Accident de plongée : Appeler les secours en cas de doute, vraiment ?

Appeler les secours en plongée, oui, mais quand le faire ?

Appeler les secours en plongée devrait très certainement devenir un réflexe.
Marseille, été 2018, je plonge dans un petit club sympa avec 4 autres personnes. Sur le bateau dont une jeune femme qui termine le passage de son niveau 2. Tout en montrant des signes d’angoisse évidents, elle me dit être assez stressée. Le deuxième jour, je discute un peu plus avec elle sur les raisons de son stress. Elle m’explique qu’elle termine ses études de radiologue. elle est en stage dans 3 hôpitaux différents de la région marseillaise. Elle ajoute que sur la semaine qui vient de s’écouler, elle a vu passer pas moins de trois cas de personne qui présentait des bulles après une plongée.

« Ils étaient tout pétillants » me dit-elle avec un humour inquiet.

Je tente tant bien que mal de la rassurer pour qu’elle puisse prendre du plaisir lors de sa plongée. Mais aussi aborder sereinement ses exercices. Je lui explique que, selon moi, la meilleure des choses à faire en plongée est de ne jamais aller outre les règles de base de sécurité. Cela, en gardant à l’esprit que, même si on l’adore, le monde aquatique n’est pas notre milieu naturel. Et, peut être que, d’une certaine façon, nous sommes un peu toutes et tous des cobayes.

Quelque part, dans mon esprit me reste l’expérience de la suite d’erreurs à ne jamais faire qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Mais également de ce monde du silence qui sévit dans l’univers de la plongée. Monde que j’aimerais voir disparaître.

Pourtant, en cas de doute sur un éventuel accident de plongée, je ne suis pas du tout convaincue que nous agissons toujours de la meilleure des manières. Notamment en ce qui concerne le déclenchement de la chaîne des secours.

Appeler les secours en plongée en cas de doute, vraiment ?

Il est courant d’entendre qu’en cas de doute sur des signes visibles de suspicion d’un accident de décompression (ADD) ou accident de plongée (ADP) et lorsque la personne est tout à fait consciente, il faut administrer de l’oxygène et surveiller la personne pour voir comment son état évolue avant de réévaluer la situation après +/- 30 minutes et appeler, si besoin, les secours.

A mon sens, en cas de doute sur des signes visibles de suspicion d’un accident de décompression (ADD) ou accident de plongée (ADP) et lorsque la personne est tout à fait consciente, il faut administrer de l’oxygène, surveiller la personne et DIRECTEMENT appeler au moins le numéro international de DAN ou le numéro local de DAN pour expliquer la situation dans laquelle nous nous trouvons et demander conseil sur les actions à effectuer. Je ne connais pas d’autre service aussi efficace et uniquement orienté « plongée » (mais n’hésitez pas à en signaler d’autres en commentaire si vous en connaissez) et, il est rare que sur le site où vous vous trouvez, personne ne soit affilié à cet organisme.

DAN est un organisme international d’études en rapport avec la plongée pour entre autre améliorer la sécurité et qui propose également des assurances spécialisées pour la plongée, qui met en place pour ses membres un service d’appel avec près de 200 médecins spécialistes en médecine hyperbare qui sont disponibles 24/24 et 7/7 jours pour répondre aux questions liées aux incidents/accidents de plongée.

Le numéro d’appel international est le +39-06-4211-5685

Je ne suis pas sponsorisée par DAN mais la ligne internationale est efficace alors bon sang n’hésitons pas. Cependant, si nous appelons DAN, ils pourront nous conseiller de la meilleure façon qu’il soit. Si nous ne faisons rien …

Si la personne n’est plus (ou pas) tout à fait consciente, alors on n’hésite pas. On enclenche la chaîne des secours IMMEDIATEMENT.

