Faut-il vraiment avoir peur des requins ?

Les attaques de requins sont régulièrement à la une de l’actualité.

Pourtant, lors des rares attaques de requins mortelles de surfeurs ou de baigneurs notamment à La Réunion, les esprits s’échauffent. Les partisans des deux camps « pro-requins » versus « anti-requins » s’opposent parfois de manière virulente.

Pour les plongeurs qui s’immergent aux quatre coins du monde, il peut être intéressant de faire le point sur cette question brulante et sensible : faut-il vraiment avoir peur des requins ?

La situation vécue sur l’île de La Réunion (particulièrement concernée) met en lumière l’image négative et erronée dont sont victimes ces grands poissons.

Il y a quelques jours, j’ai été heurtée par une vidéo montrant un baigneur sur une plage mexicaine occupé à sortir de l’eau un petit requin marteau. Celui-ci semblait vouloir le laisser mourir dans le sable. Les internautes (adeptes de plongée pour la plupart) qui réagissaient à la vidéo se sont déchainés dans un flot d’injures. C’était bien compréhensibles avant que certains ne mettent en doute les raisons de l’acte. Serait-ce pour enlever un hameçon de sa bouche ?

Bien que nous n’étions pas vraiment en mesure de connaitre la réalité de cette histoire (car la vidéo s’arrêtait avant la délivrance ou la mort du requin), les réactions des internautes montraient leur ras-le-bol vis-à-vis des comportements cruels et non justifiés imposés aux requins partout dans le monde. (Et je préfère ne même pas aborder la pêche pour les ailerons qui est …  tellement irrespectueuse de la vie animale à mes yeux)

Une peur des requins bien ancrée

Les plongeurs et plongeuses du monde entier parcourent quelques fois des milliers de kilomètres pour atteindre des spots de plongée dans l’espoir d’apercevoir des requins. Dans le même temps, des millions de baigneurs sur les plages du monde entier en ont peur. Probablement car ils sont encore traumatisés par la vue du film « les dents de la mer » dans les années 70, les craignent.

Combien de fois n’ai-je pas du expliquer ma perception à mes proches qui s’inquiétaient pour moi.  « Non, ce n’est pas dangereux d’aller plonger avec les requins« , « non, je n’ai pas peur des requins » et « oui, j’espère en croiser lors de mes prochaines plongées« .

Pourtant, il est vraiment important d’écouter et de comprendre les points de vue de chacun. Comprendre les peurs (même si elles nous paraissent non justifiées) véhiculées par les images de cinéma. Images qui diabolisent un animal impressionnant mais tellement utile pour l’équilibre de nos océans et de notre planète.

Pour cela, il est utile de continuer à informer les personnes. Mais aussi de leur apporter une compréhension plus juste des réalités des requins et des enjeux pour les éco-systèmes.

Afin de répondre à la question : « faut-il vraiment avoir peur des requins ? », je vous propose de réfléchir ensemble sur différents points :

Les requins sont-ils attirés par le sang humain ?

En tant que poissons, les requins ne s’intéressent pas aux êtres humains qui ne font pas partie de leur régime alimentaire. Des expériences ont montré que les requins n’étaient attirés ni par le sang des humains, ni par leurs urines.

Si pour les plongeurs aguerris cela tombe sous le sens, cette information reste méconnu par un large grand public.

Pour les femmes qui s’intéressent à savoir si leur période de règle est une période de danger qui pourrait provoquer des attaques de requins, je les invite à lire cet article 😉

Que l’on apprécie ou pas la démarche, un passionné a été jusqu’à se couper la peau sous l’eau pour prouver l’innocuité des requins face au sang humain 😮
Vidéo publiée sur le web et qui a vite fait le tour des réseaux sociaux.

Mais si les requins ne sont pas intéressés par les humains, pourquoi font-ils des victimes chaque année ?

Tout d’abord il faut rappeler que, bien que le nombre d’attaques de requins soit plus élevé, les requins ne sont responsables que de +/- 10 morts par an…

En comparaison, les méduses tuent 5 fois plus que les requins et les crocodiles 100 fois plus.
C’est évidemment encore nettement moins que les moustiques avec 800.000 morts ou même que les chiens.

Mais va-t-on éliminer tous les chiens de la surface de la terre ? Cette question n’est pas frappée au coin du bon sens et cela n’arrivera probablement jamais, bien heureusement.

Pourtant, à chaque attaque de requin, des campagnes sont menées pour éliminer ces grands poissons.

Les requins qui attaquent les humains le font généralement par erreur ou accident. Ils confondent la personne avec une proie (tortues, otaries, …). Cela les poussent, la plupart du temps à lâcher la personne sans s’acharner. Entre temps, la victime peut mourir des suites de la blessure de cette attaque. Et ça, c’est toujours un terrible drame humain.

Alors, que faire pour prévenir ces attaques de requins ?

Rappelons que, sur plus de 300 espèces recensées, seulement 5 espèces de requins sont potentiellement dangereuses pour les humains. Il s’agit du grand requin blanc, du requin bouledogue, du requin tigre, du requin océanique et du Mako.

