Plonger après un cancer du sein : le projet un peu fou de Véronique

Les Bulles Roses : plonger pour se reconstruire après un cancer du sein
Et si, après un cancer du sein, plonger permettait de retrouver confiance en son corps, de laisser derrière soi certaines peurs et de renouer avec le plaisir de vivre ?
C’est le pari des Bulles Roses. Il s’agit d’un programme français de plongée thérapeutique créé par une chirurgienne passionnée de plongée, Véronique Vaini Cowen. Une aventure humaine qui pourrait bien ouvrir de nouvelles perspectives dans les soins de support en cancérologie.
Véronique m’avait contactée à plusieurs reprises pour mettre le sujet en avant et cela n’avait jamais pu se faire.
Pour ce mois d’octobre, nous avons enfin réussi à se caler un moment afin de vous parler de Bulles Roses.
Mais d’où vient cette idée ?
Quand la plongée rencontre la médecine
Il y a parfois des idées qui naissent au détour d’une conversation. Celle des Bulles Roses a vu le jour à des milliers de kilomètres de la France, dans les eaux turquoise de Polynésie (avouez, ça aurait pu être pire).
Sur l’atoll de Fakarava là où se trouve ce mur de requins, Véronique, chirurgienne gynécologue, discute avec Thibault Gachon, directeur du centre de plongée O2.
Le sujet de leur conversation ?
Les travaux du docteur Mathieu Coulange, médecin hyperbare à Marseille. Celui-ci s’intéresse notamment aux effets de la plongée sous-marine chez les personnes ayant vécu un traumatisme.
Une idée germe alors dans l’esprit de Véronique : et si la plongée pouvait également aider les personnes ayant traversé l’épreuve d’un cancer du sein ?
En réalité, Véronique connaît intimement les deux univers. D’une part, elle accompagne des personnes atteintes d’un cancer du sein depuis trois décennies. D’autre part, elle est aussi plongeuse niveau 3 et médecin fédéral de plongée sous-marine.
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Elle me raconte qu’elle a délibérément choisi de ne pas devenir monitrice. Cela, car elle ne souhaite pas cumuler les responsabilités sur terre et sous l’eau.
De cette rencontre entre ses deux passions va naitre un projet original : Les Bulles Roses ; plonger après le cancer du sein pour se reconstruire.

Soigner la maladie ne suffit pas toujours
Lorsqu’on parle du cancer du sein, soit, on ne se sent pas vraiment concerné car on a pas, nous ou une proche été concerné (et c’est une bonne chose). Soit, on pense spontanément aux traitements, aux interventions chirurgicales, à la chimiothérapie, à la radiothérapie ou encore à la reconstruction mammaire.
Mais qu’en est-il de l’après ?
Des cicatrices, de la fatigue persistante, des douleurs, de cette sensation parfois étrange de ne plus reconnaître son propre corps ?
Et surtout, comment retrouver confiance en un corps qui a été au centre de tant d’inquiétudes et de gestes médicaux ?
Pour Véronique, la réponse ne peut pas être que médicale. « Après un cancer du sein, il ne suffit pas de soigner la maladie, il faut aussi aider la personne à retrouver un élan de vie. »
C’est cette conviction forte qui anime le programme des Bulles Roses, soutenu par l’association ASENOGYN, dont elle est présidente.
L’objectif est d’accompagner gratuitement des personnes touchées par un cancer du sein dans l’apprentissage progressif de la plongée sous-marine, jusqu’à l’obtention du niveau 1 de plongée.
Le programme accueille des femmes, mais également des hommes atteints d’un cancer du sein, trop souvent oubliés lorsqu’on évoque cette maladie. Je dois par ailleurs reconnaitre que j’ignorais totalement que le cancer du sein touchait également les hommes. Et vous ?
Si apprendre la plongée est sympa (on sait ça), derrière cet apprentissage se cache une ambition beaucoup plus profonde : permettre aux participants de se réapproprier leur corps, leurs capacités et leur avenir.

