Tout comprendre sur les effets de l’asthme en plongée

Comment concilier asthme et plongée ? C’est une question qui revient régulièrement et à laquelle il n’est pas facile de répondre. Certains hésitent même à se lancer dans une formation parce qu’ils craignent les effets sur leur santé. Aussi ai-je demandé à Roland, kinésithérapeute, passionné de la question et moniteur de plongée de nous donner son point de vue.

Attention : aucun article ni avis sur internet ne prévaut celui de VOTRE médecin ou pneumologue. Si vous souffrez d’asthme, consultez-le avant de démarrer l’activité de plongée pour avoir son diagnostic et adapter votre pratique le cas échéant.

Asthme et plongée, une contre-indication absolue ? 

Longtemps considéré comme une contre-indication absolue, l’asthme n’a plus, fort heureusement, cette image de vilain canard dans le monde de la plongée. 

En effet, la fédération nationale anglaise de plongée a été la première à autoriser la pratique sous conditions en 2003. Mais avec l’inconvénient d’avoir mal cerné l’asthme lui-même et ses différentes particularités individuelles. Du chemin a été parcouru depuis lors puisqu’aujourd’hui presque toutes les fédérations autorisent la pratique sous conditions. 

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Mais pourquoi l’asthme en plongée a-t-il été craint et l’est moins aujourd’hui ?

Qu’est-ce que l’asthme ? 

Pour faire simple, Roland m’explique que l’asthme est une pathologie pulmonaire obstructive. Elle est caractérisée par une inflammation des bronches et par un rétrécissement du calibre des bronches au contact de différents éléments. Cela provoque toux, expectorations, sifflements et un essoufflement au repos et à l’effort. En l’absence de traitement symptomatique, ces difficultés augmentent au point de pouvoir provoquer un arrêt respiratoire dans certains cas.

Vous avez suivi jusque-là ? Alors on continue. 

Quels sont les éléments incriminés ?
  • Allergènes ( acariens, pollens, fumée, chats, chiens, essence de bois, etc.)
  • Pollution de l’air
  • Antécédents familiaux
  • Effort
  • Air sec et froid

Comment se guérit l’asthme ?

L’asthme ne se guérit pas. On traite la symptomatologie. D’une part par un traitement inhalé composé d’une corticothérapie et de bronchodilatateurs. D’autre part, en évitant le contact avec les déclencheurs.

Asthme et plongée, en quoi est-ce un problème ?

Du côté de la théorie…

Si la tuyauterie bronchique est plus petite, l’air met plus de temps à sortir. Ce qui implique deux points importants. Primo, il reste forcément moins de place pour remplir les poumons puisqu’ils sont moins vidés et que ça demande plus de travail musculaire. Et en plongée on n’aime pas ça.
Secundo, lors de la remontée, comme l’air ne sort pas assez vite, il tend à reprendre son volume initial plus rapidement que ce que le plongeur peut expirer. Dès lors, la surpression pulmonaire guette tapie dans son coin. 

Ce tableau fait partie de la théorie et on comprend tout de suite qu’asthme et plongée ne font a priori pas bon ménage. Ce pourquoi, certains se soient sentis dans l’obligation d’interdire la pratique.

… et en pratique

Si le tableau théorique peut effrayer, en pratique, la recherche et les expériences menées de manière prospective et rétrospective ont montré que la réalité était moins radicale que la théorie.

Il faut savoir que toute personne immergée subit une pression qui dès les premiers mètres provoque une obstruction et des résistances bronchiques équivalentes à un asthme progressif, réversible à la remontée. Ce qui en pratique place tout plongeur dans une situation d’asthmatique bien malgré lui !

Un sous-diagnostic

Le sous-diagnostic est présent. Entre 10 et 15% de la population sera touchée par l’asthme. Cela, à n’importe quelle époque de la vie selon l’environnement et les comportements. Il existe une partie de la population plongeuse qui plonge avec les symptômes de l’asthme sans le savoir. On estime cette proportion à 7 à 8%, sans aucune augmentation du nombre d’accidents relatés. En clair, ces personnes plongent et n’ont pas plus d’accidents. De manière générale, l’asthme correspond à un incident par 100.000 plongées réalisées.

