Miraculé du COVID

6 mars 2020, Christophe se rend en Belgique avec un groupe d’amis pour plonger. Plongeur aguerri, il a l’habitude des immersions profondes à décompression. Il se réjouit donc de cette nouvelle sortie. Pourtant, il ne le sait pas encore, mais cet évènement va le précipiter dans une épreuve terriblement douloureuse. En effet, un des participants est porteur du virus. Toutes et tous vont être contaminés. Mais lui, Christophe devra lutter pour être un miraculé du COVID.

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Descente aux enfers

Cinq jours après la sortie plongée, il ressent les premiers symptômes de la maladie : fièvre, fatigue… Une grosse grippe. Christophe a 46 ans. Il est plutôt sportif même s’il a un léger embonpoint. Mais pas de comorbité.

Le 17 mars cependant, il tombe en détresse respiratoire. Sa saturation en oxygène chute brutalement à 82%. Il est hospitalisé d’urgence. Le scanner montre des poumons très atteints par la maladie.

Le lendemain, ses poumons « lâchent » et il est emmené en réanimation. Alors qu’il est trimballé sur un brancard à travers les couloirs de l’hôpital, Christophe entend le médecin lui dire « tenez bon, on ne va pas vous lâcher ! ». Lui se sent partir et se dit qu’il est en train de mourir. Il est plongé immédiatement dans un coma artificiel. 

Deux jours plus tard, les médecins ignorent s’il passera la nuit. Comme il est plongeur habitué au NITROX (ce qu’ils lui diront plus tard), ils décident de mettre le respirateur au maximum possible en faisant le pari que ses poumons tiendront. Le lendemain, il est toujours vivant.

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Sortir du coma…

Le 29 mars, tel un miraculé du COVID, Christophe est sorti progressivement du coma. Il a 47 ans et vient de fêter son anniversaire dans le coma. Derrière lui, dans un coin de son esprit, un rêve des 11 jours dans cet étrange sommeil : attaché sur une chaise, il voit les poissons et raies mantas qui virevoltent devant lui. Il sait qu’il ira les retrouver.

Alors qu’on pourrait le croire sorti d’affaire, l’enfer commence pour Christophe qui doit tout réapprendre : parler, marcher et même tenir une petite cuillère. Il découvre la dépendance.

En effet, durant son sommeil artificiel, son corps s’est nourri de sa masse musculaire et il a perdu 10 kilos de muscles. En plus, il se chope une septicémie. L’horreur. Pour récupérer et alors que la pandémie fait rage autour de lui, il devra effectuer au total 5 semaines d’hospitalisation. Avec les kinés, il fait de l’exercice et arrive progressivement à marcher 500 mètres. Une victoire pour lui qui prend conscience qu’il va devoir avancer à petits pas.

« Quand tu as 30, 40, 50 ou 60 ans, que tu es actif et que tu dois te brider, c’est vraiment difficile », me confie-t-il.

Fin avril, il rentre chez lui. Comme le confinement est encore total, il doit poursuivre seul sa rééducation. Alors bien même qu’il était censé être à Safaga pour apprendre à utiliser le REVO qu’il venait d’acheter en février, il se retrouve complètement diminué physiquement et totalement incapable de reprendre son activité de plongée.

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… et prendre son cap !

Christophe est conscient qu’il a côtoyé la mort et qu’il a obtenu une deuxième chance. Dès lors, il se focalise sur son cap : replonger et aller faire sa formation recycleur REVO !

Il parle d’un cap et non d’une finalité, car pour lui la seule finalité valable est de VIVRE !

Aussi Christophe met toute son énergie à se reconstruire pour garder ce cap. À ses yeux, la reconstruction après le COVID est avant toute chose une volonté de vouloir guérir. Il se considère comme un miraculé du COVID et ne veut pas baisser les bras. Et son objectif lui donne la force et le courage d’y arriver.

Il se rend régulièrement à la piscine avant d’aller en snorkeling à la gravière. 

« Je voyais les copains sous l’eau et je me disais bientôt j’y serai aussi ! Et ça me motivait tout ça » dit-il.

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La lumière au bout du tunnel

En août 2021, le scanner se montre enfin meilleur. Les taches ont quasiment toute disparu et il ne reste que quelques fibroses. Christophe qui est un habitué de la Gravière du Fort demande à Bernard Schittly comment s’y prendre pour retourner plonger. Ce dernier lui propose d’avoir l’accord des médecins fédéraux. 

19 mois après avoir été terrassé par le COVID et même s’il garde encore des séquelles de la maladie, Christophe obtient l’accord du pneumologue pour redémarrer son activité préférée.

Comme il tient à sa vie, il décide cependant qu’il se limitera dans un premier temps aux plongées peu profondes en circuit ouvert avec du NITROX. Mais avant tout, il va prendre le temps de vérifier et d’entretenir consciencieusement son matériel.

« Ma vie a changé ! » me dit-il. 

Christophe a quitté son boulot pour se lancer comme indépendant et s’est remis petit à petit de sa maladie. Entouré par ses proches, il est heureux d’y être arrivé.

Un miraculé du covid

Christophe se considère comme un vrai miraculé du COVID.

Il pense aujourd’hui qu’à l’inverse d’une grippe, le COVID attaque tout le corps et se montre violent pour l’organisme.

Je veux revoir les raies mantas de mes rêves, mais pour moi c’est SAFETY FIRST. J’y mettrai le temps nécessaire, mais je sais que j’y arriverai.

Christophe

Si vous échangez avec lui, il vous conseillera d’écouter les recommandations des médecins hyperbares, car non, le COVID n’est pas encore partit !

Aujourd’hui, Christophe a accepté de partager avec nous son témoignage, car pour lui il ne faut pas minimiser les risques du COVID liés à la plongée. Et si la plongée l’a sauvé en lui permettant de tenir bon pour remonter la pente, il pense que chacun et chacune doit savoir et agir en conséquence en privilégiant toujours la sécurité. Il ne comprend pas ceux et celles qui parlent de leur liberté de ne pas être vacciné. « Moi, attaché sur mon lit d’hôpital, elle était où ma liberté? »

Pour finir, il ajoute : protégez-vous et prenez soin de vous. Mais protégez et prenez aussi soin des autres !

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De l’émotion

Lorsque je raccroche le téléphone après un long échange avec Christophe, l’émotion m’a envahie. Je me sens empathique envers lui et ses proches qui l’ont aidé à traverser l’épreuve. Reconnaissante aussi de la confiance qu’il me témoigne en acceptant de me confier son expérience si douloureuse.

Je ressens également énormément de gratitude envers la vie qui m’a épargnée cette terrible épreuve. Et je me dis comme lui : SAFETY FIRST. Une fois de plus je pense que les recommandations du milieu de la médecine hyperbare ont tout leur sens et que je ne peux que vous encourager à suivre leurs conseils.

Et surtout… Prenez soi de vous et des autres

Hélène

Merci à Mike Weiss pour la photo, de Christophe, qui illustre cet article.

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