Sous l’eau, le corps n’est plus seulement celui qui a souffert
C’est probablement l’un des aspects majeurs de cette initiative.
Après un cancer du sein, le rapport au corps peut être profondément modifié. Il y a parfois eu une mastectomie, une reconstruction, des changements de silhouette. Il y a les cicatrices visibles et celles qui ne le sont pas.
Un corps que l’on a dû confier aux médecins, soumettre aux traitements et surveiller constamment. Et puis, un jour, ce corps entre dans l’eau.
La flottabilité réduit les contraintes liées au poids du corps et peut soulager certaines douleurs. Les mouvements deviennent différents. La respiration ralentit. L’environnement enveloppe.
Et puis (surtout ?) le regard porté sur soi peut changer. « Ce n’est pas un corps meurtri, mais un corps qui apprend, qui évolue, qui réussit », explique Véronique.
Car réussir à enfiler son équipement, à respirer avec un détendeur, à descendre sous la surface et à remonter avec le sourire c’est évidemment autrement plus qu’une performance sportive. C’est avant tout une petite ou grande victoire personnelle.
Ce corps dont on a parfois douté est d’un coup à nouveau capable d’apprendre quelque chose de complexe et d’exigeant. Et cette découverte peut changer beaucoup de choses.
Une heure sans penser au cancer
Il y a une réalité dont on parle peut-être moins : la maladie ne disparaît pas nécessairement des pensées lorsque les traitements s’arrêtent.
La peur de la récidive peut rester présente, parfois pendant des années.
Les examens médicaux, les rendez-vous de suivi et les sensations corporelles inhabituelles peuvent raviver les inquiétudes.
Plonger après un cancer du sein ne supprime évidemment pas ces peurs. Par contre, elle peut tout à fait offrir une sorte de parenthèse.
Sous l’eau, l’attention est mobilisée par la respiration, l’environnement, les binômes, les gestes de sécurité et les découvertes.
Impossible de consulter son téléphone. Difficile de passer en boucle dans sa tête ses préoccupations habituelles lorsqu’un poisson passe devant son masque ou qu’il faut surveiller sa flottabilité.
Pendant une quarantaine de minutes, parfois plus, l’esprit se concentre sur ce qui se passe ici et maintenant.
« Ce temps de présence à soi peut offrir une parenthèse précieuse », souligne Véronique.
Il existe d’ailleurs un parallèle intéressant avec la méditation ou la sophrologie. La respiration au détendeur peut favoriser un rythme lent et régulier. Je vous en parle dans ce livre consacré à la plongée Zen
Il faut dire que l’immersion sollicite fortement notre attention et nous invite à nous concentrer sur nos sensations. C’est une grande partie de ce que vous pouvez apprendre dans cette formation disponible en ligne. Elle est conçue pour dépasser son stress, renforcer sa confiance et plonger avec maîtrise.
Mais la plongée possède une autre particularité : cette présence à l’instant se fait naturellement durant l’immersion.
On ne descend pas sous l’eau pour apprendre à méditer. On descend pour plonger.
Et, comme par magie, on se surprend à ressortir aussi détendue qu’après une séance de méditation.

La sécurité avant tout : une plongée adaptée à chaque personne
La plongée après un cancer du sein ne s’improvise bien sûr pas.
Véronique insiste sur une distinction fondamentale : motivation n’égale pas automatiquement aptitude médicale.
Le programme peut accueillir des personnes en cours de traitement ou en rémission, mais chaque situation nécessite une évaluation médicale individuelle.
Les traitements en cours, les éventuelles contre-indications, la fatigue et les séquelles physiques doivent être pris en compte.
L’apprentissage se fait progressivement, d’abord en piscine, puis en mer depuis le bord et enfin depuis un bateau.
Deux clubs de plongée associatifs participent à l’encadrement, avec des moniteurs bénévoles.
Le taux d’encadrement est particulièrement important : généralement un moniteur pour une personne, parfois pour deux.
Avant chaque plongée, un échange individuel permet de faire le point sur l’état physique et psychologique du participant.
Il n’y a ni obligation de performance ni pression pour suivre un rythme imposé. L’essentiel est de construire une relation de confiance.
Et c’est peut-être aussi ça qui rend cette expérience différente d’une formation classique.
Une tortue, des larmes et une immense fierté
Lorsqu’on demande à Véronique ce qui l’a le plus marquée, elle évoque immédiatement le contraste entre l’avant et l’après-plongée.
Sur le bateau, avant la mise à l’eau, il y a parfois de l’appréhension. Puis les participants remontent. Et les visages ont changé.
Les sourires remplacent les inquiétudes. La fierté prend le dessus.
Elle se souvient particulièrement d’une participante lors d’un séjour d’immersion scientifique au Cap-Vert.
Sous l’eau, cette femme avait rencontré une tortue. À son retour sur le bateau, elle était en larmes.
Des larmes de joie devant cette rencontre extraordinaire, mais aussi de fierté d’avoir réussi quelque chose qu’elle n’aurait peut-être jamais imaginé possible.
Il y a également beaucoup de rires. Les combinaisons difficiles à enfiler, les signes de plongée approximatifs (cet article va vous aider), les échanges enthousiastes au retour des immersions… Autant de moments qui éloignent les participants de l’univers médical.
Véronique raconte aussi cette femme qui, à la fin du séjour, a soudain réalisé qu’elle n’avait pas téléphoné à ses enfants pendant toute la durée du voyage. Elle avait complètement décroché d’un quotidien personnel et professionnel particulièrement lourd.
Ce n’était pas un oubli anodin. C’était peut-être, pour une fois, la possibilité de penser à elle.

