Le mythe du moniteur de plongée

Ils sont partout dans les centres, les clubs, les structures… Plus ou moins à l’écoute, plus ou moins expérimentés, plus ou moins compétents aussi parfois. Qu’on les adore ou qu’on les déteste, ils sont entourés d’une sorte d’aura tantôt prestigieuse, tantôt effrayante. Et sont souvent eux-mêmes victimes du fameux mythe du moniteur de plongée.

ATTENTION ! Dans un but pédagogique, je vais volontairement pousser un peu (beaucoup ?) la caricature. Mais sachez que je vous aime énormément, vous les moniteurs humbles et passionnés.

Un mythe du moniteur de plongée ? Mais de quoi s’agit-il ?

Au préalable, quelques histoires…

Il y a quelques années, je rejoins mon ami Jean-Yves au Panama. Plongeur expérimenté et autonome jusque -60m, Jean-Yves à l’habitude des plongées compliquées dans des milieux « hostiles » (Froids, sombres, sans visibilité). Alors que nous discutons d’un spot un peu particulier, mon ami me regarde et me dit « oui, mais ça, c’est un spot pour vous. Un spot pour les moniteurs ». Je le regarde surprise et reste bouche bée.

Peu de temps après, je suis sur une base de plongée en Normandie et je discute avec Paul, un plongeur surpris que je sois à son écoute et intéressée par ses propos. « Dans mon club tu sais, dès le niveau 4, les gens ils attrapent le melon et ne discutent plus vraiment avec nous sauf pour bien nous montrer comme ils sont supérieurs », me confie Paul.

Je reste ébahie d’entendre de tels propos et me dit qu’il est vraiment important et urgent de rétablir la vérité sur le mythe du moniteur de plongée :

Non, le moniteur n’est pas et ne sera jamais un SUPRA plongeur !

Le mythe du moniteur de plongée

Ça y est, la vérité éclate !
Alors que vous pensiez de lui qu’il était un super héros, vous découvrez maintenant qu’il n’en est rien. Et la chute est parfois dure.

Mais si le moniteur de plongée n’est pas un SUPRA plongeur, qui est-il alors ?

Pour bien saisir toute l’importance du mythe, il nous faut revenir un peu en arrière

Le moniteur, ce plongeur comme les autres

S’il existe une vérité c’est très certainement celle-là : le moniteur est au départ juste un plongeur comme un autre, ni plus, ni moins.

Tout simplement, car la formation complète en plongée (loisir tout de moins) s’arrête dès que vous avez atteint le dernier niveau d’autonomie de votre organisme de certification préféré (-40m à -60m selon les organismes)

Si je vous dis cela, c’est parce que nous confondons bien souvent les parcours. Et celui de moniteur n’a plus rien à voir avec celui de plongeur.

En effet, une fois qu’un apprenant a validé l’entièreté de ses niveaux de plongées, il peut alors effectuer des choix :

  • Plonger (c’est un peu cela le but premier de son parcours)
  • Se perfectionner en suivant l’une ou l’autre spécialisation
  • Décider de suivre une formation de guide ou d’encadrant
  • Opter pour un cursus de formateur

Peu importe le chemin que prendra l’apprenant, il ne peut pas exister, à mes yeux, de niveaux hiérarchiques, mais bien des chemins différents répondant à des souhaits personnels particuliers.

Il n’y a donc pas de SUPER ou de SUPRA plongeur

Mais juste une quantité infinie de manières de vivre ses plongées en fonction de qui on est, ici et maintenant.

De ce fait, nous pouvons dire qu’en termes de plongée (et de pratique de la plongée), le moniteur n’est absolument pas supérieur aux autres plongeurs autonomes.

Parfois même (je n’ose pas dire souvent, car vous allez m’accuser de pousser trop la caricature), une fois moniteur, notre plongeur… ne plonge presque plus.
Il se contente d’apprendre les mêmes gestes, année après année au bord des piscines. Se satisfaisant de rares sorties ou de voyages clubs une fois par an pour montrer toute l’étendue de ses capacités ou de son savoir. (Mais bien sûr, je sais que j’exagère et que vous n’êtes pas toutes et tous comme ça…)

Avouez que je n’invente (presque) rien. Je les ai vus dans les clubs ces plongeurs passer leur monitorat. Et revenir ensuite avec une tête grosse comme un melon, fiers comme Artaban, certains d’être devenus, le temps d’une formation des supers héros gonflés d’un nouveau pouvoir qui leur donne ce prestige qu’ils espéraient depuis si longtemps.

Pas convaincus ? ➡️ Les 9 pires profils d’instructeurs de plongée… et comment vous pouvez les éviter

De leur côté, certains plongeurs qui n’ont pas choisi la voie du monitorat ont une expérience en plongée que bien des moniteurs n’atteindront peut-être jamais... Ne l’oublions pas !

Mais alors : moniteur et plongeur, quelle différence ?

C’est tellement évident que l’on n’y pense pas toujours.

Le moniteur est tout simplement quelqu’un qui a un jour décidé d’apprendre à apprendre.

Et pour cela, il est parti de zéro dans ce cursus précis, différent de celui de plongeur et qui est finalement bien éloigné de la pratique pure de la plongée.

Si le choix de s’orienter dans l’un ou l’autre cursus de formateur n’a donc rien à voir avec une augmentation des compétences en tant que plongeur, il donne néanmoins des outils permettant (normalement) à la personne de se positionner dans le rôle qu’il a choisi, celui de formateur.

Le candidat moniteur apprendra durant sa formation de moniteur une méthodologie qui lui permettra de transmettre à son tour les principes de base de la plongée pour que les apprenants puissent plonger avec plaisir et en toute sécurité.