Du côté du tabac

Le tabagisme est largement toléré dans le milieu de la plongée là où asthme et plongée sont parfois pointés du doigt. Pourtant, le tabagisme est à l’origine de la deuxième cause de mortalité mondiale depuis 2020. La BPCO (Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive) pour la citer. Cette maladie chronique est quant à elle plus méchante et surtout, contrairement à l’asthme, irréversible. Le plongeur qui fume présente donc les mêmes symptômes que l’asthmatique. Mais il aggrave sa fonction respiratoire à la sortie de la plongée contrairement à l’asthmatique. Le sous-diagnostic de la BPCO atteint lui 30 à 50% ! Ce qui par conséquent induit une quantité de plongeurs obstructifs importante. 
Le tabagisme n’est pas considéré comme une contre-indication à la plongée sous-marine actuellement. Alors que l’augmentation du CO2 chez le plongeur fumeur justifie à elle seule un facteur favorisant de l’ADD.

Et si c’était le stress ?

L’hyperventilation de stress est souvent confondue avec l’asthme dans les incidences d’accidents de plongée. Si les symptômes se ressemblent, le fonctionnement est très différent. Malheureusement, cela a contribué à diaboliser l’asthme dans la communauté plongée par amalgame.

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Quelle attitude adopter si l’on est asthmatique et que l’on veut plonger ?

Pas question de faire tout et n’importe quoi lorsque l’on souffre d’asthme et que l’on veut faire de la plongée. Pour cela, Roland propose 6 recommandations :

1. Réaliser un examen

Tout plongeur présentant des antécédents familiaux, des sifflements expiratoires et/ou un essoufflement au repos ou à l’effort ou à certaines époques de l’année devrait consulter un(e) pneumologue et réaliser une épreuve fonctionnelle respiratoire ainsi qu’une épreuve d’effort à l’air sec. Pour rappel, l’air contenu dans une bouteille de plongée varie entre 10% et maximum 40% d’humidité, ce qui fait un air inspiré très sec. Par ailleurs, la plongée sur bouteille, contrairement à certaines croyances, est généralement considérée comme un effort équivalent à une marche à 6km/h avec paquetage, un match de tennis en double ou un match de volley de deuxième division ! Mieux vaut le savoir.

2. Ne pas plonger si…

L’asthme d’effort, à l’air sec et/ou froid ainsi que l’asthme allergène non contrôlé (le traitement médicamenteux n’élimine pas les symptômes), sont et restent des contre-indications absolues à la pratique de la plongée sous-marine. En pratique un asthme allergique aux pollens, contrôlé au niveau pharmacologique, au mois d’avril ne présente pas plus de risques que le lambda.

3. Prévenir à l’aide de son traitement habituel

Une inhalation de 2 puffs de son bronchodilatateur habituel ( Ventolin(e), Salbutamol, etc.) à titre préventif 20 min avant la plongée est recommandée.

4. Utiliser un débitmètre

L’utilisation d’un débitmètre de pointe, facilement disponible en pharmacie, est intéressante avant la plongée pour les sujets à risque de manière à objectiver que leur asthme est contrôlé.

5. Eviter le tabagisme (ou mieux, le proscrire?)

Le tabagisme devrait constituer une contre-indication à la pratique de la plongée, surtout si cet habitus est associé à un asthme préexistant puisqu’il aggrave l’inflammation. En outre, l’exercice du monitorat est incompatible avec cette habitude de par son impact pédagogique négatif.

6. Ne pas plonger stressé

Enfin, un contexte de stress et d’anxiété devrait encourager le plongeur à s’abstenir de s’immerger compte tenu de l’impact négatif sur un asthme préexistant. La règle numéro un en plongée, vous vous en souvenez ?

Un tout grand merci à Roland pour ces explications claires et précises .N’hésitez pas à consulter votre médecin ou un pneumologue si vous avez le moindre doute concernant votre capacité respiratoire.

Vous vous sentez concernés ? Vous avez des personnes souffrant d’asthme dans vos binômes ?

Dites-moi cela dans un commentaire directement sur le blog.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène