Pairi Daiza requins en captivité

Des requins en captivité à Pairi Daiza

Le nouveau bassin aquatique de Pairi Daiza, qui accueille désormais plusieurs requins en captivité, suscite l’enthousiasme… mais aussi des questions éthiques et des interrogations.

La vidéo circule sur les réseaux sociaux.
Requin à pointe noire. Requin zébré. Raie aigle.
Lumière bleutée. Décor spectaculaire.

Les réactions sont unanimes :
« Incroyable. »
« Magnifique. »
« À voir absolument. »

Vous pouvez même réserver une chambre avec vue sur le bassin et vous endormir en observant les requins.

Pourtant, la seule question qui me vient à l’esprit est :

Comment peut-on encore s’extasier devant des requins en captivité en 2026 ?

Car derrière l’esthétique, pour ma part, je ne vois pas un univers marin.
Seulement des animaux enfermés dans un environnement artificiel, à l’heure où les écosystèmes marins s’effondrent à grande vitesse.

Et ce décalage me trouble.

J’avais déjà écrit sur les raisons pour lesquelles je refusais de plonger à TODI. Aussi, j’ai envie de réfléchir avec vous sur la question des requins en captivité.

Spectaculaire, oui. Naturel, non.

Pairi Daiza est un parc admiré, situé en Belgique non loin de la frontière française.
Comme à son habitude pour le reste du parc, l’immersion dans le bassin est travaillée avec intelligence.
Les décors sont somptueux.

Mais il n’en reste pas moins vrai qu’un décor n’est pas un écosystème.

Un récif corallien n’est pas une scénographie.
C’est un réseau d’interactions invisibles : courants, prédation, symbioses, migrations, compétition, reproduction.

Un aquarium, aussi vaste soit-il, va juste recréer des paramètres techniques : température, salinité, lumière.
(En y ajoutant une ambiance qui va plaire aux visiteurs)

Mais il ne recrée pas la dynamique du vivant.

Il est assez facile de maîtriser l’eau, pas le sauvage.

Quels requins en captivité à Pairi Daiza ? Et que perdent-ils ?

Le requin à pointe noire

C’est vrai, ce requin est récifal et territorial.

Mais territorial signifie plusieurs kilomètres carrés.
Un territoire structuré par la chasse, la concurrence, les variations environnementales.

Dans un espace clos, l’animal survit.
Il ne déploie plus la complexité comportementale qui le définit.

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Le requin zébré

Le requin zébré explore différents habitats, se déplace, ajuste sa profondeur.

En captivité, la migration devient une trajectoire répétitive.

Ce que l’on observe derrière une vitre n’est pas un requin « tel qu’il est ». C’est un requin qui doit s’adapter à une contrainte.

La raie aigle

La raie aigle peut parcourir des dizaines, parfois des centaines de kilomètres.

Elle évolue dans un espace tridimensionnel ouvert.

Il faut la voir sous l’eau : souple, majestueuse, hypnotique.

Réduire son espace à un bassin ne supprime pas son instinct.
Ça le contraint.

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Conservation en captivité : solution ou illusion ?

C’est l’argument qui revient immédiatement :
« Oui, mais c’est pour la conservation des espèces. »

Et il faut être honnête :
Pairi Daiza participe à des programmes européens de reproduction et de conservation. C’est un fait.

Mais la question mérite d’être posée autrement.

Aujourd’hui, selon les estimations des organismes internationaux (GIEC), près de 50 % des récifs coralliens ont déjà disparu, et jusqu’à 90 % pourraient être menacés d’ici 2050.

Face à cet effondrement, que signifie conserver quelques individus en captivité ?

Oui des pandas se sont reproduit à Pairi Daiza. Mais ça arrive tout le temps aussi dans la nature. Les pandas n’ont pas attendu le parc pour copuler.

En vrai, on ne va pas se mentir, une espèce ne se résume pas à son patrimoine génétique.

Un requin n’est pas seulement un corps vivant.
Il est :

  • un régulateur de populations
  • un maillon d’un réseau trophique
  • un acteur d’équilibres invisibles
  • une pression évolutive sur son environnement

Sorti de son écosystème, il devient un individu préservé.
Mais il cesse d’être un acteur écologique.