Dans les cours de secourisme de plongée, un des écueils possible est que l’on apprend à réagir trop bien. Tellement « bien » que l’on pourrait croire que l’on peut réagir seul. Et « oublier » de ce fait de déclencher la chaîne des secours ou la déclencher trop tard. Personne ne devrait JAMAIS se substituer à un avis médicale autorisé. Gardons toujours à l’esprit que nous ne sommes que des secouristes plongeurs. Et non pas des médecins hyperbares ou/et urgentistes (sauf pour un tout petit nombre d’entre nous)

Notre rôle est de maintenir l’état de la victime en attendant l’arrivée des secours.

Les formations au secourisme sont très importantes. Cependant, ce n’est pas parce que l’on suit une formation de secouriste plongeur ou autre que l’on devient médecin. Et certainement pas médecin hyperbare et urgentiste ! Ne l’oublions pas

N’attendons pas non plus d’avoir une réponse via les réseaux sociaux. Même si cela peut paraître incroyable, c’est du déjà vu : quelqu’un demande conseil via les réseaux sociaux pour savoir si ce qu’il observe/ressent juste à la sortie d’une plongée nécessite de déclencher la chaîne des secours. Je ne peux que vous conseiller de ne jamais faire cela. De ne pas tenter non plus d’apporter une réponse autre que : « appelle un spécialiste ».

Quelqu’un ne se sent pas bien en sortie de plongée ? Ce n’est pas NORMAL, on demande conseil sans hésiter : 112, DAN, canal 16 ou canal de détresse DSC selon où l’on se trouve !

En plongée, en cas d’accident, chaque minute compte

Pourtant, dans la pratique quand le plongeur qui présente un problème est conscient, même lorsqu’il y a une action (et ce n’est pas toujours le cas), peu de personnes appellent directement la ligne DAN et/ou le 112 ou le canal 16 si vous êtes en mer.

C’est pourtant tout simple à faire, ça ne coûte RIEN et ça peut avoir de vrais effets … Au minimum celui de rassurer le plongeur qui présente un problème et les personnes présentes autour de lui.

Mais pourquoi donc cette attitude hésitante d’appel des secours en plongée perdure-t-elle ?

A mon sens, les personnes ont tout simplement honte ou peur

De quoi ont peur les plongeurs et plongeuses ?

  1. D’avoir l’air bête : de quoi aurais-je l’air si c’est une fausse alerte,… ▶️ Et de quoi aurez-vous l’air s’il s’agit vraiment d’un ADD et que vous n’avez rien fait ?
  2. De ne pas être « légitimé » pour appeler les secours  ▶️ Peu importe votre niveau de plongée, si vous avez un doute vous devez appeler les secours
  3. Des conséquences financières : et si j’appelle les secours pour rien, le plongeur va m’en vouloir de devoir payer la facture,… ▶️ Comment estimer le prix d’une vie ?
  4. De ce que cela va impliquer (ambulance, pompiers,…) ▶️ ou pas !
  5. De l’importance de l’urgence : « oui mais je ne vais pas monopoliser les secours alors qu’ils ont peut-être des cas plus urgents à traiter ailleurs »  ▶️ Ce n’est pas à nous de déterminer si le cas est prioritaire ou non, laissons faire les pros !
  6. Des dérangements associés : qui va reprendre le matériel, le véhicule, s’occuper des enfants,… ▶️ Voir point 3 pour rappel 
  7. Des conséquences de plongée : mon voyage est prévu la semaine prochaine, la sortie club va avoir lieu, plus personne ne voudra plonger avec moi,… ▶️ Renoncer à l’une ou l’autre plongée est ennuyeux, ne plus jamais pouvoir plonger est bien différent
  8. De voir l’organisme assureur refuser de nous assurer ou demander une surprime ▶️ Ce n’est pas, à ma connaissance la politique d’un organisme comme DAN qui veut avant tout connaitre et étudier les conditions réelles des accidents.

Pourtant, à mon sens, que nous soyons victime  binôme ou accompagnant, nous ne pouvons pas commencer à douter sur une de ces raisons :  nous n’avons qu’une vie et notre santé ou celle de notre binôme ne peut souffrir d’approximation.

Reporter l’action ne sert à rien, on risque juste de voir empirer l’état de la personne.

Appeler les secours en plongée en cas de doute, vraiment ?  Oui, VRAIMENT, sans hésiter

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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