Plongées profondes à l’air

« Nous, les français, nous sommes les seuls au monde à pouvoir plonger à -60 m à l’air », me disait fièrement un internaute. Outre le fait qu’il se trompait (d’autres font légalement de même), il m’a fait me questionner :
Cela va-t-il continuer ou allons-nous vers la fin des plongées profondes à l’air ? 

Dès lors, ma curiosité était aiguisée et j’avoue que j’étais curieuse de faire le point sur ces plongées particulières.

Une histoire du passé

Bien entendu, les « vieux plongeurs » (je dis vieux, car il y avait très peu de femmes en plongée à ce moment-là) vous diront qu’ils ont été à -70, -80 ou même -100 m à l’air et que c’était super. 

La nature est ainsi faite, certains échappent aux mailles du filet. D’autres deviennent des statistiques.

De leur côté, certains parcours de formation peinent à se renouveler et à s’adapter aux nouveaux savoirs. Ils maintiennent des programmes qui ne correspondent plus vraiment à leur public ni aux connaissances scientifiques actuelles.

Mais, ce n’est pas parce qu’on a toujours fait comme cela qu’il faut que cela continue, n’est-ce pas ?

Mais pourquoi donc vouloir aller à -60 m ou plus bas en utilisant de l’air ?

Assurément, car nous sommes encore un grand nombre à avoir été formé dans un environnement où il était normal de faire des plongées profondes à l’air. 

Peut-être aussi, car cela donnerait une idée d’une certaine « élite de la plongée » qui sait faire ce que d’autres ne font pas ou ne souhaitent plus faire.

Bien heureusement, les connaissances évoluent, le matériel, les services et les pratiques également.

Je discutais récemment avec un ami qui plonge depuis… longtemps. Il m’expliquait être allé à des profondeurs de plus de 100 mètres à l’air dans le passé sans jamais avoir eu de problème. Il me confiait aussi que d’autres avaient eu moins de chance. Aujourd’hui mon ami, et plusieurs de ses connaissances, souffrent de problèmes conséquents dûs à des accidents de décompression… peut-être sans lien de cause à effet, peut-être pas.

Actuellement, la majorité des organismes de formation déconseille ou interdit à ses membres de réaliser des plongées profondes à l’air. Certains allant jusqu’à recommander le NITROX jusque -30 m avant de passer au TRIMIX. 

Voyons pourquoi…

Qu’est-ce que la plongée profonde ?

Il n’y a pas vraiment de définition, ou chacun y va de sa définition.

On peut cependant remarquer que bon nombre d’organismes de plongée classifient les immersions au-delà de 40 mètres comme des plongées profondes

Les dangers des plongées profondes à l’air 

Impossible de parler du danger des plongées profondes à l’air sans aborder un minimum de notions théoriques. C’est parti.

L’intoxication à l’oxygène

L’étude des gaz en milieu hyperbare a montré empiriquement et ensuite plus scientifiquement que l’exposition à une pression partielle d’oxygène trop importante pouvait se révéler néfaste. Ce qui signifie que les plongées profondes à l’air sont de facto… dangereuses.

En effet, l’évolution des connaissances a fait diminuer graduellement le choix d’exposition à l’oxygène de 2 bars à 1,6 bar et maintenant à 1,4 bar voir 1,2 bar dans certaines conditions difficiles.

La CMAS déclare dans ses standards et procédures qu’il ne faut pas exposer un plongeur à une Pp0² supérieure à 1,4 bar en circuit ouvert que ce soit à l’air ou aux mélanges. La toute grande majorité des organismes de certification ont emboîté le pas à la CMAS, ou l’avaient même devancé dans ce domaine. 

Comme nous avons les chiffres à disposition, nous comprenons aisément qu’il ne faut pas dépasser les -56 m de profondeur à l’air.

L’intoxication à l’azote 

Il est par contre beaucoup plus difficile de trouver dans la littérature un chiffre de pression partielle d’azote à ne pas dépasser.

Cependant beaucoup d’organismes de plongée et de sécurité en plongée stipulent que tout le monde subit « l’intoxication à l’azote » dès -30 m à un degré plus ou moins important, soit donc à une PpN² de 3,2 bars.