C’est là que le débat devient fondamental :

Une espèce préservée en captivité est-elle encore pleinement vivante écologiquement ?

Sauver l’ADN n’est pas équivalent à préserver la dynamique du vivant.

On conserve l’apparence de l’espèce. Et en faisant cela, on perd sa fonction.

Dans certains cas extrêmes, la conservation en captivité peut éviter une extinction biologique totale… en la gardant dans un milieu artificiel.

Mais peut-elle remplacer la protection des milieux naturels ?

Peut-elle compenser la destruction des récifs, la surpêche, l’acidification des océans ?

Ou risque-t-elle de devenir une manière plus confortable d’accepter l’effondrement des écosystèmes ?

Voilà peut-être la vraie question.

Conservation et spectacle : une cohabitation inconfortable

Peut-on protéger le vivant tout en le mettant en scène ?

Il serait caricatural d’affirmer que les parcs animaliers « ne font que du business ».

Pairi Daiza finance aussi des programmes de conservation.
Des équipes vétérinaires travaillent sur place.
Des partenariats scientifiques existent.

Ce n’est pas une foire foraine. C’est un projet sérieux, étudié, budgétisé.

Mais il serait tout aussi naïf d’ignorer que le modèle économique repose d’abord sur l’attractivité touristique.

Un parc animalier vit de :

  • la vente de billets
  • la vente d’expériences immersives
  • la restauration
  • les nuitées
  • les expériences « premium » (chambres avec vue sur les animaux)

Le nouveau bassin aquatique a peut-être comme ambition d’être un espace pédagogique.
Mais c’est certainement aussi (et avant tout) un produit d’appel fort.

Et c’est là que la tension apparaît.

La conservation des espèces nécessite du financement.
Le financement vient du public.
Le public vient pour voir des animaux.

Donc, pour protéger, il faudrait montrer ?
Mais montrer implique souvent d’enfermer.

Vous voyez le problème?

Une polémique qui relance le débat

Au moment même où cet article est publié, une nouvelle polémique sur le retour des delphinariums agite la Wallonie.

Dans le cadre d’une proposition de loi, un député a évoqué la possibilité de permettre à certains delphinariums de rouvrir dans une logique de conservation des espèces.

Dans ce contexte, Pairi Daiza a indiqué qu’il serait prêt à accueillir des dauphins provenant de delphinariums amenés à fermer.

L’idée avancée serait de ne pas organiser de spectacles, mais d’héberger ces animaux dans une logique de protection et de conservation.

Sur le papier, l’argument peut sembler recevable. Presque sympathique.

Mais la question reste entière : un parc animalier peut-il accueillir des dauphins sans que leur présence devienne, de fait, une attraction majeure ?

Même sans spectacle, les visiteurs viendraient pour les voir.

Et c’est précisément ce qui inquiète de nombreuses associations de défense animale : la fermeture progressive des delphinariums vise à sortir de ce modèle, pas à le déplacer vers d’autres modèles similaires.

Cette controverse récente illustre parfaitement la question posée dans cet article :

lorsque la protection du vivant dépend de sa mise en scène, où se situe réellement la frontière entre conservation… et spectacle ?

Le risque : normaliser la captivité

À force de présenter la captivité comme un outil de sensibilisation ou de conservation, ne risque-t-on pas de normaliser l’idée que le vivant doit être accessible, visible, scénographié pour exister ?

Nous créons des environnements maîtrisés, rassurants, esthétiques.
Parfois comme à Pairi Daiza, les décors sont presque dignes de décors de cinéma.

L’animal devient observable, contrôlé et encadré.

Il ne surprend pas plus qu’il ne dérange.

Or, dans la vie, le sauvage dérange. Le sauvage échappe.

Et ça aussi ça le rend précieux.

Une question de cohérence

Si l’objectif est de protéger les océans, pourquoi l’essentiel des investissements visibles se concentre-t-il sur des infrastructures spectaculaires plutôt que sur la restauration directe des écosystèmes ?

Parce que la mise en scène du vivant crée une illusion puissante : celle que la nature peut être déplacée, recréée, domestiquée.

Or ce que nous perdons aujourd’hui, ce ne sont pas des bassins.
Ce sont des écosystèmes entiers. À une vitesse folle.

