Rencontre avec une incroyable passionnée

J’ai découvert les talents de photographie sous-marine de Stéphanie Floirat-Lohyer alors qu’elle publiait des clichés merveilleux des Cénotes me replongeant de facto dans ce voyage incroyable que j’avais fait dans cette partie du Mexique.

Éblouie par les photos que Stéphanie proposait, j’ai eu envie d’en savoir plus sur ce qui l’avait motivée à entrer dans le monde magique de la photo sous-marine. 

Ambiance de rêve | © Stéphanie Floirat

Relever un défi

Stéphanie, surnommée Fanny (tout le monde la connait comme cela) est enseignante depuis 20 ans à Bordeaux. Bien qu’elle a grandi en Bretagne, elle n’a que peu d’interactions particulières avec la mer.

Elle me faisait même assez peur en fait, me dit-elle.

C’est en 2008, lors de vacances estivales entre amis en Sicile, qu’un d’entre eux lui propose un baptême de plongée à Taormine, avec un staff francophone. 

Nageant « comme un galet », n’ayant jamais mis ni masque, palmes, ni tuba et ayant peur quand elle n’avait pas pied ou quand elle les perdait de vue (ses pieds !), elle relève néanmoins le défi. Parce que Fanny aime relever les challenges qui lui sont proposés et que sa devise est « qui ne tente rien n’a rien », elle se lance dans cette aventure. Les premières craintes dépassées, Fanny tombe sous le charme et l’émerveillement. 

Très vite elle enchaîne les niveaux alternants les formations PADI et FFESSM entre clubs associatifs en métropole et structures commerciales à l’étranger. 6 mois après son baptême, Fanny part seule pour un voyage de plongée de deux semaines en Honduras ! 

Elle intensifie alors ses voyages dédiés à la plongée pour accumuler de l’expérience.

12 ans après ses débuts, elle en est à près de 600 plongées dans des zones géographiques variées : Honduras, Panama, Costa Rica, Mexique, Thaïlande, Maldives, Nouvelle-Calédonie, Philippines, Bali, Cambodge, Malaisie, Réunion, Madagascar, les Canaries, Malte, etc. et surtout l’Égypte qui reste sa destination préférée : pas trop lointaine, pas trop onéreuse et avec des eaux chaudes, riches en plongées variées. 

Hormis ces zones qui font toutes rêver, Fanny plonge aussi de temps à autre près de chez elle, dans le bassin d’Arcachon, qui est une zone fantastique en termes de biodiversité et finalement assez méconnue. C’est là que j’ai aperçu mes premiers hippocampes alors même que je débutais la plongée.

Un hippocampe dans le bassin d'Arcachon.
Hippocampe | © Stéphanie Floirat

Quand Stéphanie Floirat-Lohyer rencontre Laurent Ballesta et Jordi Chias Pujol

En 2014, Fanny visionne à la télévision le documentaire de Laurent Ballesta sur sa rencontre avec le cœlacanthe. Elle tombe amoureuse du personnage et de son travail photographique et scientifique. 

Dans la foulée, elle apprend qu’un séjour d’une semaine fin août 2014 à Malte, accompagné par ce nouveau Cousteau, est organisé et décide de saisir cette opportunité. 

J’ai débuté la photographie sous-marine en plongeant aux côtés d’un des maîtres dans le domaine… plutôt classe non ?!  

Stéphanie Floirat et Laurent Ballesta sous l'eau.
Binôme de choix | © Stéphanie Floirat

Au cours de cette semaine, elle rencontre d’autres personnes dont un grand photographe espagnol, de renommée internationale, aussi talentueux qu’adorable : Jordi Chias Pujol. 

Ce dernier accepte par la suite de lui donner des cours de photographie sous-marine, à elle et d’autres, sous forme de stages répartis sur plusieurs semaines, en Égypte et aux Canaries. Elle dira de Jordi Chias Pujol, qu’il lui a tout appris point de vue photo sous-marine. C’est lui également qui lui donnera ses premiers conseils en termes de matériel.

Un équipement conseillé par un pro 

La première année en 2015, Fanny s’équipe avec un Sony RX100, excellent compact, ainsi qu’un flash externe (Inon Z240). L’année suivante, un reflex Nikon D7100, complété d’un second flash identique, d’un objectif fish-eye (Tokina 10-17) et un macro (85mm) viendront compléter son équipement. 

Parallèlement à ces formations, en 2015 elle suit des formations photographiques au CODEP33 (FFESSM).

J’ai donc ainsi commencé à me prendre pour Laurent Ballesta, mon idole, au cours de mes propres plongées ! Avec nettement moins de talent… ajoute-t-elle.

Mais moi, je n’en suis pas convaincue, car j’adore ses clichés ! Et vous ?

L’objectif de Stéphanie Floirat-Lohyer en photographie sous-marine

Lorsque je lui pose la question de l’objectif qu’elle poursuit en photographiant le monde sous-marin, sa réponse est assez simple :

Mon but principal est de me faire plaisir, mais de m’améliorer aussi, pour pouvoir rapporter des photos à la hauteur de l’émerveillement ressenti sous l’eau et les partager à ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir plonger. 

