiration…). Il est donc essentiel de boire avant et après la plongée encore plus que lorsque l’on reste en surface.

3. Comment survient la déshydratation en plongée ?

Il faut savoir que la plupart du temps, la déshydratation survient sans que l’on s’en rende compte. En effet, lorsqu’on a soif… c’est déjà trop tard.
ET la déshydratation en plongée démarre avant de se mettre à l’eau, bien avant.

En effet, elle peut être accentuée par des facteurs précédant l’immersion tels que :

  • L’absence d’hydratation volontaire (pour ne pas devoir uriner) ou involontaire (absence de sensation de soif)
  • La transpiration
  • Le vent : on l’oublie, mais le vent en faisant s’évaporer la sueur est un facteur de déshydratation.
  • La prise de certains médicaments
  • L’alcool est bien connu pour ses effets diurétiques. Il accélère donc la déshydratation alors même que vous pensez vous réhydrater
  • Les vomissements et diarrhée participent également à la déshydratation : pas besoin de vous expliquer pourquoi, n’est-ce pas ? 

Attention : si vous avez eu une soirée trop arrosée la veille, vous pouvez encore être tout à fait déshydraté le lendemain. Pensez à boire de l’eau en suffisance avant de vous immerger.

La plongée accentue également la déshydratation au travers de :

  • L’exercice physique
  • Le sel de la mer qui absorbe l’humidité de la peau
  • Le froid (qui accentue la vasoconstriction au niveau des extrémités). Cet afflux du sang vers le cœur déclenche dans notre corps une augmentation de la production d’urine. Et hop, on doit uriner et donc, on se déshydrate.
  • L’air comprimé des bouteilles de plongée, plus sec. Le corps doit donc l’humidifier et se déshydrate de ce fait.
  • La pression de l’eau sur le corps qui tend à ramener les fluides vers le centre

La plongée sous-marine est une activité sportive qui déshydrate le corps ET qui demande une hydratation optimale pour aider à lutter contre le risque de MDD.

Cela peut paraitre paradoxal mais c’est une raison d’autant plus importante pour ne pas oublier de boire, boire, boire… Comme ça je me répète ?

4. Les raisons qui poussent les plongeurs à ne pas s’hydrater en plongée 

Malgré le fait que les plongeurs savent qu’ils doivent boire régulièrement, beaucoup d’entre eux font l’impasse sur l’hydratation. Mais quelles sont les raisons qui les poussent à agir de la sorte ?

La raison la plus régulièrement citée est que les gens ont peur de devoir uriner en plongée ou juste après. Aussi, ils préfèrent s’abstenir de boire. Ils devraient très certainement préférer uriner dans leur combinaison en néoprène si elle le permet. Dans le cas des étanches les couches pour adultes ou les « valves pipi » sont très efficaces.

Certains sont distraits et oublient de prendre de quoi s’hydrater.

D’autres ne ressentent pas immédiatement la soif… Cela vient plus tard.

Enfin, les gobelets réutilisables ou les bouteilles passées de l’un à l’autre en rebutent plus d’un (pratique régulière avant le covid-19).

5. Prévention : ce que vous DEVEZ faire pour éviter la déshydratation en plongée

« Prévenir c’est guérir ».
Si nous connaissons l’adage, il prend ici tout son sens. D’autant qu’il est relativement aisé de prévenir la déshydratation en plongée.

  • Prévoir sa réserve d’eau en suffisance : une gourde ou bouteille personnelle est le plus sur.
  • Boire régulièrement en petites quantités.
  • Boire sans soif. En cas de vacances plongée, augmenter sa consommation d’eau par rapport à sa consommation habituelle (DAN va jusqu’à conseiller deux litres supplémentaires)
  • Privilégiez les aliments à forte teneur en eau (fruits frais, légumes…)
  • Rester à l’ombre
  • Éviter l’alcool avant la plongée (et buvez autre chose avant de partager un verre avec les potes en fin de plongée). Cela vaut pour les soirées arrosées suivies de plongées très matinales (voir les croisières de plongée). Un litre d’eau dans l’heure qui suit la plongée.
  • Respectez un intervalle de surface suffisant pour permettre au corps de se reposer et de compenser les déficits dûs à l’immersion
  • Mettre sa combinaison pas trop tôt afin de ne pas suer dedans longtemps avant la mise à l’eau
  • Enfin, vous devez savoir que plus on est vieux, moins on va ressentir vite la déshydratation. Lorsque la soif arrivera la personne plus âgée est déjà bien déshydratée. Soyez attentif à ce point pour vous ET pour vos binômes.

Pensez-y : Que Faut-Il Manger Avant La Plongée ?

Merci à Thibaut, Fanny et Vincent qui ont inspiré cet article.

La déshydratation en plongée : ça vous fait peur ? Vous n’y pensez pas ? Dans le cadre de votre formation vous avez tout appris pour y faire face ? Vous avez déjà été dans le cas ?

Dites-moi dans un message directement sur le blog, … J’échangerai avec plaisir avec vous 

Et surtout … n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

Pour aller plus loin:
« Preventive effect of pre-dive hydration on bubble formation in divers », par E. Gempp, J.E. Blatteau, J.-M. Pontier, C. Balestra et P. Louge