Les autres requins sont généralement inoffensifs malgré leur taille imposante comme c’est le cas des requins baleines ou des requins pèlerins par exemple.

Il convient dès lors d’utiliser les moyens à disposition pour éviter les attaques de requins. Notamment lors des baignades et dans tous les cas dans les régions à risques.

Le premier moyen est le respect des mesures de sécurité :

  • Ne pas se baigner proche de l’embouchure d’un fleuve (surtout après la pluie) ou dans les eaux troubles
  • Fuir les endroits interdits (ça tombe sous le sens)
  • Eviter de se baigner au crépuscule ou à l’aube (moment de chasse)
  • Préférer se baigner ou surfer en groupe
  • Ne pas utiliser de matériel trop coloré (pouvant rappeler au requin ses proies) ni de matériel brillant
  • Sortir de l’eau en cas d’alerte requin
  • Lors d’une rencontre avec un requin, essayer de se positionner de manière à être vu et reconnu par lui (pour qu’il voit que l’on n’est pas une de ses proies)

Un autre moyen consiste en la mise en place des outils de prévention principalement dans les zones à risques. L’excellente vidéo ci-dessous reprend de manière synthétique un résumé des actions possibles :

Mais ne serait-il pas plus facile d’éliminer purement et simplement tous les requins ?

La réponse est évidement NON.

D’abord cette solution serait triste pour tous les amoureux des requins.

Mais surtout, la disparition des requins serait responsable d’un déséquilibre de l’éco-système marin dont il est difficile (impossible ?) de mesurer l’ensemble des conséquences.

Ce que l’on sait par contre c’est que l’océan est le premier poumon de la planète. Mais aussi que le plancton en relâchant la majeure partie de l’oxygène global de la terre contribue à nous garder en vie. Or, ce plancton ne peut exister que si l’ensemble de la chaine alimentaire est régulé.

Le problème est que les requins, en se trouvant en première ligne de cette chaine alimentaire en sont les premiers régulateurs.

S’ils venaient à disparaitre, c’est toute la chaine qui serait en danger… humains y compris.

Jérôme Delafosse donne par ailleurs une excellente explication du mécanisme de la chaine alimentaire dans son film les requins de la colère. Il y explique que notre survie dépend de celle des requins et que nous sommes intimement liés malgré les peurs que peuvent susciter chez nous ces merveilleux animaux. Un petit extrait pour vous donner envie de le voir 😉

Finalement, faut-il avoir peur des attaques de requins ?

Dans le cas de la plongée sous-marine,

La réponse est certainement NON. Les requins voient les plongeurs et les identifient comme étant étranger à leur régime alimentaire. Parfois, certains requins vont venir plus proche jusqu’à frôler ou bousculer un plongeur. La plupart du temps, cela est du au fait que les requins ont l’habitude d’être appâtés sur ce site (voir nourris) et qu’ils attendent leurs « récompenses ». Les attaques de requins en plongée sont quasi inexistantes. Par contre, on recense quelques accidents de morsures de requins dans des cas de shark feeding, pratique que je n’apprécie pas du tout.

Parfois, les requins peuvent aussi venir très près des plongeurs lorsque ceux ci possèdent par exemple des appareils photos avec des grands dômes ou d’autres objets brillants. Il arrive alors que les plongeurs doivent repousser fermement les requins.

Hors shark feeding et pêche sous-marine (les requins sont attirés et énervés par le sang des autres poissons), je n’ai personnellement jamais entendu parler d’attaque de requin sur des plongeurs lors d’explorations de plongée (Mise à jour : une plongeuse a été attaquée mortellement en fin de plongée aux îles Cocos en novembre 2017)

Dans le cas des baignades ou de la pratique du surf et autres activités aquatiques en surface

La réponse n’est pas aussi nette. Bien sur, les attaques de requins restent anecdotiques à l’échelle du monde. Pourtant, il faut en toute conscience ne pas perdre de vue que les requins restent des animaux évoluant parfois proche de la côte et que si nous voulons limiter les risques d’attaques accidentelles, il convient de respecter les règles de prévention citées plus haut… et ne pas oublier que c’est nous qui venons sur leur territoire 😉

Est-ce parce qu’elles sont rares que les attaques de requin sont tellement médiatisées ? Ou parce que nous ne voyons pas les requins qui sont sous l’eau ? Ou encore par la faute du cinéma qui a créé une véritable psychose et alimenté les peurs les plus folles ?

Quelque soit les raisons, à mon sens, la première chose à faire est de continuer sans relâche à entendre les points de vue de chacun et à diffuser de l’information claire pour redonner aux requins une image plus positive.

D’autre part, ne pas consommer de requin permettra aussi d’en diminuer leur pêche.

Cela pour la préservation des requins, le plaisir de les observer lors de nos explorations de plongée et surtout pour notre survie à toutes et tous.

Envie de vous exprimer sur ce sujet ?

Postez un commentaire ci-dessous… ça me fera vraiment plaisir d’échanger avec vous en direct 😉

Bonnes bulles et n’oubliez pas d’être heureux 🙂

 

Hélène

Et si vous découvriez le formidable défi de Fabienne pour la protection des requins ?