Elle rajoute qu’elle apprécie faire connaître au plus grand nombre la beauté, mais aussi la fragilité des mondes sous-marins. Au travers de ses photos, elle se dit qu’elle pourra peut-être donner envie à certains de tenter eux-mêmes l’aventure de la plongée. Et mieux encore d’à avoir envie de préserver ces biotopes si fragiles et précieux. Cette dernière préoccupation rejoignant celle de Laurent Miroult, un autre photographe de talent.

Une anémone jaune et rose.
Poésie de l’océan | © Stéphanie Floirat

Un démarrage en photographie sous l’eau

On a coutume de dire qu’il faut connaître son appareil sur terre avant de l’emmener sous l’eau. C’est une des raisons qui m’a parfois découragée d’aller plus en avant dans la photo sous-marine. Aussi j’étais surprise d’apprendre que Fanny n’avait pas du tout procédé de la sorte. 

En effet, elle a commencé la photo sous-marine sans une seule notion de photographie terrestre. D’ailleurs, à ce jour, elle n’a encore jamais sorti son reflex de son caisson. Elle rajoute qu’elle serait bien en peine de l’utiliser sans le caisson et passerait beaucoup de temps à chercher les boutons sans grande efficacité. Et je me sens du coup beaucoup moins seule…

Un autre point qui me rassure et m’encourage moi qui ai horreur des questions techniques c’est que Fanny n’a pas peur de dire qu’elle n’a que peu de connaissances purement techniques. N’en déplaise aux experts en la matière. 

Lire des notices et m’exercer au sec me gonfle. Et moi, je souris en retranscrivant cela.

Pourtant, Fanny à la volonté de s’y mettre, c’est certain. Mais comment faire quand sur terre, rien ne l’inspire ?  

Portrait de Stéphanie Floirat.
Portrait | © Stéphanie Floirat

Les conseils photo de Stéphanie Floirat-Lohyer

Je suis donc partie d’un niveau néant il y a 5 ans ! Ce qu’il y a de bien, c’est qu’on ne peut que progresser ainsi ! 

Fanny note que les difficultés de la photo sous-marine sont multiples. Il faut avant toute chose savoir plonger… Logique, n’est-ce pas ? 
Enfin, suffisamment bien pour avoir des automatismes dans ce domaine, laissant assez de neurones disponibles pour réfléchir aux réglages de l’appareil.  

Fanny n’a peur de rien, car elle me confie qu’elle a toujours travaillé en mode manuel, entièrement, que ce soit sur le boîtier ou sur les flashs. Et moi qui adore les modes « automatiques » en tous genres, je suis évidemment impressionnée.

En photo sous-marine, il est important de maîtriser les bases de la plongée pour permettre à son esprit de se concentrer sur d’autres paramètres. Par exemple, pour comprendre qu’en fonction de l’environnement, il faudra tel ou tel réglage. Ou bien que les flashs doivent se positionner d’une manière précise et pas autrement. Réfléchir au meilleur cadrage aussi. 

La photo sous-marine demande d’être à la faut fois rapide (car le poisson n’est guère patient comme modèle), mais aussi précis, patient et… persévérant surtout.

Finalement, il faut de la passion, car sinon, à la vue de toutes tes photos ratées, tu aurais vite tendance à revendre tout cet onéreux matériel et à passer au tricot par exemple (ce qui conviendrait davantage à mon banquier c’est certain) ! ajoute-t-elle avec humour.

Si Fanny devait résumer ses conseils, elle dirait :

  • Maîtriser la plongée (➡️ 12 conseils pour améliorer sa flottabilité.
  • Investir dans un bon compact et un flash externe (cette passion a un coût, soyons francs). 
  • Se former auprès d’un photographe sous-marin (la FFESSM organise des stages pour cela, mais aussi des photographes indépendants). 
  • Trouver un binôme, soit photographe, soit vidéaste, soit qui aime la plongée bio, soit… très lent ! 
  • Regarder beaucoup de photos subaquatiques et pourquoi pas terrestres pour comprendre les bases de la composition.
  • Et surtout SE FAIRE PLAISIR !

[À découvrir aussi : 12 autres conseils pour bien débuter la photo sous-marine]

Un banc de poissons jaune et blanc dans les eaux indonésiennes.
En bande | © Stéphanie Floirat

Macro ou grand angle ? 

Stéphanie Floirat-Lohyer a commencé par la photographie dite grand angle. Mais après avoir goûté 2-3 ans plus tard à la macro, elle avoue préférer cela. En effet, la gestion de la lumière est, selon elle, nettement plus aisée. 

Il y a, je trouve, plus de place à la créativité et surtout, au visionnage des photos, au sec, c’est souvent une vraie découverte, car notre objectif voit bien mieux que nous.

C’est que la photographie sous-marine en mode macro lui réserve souvent de belles surprises. Comme cette «puce» sur la flabelline qu’elle n’avait pas vue lors de la plongée.

