burn-out de plongée

Le burn-out de plongée, existe-t-il ?

La première fois que j’ai entendu parler du “burn out de plongée“, c’était dans les mots de Christian, un moniteur qui avait basculé toute la passion de la plongée dans sa vie dans son monde professionnel. Si elle lui faisait gagner sa vie, il n’en tirait plus de plaisir. Plus tard, ça a été au tour de Corinne, plongeuse dans le Var. Puis de Luc qui aimait pourtant beaucoup les carrières du Nord.

Alors j’ai eu envie de partager cette analyse avec vous. Dites-moi ce que vous en pensez et si vous avez déjà vécu cela.

Plonger… et puis plus

Quand on aime la plongée, on plonge. Enfin… normalement. Et puis parfois, quelque chose se passe.

On regarde la météo : bof, il va faire froid.
On pourrait aller plonger dimanche, mais finalement on a autre chose à faire.

La semaine suivante, le réveil à 6 heures du matin nous semble franchement moins séduisant que le canapé.
Puis il fait trop chaud. Trop froid. La visibilité ne sera probablement pas terrible. Il faut préparer le matériel. Faire la route. Gonfler les blocs.

Bref, on ne plonge pas.

Une semaine passe. Puis deux. Puis un mois.

Et un jour on réalise qu’on n’a pas mis la tête sous l’eau depuis trois mois.

Pourtant, lorsqu’on nous demande : « Tu aimes toujours plonger ? »
La réponse est immédiate : Oui.

Alors qu’est-ce qui se passe ?

“J’adore plonger. Mais je n’ai plus envie d’y aller”

Ces derniers temps, plusieurs personnes m’ont raconté quelque chose de ce genre.

Isabelle. Geoffrey. Jérôme. Samira. Nicolas…

Des plongeurs et plongeuses différents, avec des histoires différentes, mais cette même impression étrange : ils aiment la plongée, mais ils n’arrivent plus à avoir envie d’aller plonger.

Certains parlent spontanément de « burn-out de plongée ».

Le terme n’est probablement pas le plus adapté. Le burn-out désigne quelque chose de beaucoup plus précis et je ne vais certainement pas inventer ici un nouveau diagnostic psychologique pour plongeurs. Même si j’ai déjà interrogé leur santé mentale dans cet article.

Mais l’expression “burn out de plongée” décrit assez bien le ressenti.
Cette sensation d’avoir aimé énormément quelque chose et, tout à coup, de ne plus avoir l’énergie d’y aller.

Et je crois qu’il faut commencer par arrêter de considérer cela comme anormal.

Parce que plonger demande de l’énergie

On oublie parfois un détail lorsqu’on parle de plongée : aller plonger demande beaucoup plus d’énergie que plonger.

Il faut préparer son matériel, parfois charger la voiture, rouler une heure ou deux, porter les blocs, enfiler une combinaison, avoir froid, avoir chaud, attendre les autres, prendre un bateau, gérer la météo ou son mal de mer

Sans parler de tout ce qui se passe dans notre tête.

Parce qu’une plongée n’arrive jamais dans une vie vide. On arrive au bord de l’eau avec ce qu’on était avant de partir : une semaine de boulot épuisante, des nuits trop courtes, des soucis familiaux, une charge mentale importante, une période compliquée, une baisse de moral… ou simplement une vie déjà beaucoup trop remplie.

DAN rappelle d’ailleurs que la fatigue et le manque de sommeil ne sont pas anodins en plongée : ils peuvent affecter l’attention, le temps de réaction, le jugement et la prise de décision. La fatigue diminue également notre capacité à faire face à des contraintes supplémentaires.

Dans ces moments-là, ce n’est donc peut-être pas la plongée dont nous n’avons le plus envie.

C’est peut-être que nous n’avons plus suffisamment d’énergie disponible pour la pratiquer.

Et puis parfois, c’est la plongée elle-même

Il y a aussi une autre possibilité qu’il ne faut pas évacuer trop vite.

Parfois, quelque chose s’est passé sous l’eau ; pas nécessairement un accident spectaculaire.
Mais une remontée qui s’est mal passée ou une sensation d’essoufflement, un vertige
Ou une plongée pendant laquelle on a eu froid parce qu’on ne savait pas trop comment bien se protéger du froid en plongée (ou parce que les conditions étaient mauvaises).

Un moniteur de ce type nous a peut-être mis sous pression.

Peut-être y a t-il eu une succession de plongées durant lesquelles on ne s’est pas senti à la hauteur. Ou une peur, une angoisse en plongée que l’on n’a racontée à personne.

Ou simplement plusieurs expériences devenues progressivement moins agréables.

Et là, notre cerveau peut être beaucoup moins enthousiaste à l’idée de remettre les palmes.

DAN décrit d’ailleurs différents comportements qui peuvent apparaître chez un plongeur stressé : retarder le moment de s’équiper ou de se mettre à l’eau, devenir irritable ou inhabituellement silencieux, ou trouver soudainement toutes sortes de raisons de ne pas y aller.

Ce n’est donc pas toujours de la « flemme ».

Parfois, derrière « je n’ai pas envie », il y a quelque chose qui mérite d’être écouté.

Le cercle de la non-plongée

Et puis il y a un phénomène que beaucoup de plongeurs connaissent.