La vraie tension

Le problème n’est pas qu’un parc gagne de l’argent.

C’est évidemment plus profond que ça.

Quand la protection du vivant dépend du spectacle du vivant, nous entrons dans une zone grise.

Nous protégeons ce que nous exposons.
Et nous exposons ce qui attire.

Mais que devient ce qui ne se montre pas ?

Les récifs lointains.
Les mangroves invisibles.
Les écosystèmes sans tunnel vitré.

Nausicaá, Marineland : quand la captivité devient un problème sans issue

Les précédents que l’on préfère oublier

Si aujourd’hui certains parcs choisissent des espèces plus petites, plus « gérables », ce n’est pas un hasard.

C’est aussi parce que l’histoire récente des grands aquariums a montré les limites du modèle.

À Nausicaá, la mort d’une raie manta peu après son arrivée, ainsi que les difficultés rencontrées avec des requins-marteaux par le passé, ont illustré une réalité simple : toutes les espèces ne supportent pas la captivité, même dans des installations modernes.

On peut ajuster la salinité.
Contrôler la température.
Filtrer l’eau.
Surveiller chaque paramètre biologique.

Mais un océan ne se résume jamais à une fiche technique.

Un récif, c’est un système vivant, imprévisible, en interaction permanente avec des milliers d’organismes.

La technologie reproduit des conditions physiques. Mais elle ne peut pas reproduire un monde.

Le cas Marineland : la fermeture ne règle rien

Le cas du Marineland d’Antibes est encore plus révélateur.

Le parc a annoncé sa fermeture.
Beaucoup, dont moi, y ont vu une victoire symbolique.

Mais une question demeure : que deviennent les orques ?

Ces animaux, capables de parcourir des centaines de kilomètres, ne peuvent pas simplement être relâchés après des années en captivité. Leur dépendance est devenue structurelle.

On évoque l’idée d’un sanctuaire marin en Méditerranée, notamment au large de la Corse, soutenu par des initiatives comme celles de Sea Shepherd France. Un espace semi-ouvert, plus vaste, plus proche des conditions naturelles.

Mais à ce jour, rien n’est réellement opérationnel.

Et c’est là que le malaise s’installe.

Quand on enferme un animal aussi complexe qu’une orque, on prend une décision qui engage des décennies.

Même la fermeture d’un parc ne résout pas le problème.
Elle révèle la dépendance créée. Et la complexité des solutions à mettre en oeuvre.

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La dépendance irréversible

Un requin, une raie, une orque captifs ne sont pas simplement « hébergés ».

Ils deviennent dépendants d’une infrastructure humaine.

Nourriture contrôlée.
Espace délimité.
Soins vétérinaires permanents.

Revenir à l’océan ? Presque impossible.

La captivité n’est pas une parenthèse.
C’est un choix à long terme.

Et c’est précisément pour cela que le débat ne peut pas être réduit à la beauté d’un bassin ou à la qualité d’une scénographie.

Requins en captivité à Pairi Daiza : prudence technique, question intacte

Oui, Pairi Daiza a choisi des espèces plus petites que les orques ou les grands requins océaniques.

C’est plus prudent.
Plus maîtrisable.
Moins risqué.

Mais réduire la taille de l’animal ne recrée pas l’immensité dont il est issu.

On peut maîtriser l’eau. Mais peut-on maitriser le côté sauvage ?

Et c’est peut-être cela, le fond du débat : nous savons recréer des paramètres techniques.
Mais nous sommes incapables de recréer un écosystème vivant.

Ce que nous choisissons vraiment

Aimer le vivant… ou l’encadrer ?

Je comprends l’émerveillement.

Voir un requin à quelques centimètres d’une vitre impressionne.
Il est là. Visible. Accessible. Tellement proche.

Mais n’est-ce pas finalement un problème ?

Dans la nature, un requin libre impose une distance.
Il évolue dans un monde qui n’est pas le nôtre, s’échappe et ne se laisse pas cadrer.

Un requin en captivité, lui, est intégré à notre espace.
Il devient un élément d’expérience.
Un spectacle maîtrisé.

La différence est fondamentale.

Requins en captivité à Pairi Daiza : un outil pédagogique ou une mise en scène du vivant ?

