Tous les exercices ne sont pas pédagogiques (et certains ne sont ni rationnels, ni responsables)

Pédagogie et plongée : tous les exercices sont-ils sans danger ?
En plongée, vous pourriez être tenté de croire que les exercices suivent toujours les bonnes pratiques de la pédagogie.
Pourtant, certains exercices des formations de plongée ne sont ni rationnels, ni vraiment responsables. Et on vous les fait faire.
Je vais illustrer cela au départ d’une discussion récente dans le groupe Facebook associé au blog
Voici le contexte : un internaute demandait s’il devait vraiment faire ses exercices de passage de niveau dans les carrières belges et posait la question relatives aux remontées dans un environnement sombre et froid.
L’idée était éventuellement d’aller les passer ailleurs, dans de meilleures conditions.
Un commentaire est revenu, classique mais révélateur :
« Si on ne s’entraîne pas à faire une remontée assistée à 40 mètres, le plongeur ne saura pas le faire le jour où ça arrivera vraiment. »
Cette phrase résume à elle seule une croyance très répandue en plongée : plus c’est dur, profond ou inconfortable, plus c’est formateur.
Pou moi, en sortant ma casquette de formatrice (en plongée et dans le milieu pro)… ce raisonnement pose problème.
Je vous explique.
Un scénario rare… pour un risque systématique
Dans la réalité de la plongée loisir, devoir remonter un binôme depuis 40 mètres est extrêmement rare. Ce n’est pas impossible, bien sûr. Mais c’est marginal. La plupart des plongeuses et plongeurs ne rencontreront jamais ce problème durant tout leur parcours de plongée. Jamais.
Pourtant, pour couvrir ce scénario hypothétique, on expose 100 % des candidats plongeurs autonomes à cet exercice objectivement plus risqué à cette profondeur :
- profondeur importante,
- narcose,
- surconsommation d’air,
- stress accru,
- environnement parfois peu clément (eau froide, visibilité réduite, carrières).
À mes yeux de formatrice, le ratio bénéfice / risque est mauvais.
Très mauvais même.
Parce que former, ce n’est pas multiplier les risques « au cas où ».
Un exercice n’est jamais une situation neutre
On oublie souvent une chose essentielle : un exercice est déjà une situation stressante.
Il y a la charge mentale, le regard du moniteur, la peur de mal faire, la pression de la validation.
Ce stress est normal fait souvent partie de l’apprentissage.
Mais ajouter à ce stress pédagogique :
- une altération cognitive liée à la narcose,
- une marge de manœuvre réduite,
- une gestion de l’air plus critique,
Ce n’est plus un simple acte de formation : c’est surcharger la personne et l’exposer inutilement à une situation potentiellement dangereuse.
Non, on n’automatise pas mieux sous narcose
Autre idée reçue :
« Il faut s’entraîner narcosé pour que le geste devienne instinctif. »
C’est faux. Archi faux.
Sous narcose, les capacités de jugement, de coordination et de prise de décision sont altérées.
On n’automatise pas correctement un geste sous altération cognitive.
On automatise :
- des gestes dégradés,
- imprécis,
- parfois inefficaces…
Et surtout, on peut automatiser de la peur.
Or, on sait tout ce que l’angoisse amène comme problèmes en plongée.
(Si vous ne le savez pas, lisez cet article)
En situation réelle, ce sont la clarté du geste et la compréhension des priorités qui font la différence, pas le souvenir vague d’un exercice vécu sous surcharge de stress.
En pédagogie comme en préparation mentale, on sait que l’on ancre durablement et positivement ce que l’on apprend dans de bonnes conditions.
Et l’inverse est tout aussi vrai : si vous ancrez des sensations négatives lors d’un apprentissage, elles resteront.
Si vous voulez vraiment « tester » votre réaction à la narcose, faites-le dans de bonnes conditions, hors exercices, avec un binôme de confiance. Comprendre comment votre corps fonctionne en profondeur peut être intéressant. Mais cela ne devrait jamais se faire dans une situation d’exercice.