« Tu ne m’as pas permis de survivre, mais de vivre »
Parmi tous les témoignages recueillis, une phrase reste particulièrement présente dans la mémoire de Véronique.
Une participante l’a remerciée en lui expliquant que le programme ne lui avait pas permis de survivre, mais de vivre et de renaître.
Quelques mots qui résument toute la philosophie des Bulles Roses.
Parce que survivre à une maladie et retrouver le sentiment de vivre pleinement sont deux expériences différentes.
Et parce qu’il ne suffit pas toujours de terminer un traitement pour retrouver spontanément sa place dans le monde.
Il faut parfois réapprendre à faire confiance à son corps. Oser se lancer dans de nouveaux projets. Accepter de ressentir du plaisir sans culpabilité.
Et découvrir que la vie ne se résume plus aux examens médicaux.
Plonger après un cancer du sein : avec Bulles Roses, sous l’eau, il n’y a plus de patientes
Un autre aspect du programme mérite qu’on s’y attarde : la transformation des relations.
Dans un hôpital, les rôles sont clairement définis. Il y a le médecin et la patiente. Celle qui sait et celle qui reçoit les soins.
Mais au bord de la piscine ou sur un bateau de plongée, ces frontières s’estompent.
Tout le monde porte une combinaison, prépare son matériel et partage les mêmes découvertes. On se tutoie.
Les participants ne sont d’ailleurs plus appelés « patients », mais « bénéficiaires ».
« La relation devient enfin horizontale », explique Véronique. Et sous l’eau, elles sont avant tout des plongeuses et plongeurs.
Cette nouvelle identité ne s’arrête pas nécessairement à la fin du programme.
Certaines personnes poursuivent leur formation et passent d’autres niveaux de plongée. D’autres se lancent dans de nouvelles activités sportives.
Les anciennes participantes deviennent aussi les marraines des nouvelles promotions.
Le groupe continue à se retrouver, à échanger et à se soutenir. La plongée a créé des liens qui dépassent largement les séances d’apprentissage.
Et si la plongée devenait un soin de support reconnu ?
Aujourd’hui, Véronique souhaite aller plus loin que les témoignages, aussi émouvants soient-ils.
Son ambition est de documenter scientifiquement les bénéfices physiques et psychologiques du programme.
Les Bulles Roses utilisent notamment des questionnaires de qualité de vie, dont l’EORTC QLQ-C30, et s’intéressent à des paramètres comme le sommeil et la fréquence cardiaque pendant les plongées.
L’objectif est de produire des données suffisamment solides pour envisager une reconnaissance de la plongée dans les parcours de soins de support en cancérologie.
Et, à terme, pourquoi pas une prise en charge financière des séances ?
Il reste évidemment à déterminer quelle part des bénéfices observés provient spécifiquement de l’immersion, de l’activité physique, du soutien collectif ou encore du plaisir de vivre une expérience inhabituelle.
Les témoignages positifs ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer une efficacité thérapeutique. Mais ils donnent de bonnes raisons de poursuivre les recherches.
Véronique ne cherche d’ailleurs pas à opposer médecine et plongée.
La médecine diagnostique, traite et prévient les complications. La plongée pourrait, en complément et lorsque l’état de santé le permet, aider à retrouver confiance en soi.
Deux approches différentes, mais potentiellement complémentaires.
Plonger après un cancer du sein et retrouver l’envie d’avancer
Perso, je suis touchée par l’histoire des Bulles Roses. J’aime évidemment l’idée d’utiliser la plongée pour accompagner des personnes confrontées au cancer. Mais aussi cette manière de leur proposer autre chose qu’un statut de malade dont elles ont certainement besoin de se défaire.
Bulles Roses leur propose un défi. Une aventure. Un apprentissage. Des rencontres. Et surtout, quelque chose à attendre avec impatience qui soit autre chose que le prochain bilan médical.
On prépare une prochaine plongée. Après, on imagine les poissons qu’on pourrait rencontrer. Ensuite, on se réjouit de retrouver le groupe. Enfin, on se projette dans un voyage.
L’avenir n’est plus uniquement centré autour des examens et des rendez-vous médicaux. Il recommence à se remplir de projets, de découvertes et de plaisir.
Les Bulles Roses ne promettent pas de faire disparaître les séquelles du cancer, ni d’effacer la peur de la récidive.
Mais elles ouvrent une autre possibilité essentielle : celle de ne plus laisser la maladie occuper toute la place.
Et je repense à cette participante remontée en larmes après avoir rencontré une tortue au Cap-Vert dont Véronique parle.
Pendant quelques instants, cette femme n’était pas une femme ayant traversé un cancer. Elle était une plongeuse qui venait de vivre quelque chose d’extraordinaire.
Et cela, déjà, c’est merveilleux !
Pour découvrir ou soutenir le programme : rendez-vous sur le site internet de l’association.
Plonger après un cancer du sein ? Quelles sont vos expériences ?
Dites-le moi dans un commentaire ci-dessous pour en faire bénéficier toute la communauté.
Et surtout.. continuez d’être heureux/heureuse sous l’eau et en surface aussi
Hélène