« Oui, mais les enfants doivent pouvoir voir des requins »

Si on ne les voit pas en vrai, comment les aimer ?

Je rejoins ici la vision de François Sarano, océanographe et plongeur, qui explique régulièrement que les animaux observés en captivité ne présentent pas les comportements naturels que l’on peut voir dans l’océan.

LIRE | François Sarano : Les Chiffres Disent Mais Ne Racontent Pas

Des requins en captivité qui tourne en rond dans un bassin, même joli comme à Pairi Daiza, ce ne sont pas des requins dans leur écosystème.

C’est une version appauvrie.

Donner cette image aux enfants, est-ce vraiment les sensibiliser ?
Ou est-ce leur transmettre une vision biaisée de la nature ?

Aujourd’hui, nous avons accès à :

  • des documentaires extraordinaires
  • des images sous-marines en haute définition
  • des reportages immersifs
  • des contenus pédagogiques d’une qualité exceptionnelle

Voir un requin en liberté, dans son environnement réel, explique bien plus sur son rôle écologique qu’une observation à travers une vitre.

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Ce que nous apprenons aux générations suivantes

Lorsque nous montrons des requins derrière une vitre, quel message transmettons-nous ?

Que la nature est précieuse ?
Ou que la nature est transportable ?

Que le sauvage mérite d’être respecté à distance ?
Ou qu’il peut être déplacé, reconstitué, scénographié ?

Nous pouvons recréer la température.
La salinité.
La lumière.

Mais nous ne recréons pas l’incertitude.
Ni la complexité.
Ni l’équilibre fragile d’un écosystème libre.

C’est sans doute la raison pour laquelle, alors que je n’ai jamais vu de requins-baleines malgré mes plus de 1500 plongées, je refuse les posts de nourrissage. La nature est fragile, insaisissable et surprenante. On en prend pas rdv avec elle. Et c’est certainement bien comme ça.

La question qui reste

Mon propos n’est pas de condamner aveuglément. Ni de juger les personnes qui fréquentent les parcs animaliers et autres aquariums. Ni même d’idéaliser un monde parfait.

Mais peut-être bien d’oser une question inconfortable :

Face à l’effondrement des océans, voulons-nous réparer le vivant ou apprendre à nous satisfaire de sa version maîtrisée ?

À Pairi Daiza, les bassins sont impeccables.
Les paramètres sont contrôlés.
Les décors façon Indiana Jones sont splendides.

Mais un océan n’est pas un décor. Et la liberté, si chère à mes yeux, n’est pas, à mes yeux, un détail.

Ma position

J’ai croisé de nombreux requins dans leur milieu naturel.
Ce ne sont pas des animaux derrière une vitre.
Ce sont des présences fortes.
Un équilibre.
Une tension dans un univers vivant.

Même si je ne juge pas ceux et celles qui le font, je ne mettrai évidemment pas les pieds dans le parc Pairi Daiza.

Parce que je ne peux pas applaudir l’enfermement d’animaux façonnés par l’immensité.

On peut aimer sans posséder, admirer sans capturer et protéger sans exposer.

Je sais que la question n’est pas simple.
Elle mérite mieux que des slogans ou des positions tranchées.
Elle mérite que l’on s’y arrête. Que l’on réfléchisse et que l’on fasse ses propres choix en conscience.

Et vous, quelle est votre position sur ce type de parc ? Que pensez-vous des requins en captivité à Pairi Daiza ?

Dites-moi cela en commentaire ci-dessous.

Et surtout… continuez d’être heureux/heureuse sous l’eau et en surface aussi 😊

Hélène


Questions fréquentes sur le bassin aquatique de Pairi Daiza

Quels requins peut-on voir à Pairi Daiza ?

Requins à pointe noire, requins zébrés et raies aigles sont notamment présents dans le nouveau bassin aquatique.

Pairi Daiza participe-t-il à la conservation ?

Oui, le parc prend part à des programmes européens de reproduction et de conservation.

Les requins vivent-ils longtemps en captivité ?

Certaines espèces s’adaptent, mais la question soulevée ici concerne surtout l’expression de leurs comportements naturels.

Le bassin aquatique est-il un aquarium classique ?

Il s’agit d’un espace immersif intégré au parc, conçu pour recréer un environnement marin artificiel.