« On a plus de temps à 40 m » : une illusion
On entend parfois :
« À 40 mètres, on a plus de temps pour corriger une erreur qu’à 20 mètres. »
En réalité, on a peut-être plus de mètres, mais :
- moins de lucidité,
- moins d’air,
- moins de marge,
- moins de capacité d’analyse.
Retenez une chose importante : la profondeur n’offre pas du temps ; elle enlève des options.
Pédagogie en plongée : bien apprendre, c’est transférer… pas reproduire à l’identique
Dire qu’un plongeur ne saura pas agir à 40 mètres parce qu’il ne s’y est pas entraîné à cette profondeur est une erreur.
Si un geste est bien appris, compris et intégré, il sera mobilisable en situation réelle, comme il pourra, avec le stress du moment, comme dans toute situation d’urgence.
C’est le principe du transfert de compétence.
La profondeur de l’exercice ne crée pas la compétence.
La qualité de l’apprentissage, oui.
Il vaut mille fois mieux refaire le geste tranquillement cinq fois à 10 ou 15 m de fond que de le faire une fois sous stress à – 40 m.
L’histoire de la plongée nous l’a déjà montré
La plongée a longtemps pratiqué des exercices aujourd’hui abandonnés car reconnus comme accidentogènes.
Les remontées sans embout en sont un exemple emblématique.
À l’époque aussi, on pensait « bien former ».
On travaillait simplement avec les croyances et connaissances du moment.
Mais les connaissances ont évolué.
Le public a évolué.
Le matériel a évolué.
Les cursus de formation ont évolué.
LIRE AUSSI | Formation De Plongée : Ces Exercices Que Vous Ne Devriez Plus Apprendre Ou Enseigner Aujourd’hui
S’adapter à ce qui existe aujourd’hui ne doit pas être vu comme une régression.
Au contraire, réfléchir sur la pédagogie en plongée, c’est une évolution vers plus de plaisir et plus de sécurité.
Et n’oubliez pas un point souvent passé sous silence : ces exercices engagent aussi la sécurité des moniteurs à chaque répétition.
Enchaîner remontées assistées profondes et exercices lourds met aussi leurs corps et leur sécurité à l’épreuve. Pourtant, vous les aimez, n’est-ce pas ?
Former, ce n’est définitivement pas mettre à l’épreuve sous stress
La plongée est un loisir.
La formation est un accompagnement.
Un exercice est un outil (Ce n’est pas une épreuve initiatique ou une épreuve de force.)
Former de bons plongeurs, ce n’est pas les exposer inutilement.
Former, c’est donner des compétences transférables, durables et sécurisantes.
Mettre tout le monde en danger pour couvrir un scénario très improbable n’est, à mes yeux, ni rationnel ni responsable.
Et cela ne respecte pas les bonnes pratiques de pédagogie en plongée et hors plongée.
Et c’est précisément pour cela que ces questions méritent d’être posées.
L’idée n’est pas d’affaiblir la plongée, mais de la faire évoluer.
Mais alors, où faire les exercices ?
Franchement, pour ma part, si vous avez le choix d’aller faire vos exercices dans des environnements chauds et offrant une belle visibilité, allez-y. Maintenant, si votre objectif est de plonger toujours en combinaison étanche dans des eaux froides et rien que ça, il sera évidemment intéressant de vous entrainer dans ces conditions. Mais à plus faible profondeur ça marche aussi, pour répéter.
Une des règles à mon avis lors des formations est de ne JAMAIS et sous aucun prétexte vous mettre en danger.
Vous avez toujours le droit de dire NON. C’est votre vie et la plongée est un LOISIR.
Pédagogie en plongée, qu’en pensez-vous ?
Vous avez vécu des exercices inutiles ou dangereux ? Racontez-le en commentaire.
Et surtout… continuez d’être HEUREUX / HEUREUSE sous l’eau et en surface aussi 😊
Hélène