Moins on plonge, moins il devient facile d’aller plonger.

Le matériel reste rangé. Les automatismes semblent plus lointains.
On commence à se demander si on saura encore parfaitement gérer sa flottabilité ou trouver son équilibre.
On pense qu’il faudrait peut-être refaire une petite plongée facile de réadaptation avant de retourner avec nos binômes préférés.

Puis on reporte.
Et progressivement, ne pas plonger devient notre nouvelle normalité.
Ce qui était auparavant une activité habituelle demande maintenant un effort pour être remis en route.

Et ça ne signifie toujours pas qu’on n’aime plus plonger.

Burn-ou de plongée : faut-il se forcer à replonger ?

Pour moi, non.

Il y a une règle que je trouve fondamentale en plongée : on plonge parce qu’on a envie de plonger.
Pas parce que les autres y vont ni qu’on a payé notre place sur le bateau.
Pas non plus parce qu’on est moniteur et qu’un moniteur est censé adorer plonger tout le temps ni parce qu’on est en vacances en Égypte et qu’il serait quand même idiot de rater cette plongée.

Et certainement pas parce qu’il faut prouver quelque chose.

DAN cite d’ailleurs parmi les facteurs de stress le fait de plonger pour de mauvaises raisons : pression du groupe, peur de perdre la face, inconfort ou peur de manquer quelque chose.

Dire « aujourd’hui, je ne le sens pas » est une décision parfaitement acceptable en plongée, c’est même la règle numéro 1 en plongée.

Et c’est en soi une excellente décision de sécurité.

Mais ne plus avoir envie mérite parfois qu’on se pose une question

Quand on s’intéresse au burn-out de plongée, il y a cependant une différence à faire entre : « Aujourd’hui je n’ai pas envie de plonger » et : « ça fait six mois que quelque chose que j’adore ne me donne plus envie. »

Dans le deuxième cas, je trouve intéressant de se demander pourquoi.

Pas pour se forcer à replonger évidemment mais pour comprendre.

Est-ce que je n’ai plus envie de plonger… ou est-ce que je n’ai plus d’énergie pour grand-chose ?

Est-ce que :

  • certaines plongées m’ont fait peur ?
  • je me mets trop de pression ?
  • le groupe avec lequel je plonge me convient encore ?
  • ma façon de plonger correspond toujours à ce que j’aime ?
  • j’en ai marre des plongées profondes, j’aimerais simplement passer une heure à 10 mètres avec mon appareil photo ?
  • j’ai transformé un loisir en accumulation de niveaux, d’objectifs et de performances ?
  • c’est une période de ma vie pendant laquelle autre chose prend plus de place ?

Toutes ces réponses sont possibles.

Et elles ne demandent pas toutes une solution.

Burn-out de plongée : peut-être que l’envie reviendra autrement

Si on découvre que la plongée nous manque malgré tout, je ne crois pas forcément à la grande reprise.

Je crois beaucoup plus aux petits pas.

Réaliser une plongée facile dans un endroit connu avec quelqu’un avec qui on se sent vraiment bien.
Ne pas faire d’exercice ou se mettre d’objectif trop précis ou une profondeur à atteindre.

En fait, mieux vaut ne pas « rentabiliser » la plongée, mais juste remettre la tête sous l’eau et voir ce qui se passe. Sans attente particulière.
Et accepter aussi qu’au dernier moment la réponse puisse être : « non. Pas aujourd’hui. »

Parce qu’après tout, la plongée est un loisir.
De ce fait, elle n’a évidemment pas à devenir une obligation supplémentaire dans une vie qui en contient déjà bien suffisamment.

Et peut-être que l’envie reviendra dans une semaine, six mois, ou sous une autre forme.

Et si elle ne revient pas ?

Alors peut-être que c’est très bien aussi.

On a parfois cette étrange idée que lorsqu’on a passionnément aimé quelque chose, on devrait l’aimer toute sa vie.

Pourquoi ?

Nos vies changent, nos goûts et nos envies aussi.

On peut avoir passé quinze années merveilleuses sous l’eau et avoir envie d’autre chose aujourd’hui.

Ça n’enlève absolument rien aux quinze années précédentes.

Mais si vous regardez encore la mer en vous disant : « qu’est-ce que j’aimerais avoir envie d’y retourner… », alors peut-être que la plongée n’est pas très loin. Peut-être qu’elle attend que vous ayez à nouveau un peu de temps, d’énergie ou de place pour elle.

Et vous ?

Est-ce que ça vous est déjà arrivé de ne plus avoir envie de plonger, de ressentir un burn-out de plongée… alors même que vous saviez que vous aimiez toujours ça ?

Dites-moi cela dans un commentaire ci-dessous.

Et surtout… pensez à être heureux/heureuse sous l’eau et en surface aussi ☺️

Hélène

Pour aller plus loin

Matias Nochetto & JoAnn Perry — “A Timeline of Decompression Stress“, Alert Diver, 19 août 2026.
John R. Yarbrough, Ph.D. — “Anxiety: Is It a Contraindication to Diving?
One Health Underwater : la plongée sous-marine, alliée du bien-être mental des jeunes Européens
Anyone Can Cancel Any Dive At Any Time For Any Reason, DAN, 28 février 2024