Ce qu’il fera +/- bien en fonction de sa formation, son organisme de certification, sa sensibilité, son empathie, sa capacité à se remettre en question (ou non)… de ses choix individuels. Car il s’agit bien d’une question de choix.

Moniteur, un objectif ultime ?

Vous l’avez maintenant bien compris, parfois présenté comme un graal, le parcours de monitorat n’est pas le but ultime du parcours de plongeur, puisqu’il n’en fait pas partie.

Il est le résultat d’un choix personnel, d’un désir de transmettre ce que l’on a soi-même appris.

Mais nous ne devons pas toutes et tous nous orienter vers le monitorat. Nous devons surtout faire ce qui nous convient le mieux et ce dans quoi nous nous sentons le plus à l’aise.

Vous adorez guider/encadrer des palanquées ? Suivez un cursus de guide/encadrant de palanquée. Ce qui vous passionne le plus est de plonger ?… Eh bien, plongez avec plaisir et en toute sécurité.

Qu’est-ce que vous pouvez faire pour casser le mythe du moniteur (et donc les aider) ?

Du côté des plongeurs

C’est assez simple : arrêtez, vous aussi, de les prendre pour de super héros ! Ayez l’intelligence de les considérer comme de simples mortels qu’ils sont.

Bien entendu, je suis consciente qu’ils possèdent un super pouvoir impressionnant. Celui de vous donner votre sésame : votre carte de niveau tant attendue.

Soyez rassuré, vous finirez par avoir votre certification. Et si votre moniteur vous mène la vie (trop) dure, n’hésitez pas à changer de centre ou de club. Il en existe de très nombreux qui sont excellents. N’oubliez pas que vous êtes là avant tout pour vous faire PLAISIR, pas pour vous faire mal.

Surtout que, à mon sens, être apprenant ne justifie pas de devoir supporter certains comportements parfois déplacés, certaines remarques dégradantes ou désobligeantes…

Pas suffisant non plus pour se laisser par exemple appeler « petit N1 » quand on débute.

Farouche opposante de ce genre de terme diminuant les apprenants, je me rappelle avec délice cet apprenant qui écoutait un moniteur lui parler de physiologie et de biologie alors que lui-même était docteur en physique et en chimie, mais ne « se la pétait pas ».

Du côté des moniteurs

Si vous êtes moniteur, n’oubliez jamais que vous ignorez souvent beaucoup de l’apprenant qui se trouve en face de vous. Et que chaque apprenant, quel qu’il soit a droit à toute votre considération et votre bienveillance.

Traitez vos apprenants avec respect. Gardez à l’esprit que, même si vous êtes bénévole dans un club, la personne en face de vous fait partie de la vie de votre club au même titre que vous.
Effectivement, qu’elle soit cliente et paye vos services ou qu’elle soit membre et paye sa cotisation, elle permet à votre structure d’exister.
N’hésitez pas à être curieux envers les questions des débutants. Mais également envers les points de vue différents des vôtres et les évolutions du monde de la plongée. L’humilité et la capacité de se remettre en question sont des qualités très appréciées par les apprenants qui vous feront sentir comme ils sont heureux d’être formés par vos soins.

N’oubliez jamais qu’au final, à quoi bon être moniteur s’il n’y a pas d’apprenants…

Quatre moniteurs de plongée font le signe OK.
Moniteurs de plongée | © Different Dive

Pour aller plus loin :

Bien heureusement, force est de constater qu’il y a de très nombreux moniteurs vraiment sympas et professionnels qui n’utilisent pas leur formation pour prendre l’ascendant sur les apprenants. Mais qui, au contraire, font preuve de beaucoup d’empathie et d’un réel amour à l’idée d’apprendre aux autres. De leur côté, les apprenants se sentent de plus en plus libres d’exprimer leurs mécontentements et leurs satisfactions.
Merci à vous toutes et tous, moniteurs et plongeurs qui faites avancer et évoluer positivement l’esprit du monde de la plongée.

Précision :

Il semble que cet article ait créé chez certains de la confusion quant au message de fond qu’il véhiculait. Peut-être y avait-il au coeur de mes propos une ambiguïté involontaire qui pouvait faire penser que je voulais « casser du moniteur » ? Vous vous doutez bien qu’il n’en est rien. 
Je vais donc tenter d’expliquer le message autrement : le fait de devenir un moniteur ne permet pas au plongeur de se transformer en super plongeur d’un coup de baguette magique et c’est cela qu’il faut démystifier dans l’esprit des moniteurs ET des plongeurs
Bien entendu, un professionnel qui plonge des centaines de fois par an va acquérir plus de pratique en plongée qu’un plongeur qui en fait 10. Tout comme un plongeur qui plonge des centaines de fois par an en aura plus qu’un moniteur qui a réalisé sa formation, mais ne plonge qu’occasionnellement, ne forme qu’en piscine ou vient tout fraîchement d’être certifié en ayant peu de pratique de plongée au préalable.
Par contre, là où se situe la différence, c’est que le moniteur aura acquis une méthodologie d’apprentissage que le plongeur n’a pas dans sa formation puisqu’il ne s’agit plus de plongée. Méthodologie qu’il mettra plus ou moins bien en pratique selon sa personnalité, son formateur, sa capacité de se remettre en question…
N’oublions pas que la carte ne fait pas le formateur (ni le plongeur d’ailleurs) et que la pratique sera notre meilleure formatrice.

Le mythe du moniteur, vous l’entretenez ? Vous ne voyez pas du tout de quoi il est question ? Vous ne voyez que des moniteurs cool, humbles et passionnés ?

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Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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