Une puce sur une flabelline.
Me voyez-vous? | © Stéphanie Floirat

Une passion dévorante

La photo sous-marine est devenue une vraie passion. Je ne pense qu’à cela… quasi tout le temps ! me confie-t-elle.

La preuve : même en confinement Fanny profite du défi bassine dont je vous avais parlé ici pour sortir son matériel. Je vous le dis, rien ne l’arrête.

Stéphanie Floirat photographie des jouets dans une bassine assise dans son jardin en équipement de plongée.
Défi bassine | © Stéphanie Floirat

Pas une journée ne passe sans qu’elle n’admire des photos subaquatiques sur internet, qu’elle ne se documente dans ce domaine (pas trop sur la technique, même si c’est un peu inévitable tout de même). 

Voir le travail d’autres photographes m’a fait beaucoup et rapidement progresser, je crois. Glaner des conseils à gauche et à droite aussi c’est certain. 

L’investissement de Stéphanie Floirat-Lohyer à la FFESSM

Depuis 2017, Fanny est vice-présidente de la commission photo-vidéo du Comité Subaquatique de Nouvelle Aquitaine (CSNA) de la FFESSM. Incroyable, n’est-ce pas ?

Bien entendu, son investissement dans ce domaine lui a permis de rencontrer beaucoup de photographes locaux qui lui ont aussi beaucoup appris. Tout comme elle apprend au travers de ses partages avec des novices notamment en leur expliquant les bases. 

Deux poissons multicolore photographiés par Stéphanie Floirat.
A deux, c’est mieux | © Stéphanie Floirat

Concours photo 

De temps en temps, Fanny participe à des concours photo. Parfois en temps réel : on plonge et on remet notre carte à l’issue de la plongée – on ne juge donc que nos photos brutes. D’autre fois en différé : le travail post production est alors autorisé, dans des limites variables. Se confronter à d’autres dans un concours lui paraît motivant au travers du défi personnel que cela représente, mais également parce qu’elle trouve très valorisant d’avoir les retours positifs de photographes qu’elle admire. 

Diffusion des photos

Quelques fois, Fanny a accepté de vendre quelques photos (rarement, car il faut un niveau bien supérieur au mien) à des magazines spécialisés.

Mais elle a aussi utilisé son travail photographique au service du recensement des requins-baleines de la baie de Nosy Be, à Madagascar. De cette manière, elle a pu contribuer, via sa passion, à une cause utile dans la connaissance du plus gros poisson au Monde. (Association Madagascar Waleshark Project)

Partager sa passion

Si la passion guide Fanny dans son parcours de photographe sous-marin, son plus grand plaisir réside tout de même dans le partage de ses photos auprès de novices de la plongée. Surtout quand elles permettent au grand public de découvrir les fonds du bassin d’Arcachon. Ceci, car ce public est plus habitué aux photos des dauphins et baleines, largement promues dans les médias, que celles des anémones bijoux ou des blennies. Elles sont alors source d’étonnement et d’admiration devant tant de beauté.

Dans le but de partager ses photos et d’en garder une trace des meilleures, Stéphanie Floirat-Lohyer les publie sur son site web que je vous invite à parcourir pour découvrir son talent.

Comment la plongée change la vie ?

C’est une question que j’aime poser aux personnes qui m’impressionne dans le monde de la plongée sous-marine. La réponse de Fanny ne laisse pas de place aux doutes concernant son amour de la photo sous-marine :

La plongée a changé ma vie ; elle l’a embellie. La photo sous-marine m’a rendue encore plus accroc au monde subaquatique et à ses habitants. Je ne peux plus plonger sans mon caisson. Impossible ! 

Le parcours de Fanny est surprenant et illustre à merveille comment la passion comme guide peut changer fondamentalement notre vie pour peu que nous restions ouverts aux opportunités. Fanny n’avait pas d’attirance particulière pour le milieu marin. Pourtant sur un défi, elle s’initie à la plongée et tombe en amour de cet univers magique. De même, elle n’était pas attiré par la photo. Cependant, alors qu’elle a visionné un film de Laurent Ballesta, elle ose l’aventure de la photo sous-marine au travers d’un séjour avec ce photographe de talent. Aujourd’hui, cette passion pour les clichés aquatiques emplit son existence et lui permet aussi de partager avec toute la communauté ses découvertes et ses émerveillements.

Une belle rencontre que nous souhaitons toutes les deux concrétiser par une prochaine belle plongée ensemble dans un futur que j’espère proche.

Un poisson clown près de ses alevins.
Ce que l’oeil ne peut voir | © Stéphanie Floirat

Connaissez-vous la photographe Stéphanie Floirat-Lohyer ? Quelle est votre approche de la photo sous-marine ?

Dites-moi cela dans un commentaire ci-dessous, je serai ravie d’échanger avec vous sur ce sujet.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

Vous êtes passionnée d’image sous-marine et/ou vous connaissez quelqu’un qui pourrait être mis en valeur dans cette rubrique ? N’hésitez pas à me contacter via ce formulaire.

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