N’oubliez pas qu’à -60 m votre Pp0² est de 1,47 bar et la PpN² est de 5,53 bars

En gros, vous risquez de ressentir les effets négatifs de la narcose. Si elle est recherchée par certains, il faut savoir qu’elle peut représenter un véritable danger, car vous ne maîtrisez plus votre immersion.

Le danger psychologique des plongées profondes à l’air 

Difficilement quantifiable et particulièrement incontrôlable, le danger psychologique des plongées profondes à l’air est pourtant bien réel. En effet, la pression psychologique de la profondeur (ou le stress de la profondeur) et de son inconnu peut rapidement faire dégénérer une situation. 

C’est le cas notamment avec les plongeurs peu habités à la profondeur. Ou ceux et celles qui se lancent comme des furieux 20 m plus profond que d’habitude, d’un coup, à peine le brevet de N3 en poche. Bien sûr, ceux-là se sentant invincibles partiront pour des plongées profondes à l’air sans se soucier le moins du monde de ce qui pourrait arriver. Après tout ils ont la bonne carte de certification non ?

Pourtant, qui dit plongée profonde à l’air dit risque de narcose. Qui dit narcose, dit risque de pensées parasites pouvant engendrer de l’angoisse en plongée, du stress… Tout ce dont nous n’avons pas besoin lorsque nous nous aventurons dans le fond. 

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Risques liés à la décompression

La plongée profonde va inexorablement rapidement amener à avoir des paliers obligatoires. Ceux-ci réclament une gestion précise du temps nécessaire pour effectuer ces paliers. Mais également, une gestion de la réserve d’air nécessaire pour les réaliser.

Si une confusion cognitive ou une pensée parasite apparaissent, le risque de mal gérer sa plongée est réel. Changement de planification, désorientation… Ces éléments vont venir perturber le bon déroulement de la décompression.

Alternative à cette pratique

Sachez que vous continuerez à croiser sur votre route des gens aguerris ou pas qui clameront haut et fort qu’ils maintiennent la plongée à l’air à -60 m et plus. Cela relève de leur choix personnel et de leur gestion de risque dans une activité qui n’est pas sans danger.

Mais rassurez-vous, il existe une alternative à ce type de plongée.

En effet, nul ne vous demande de limiter vos explorations à -30 ou -40 m de profondeur. Vous pouvez très bien avoir envie de découvrir cette jolie épave ou de sonder dans les différentes nuances de bleu.

Pour cela, je ne peux que vous conseiller d’utiliser un gaz adapté. Parfois vue encore comme réservée aux élites, la plongée au TRIMIX (mélange de trois gaz : oxygène, azote et hélium) n’est pas si complexe à apprendre.

Si vous n’êtes pas motivé pour ce type de formation… il vous restera à réduire votre profondeur. En effet, il est sage de cautionner ce que la toute grosse majorité des acteurs préconise soit une plongée à l’air limitée à 40 mètres ou au strict minimum ne pas dépasser une Pp0² de 1,4 bar ou 1,2 bar dans des conditions difficiles. 

Malgré tout, si vous décidez tout de même de réaliser des plongées profondes à l’air, outre les recommandations de base de sécurité en plongée, suivez ces quelques conseils :

  • Allez-y progressivement (pas question de taper -60 m après 6 mois d’hiver sans plonger !).
  • Diminuez le nombre de vos plongées journalières.
  • Entourez-vous de binômes expérimentés.
  • Allongez aussi vos intervalles de surface.

Vers la fin des plongées profondes à l’air ? 

La plupart des acteurs majeurs du monde de la plongée sont d’accord pour dire qu’il est inutile et dangereux avec nos connaissances actuelles de continuer à réaliser des plongées profondes à l’air. Bien qu’elles finiront probablement par disparaître, il faudra très certainement qu’il s’écoule encore un peu de temps. Sans doute aussi quelques accidents…

En attendant, prenez soin de vous.

Les plongées profondes à l’air, vous pratiquez ? Vous connaissez ? Ce n’est définitivement pas pour vous ? 

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Et surtout… pensez à être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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