L’enfant qui ne pouvait pas plonger

C’était un petit garçon d’apparence comme les autres, du moins sur papier ou sur photo. Pourtant Jules, du haut de ses 11 ans, était un enfant qui ne pouvait pas plonger. 

J’ai fait sa connaissance lors d’une formation pour un groupe d’enfants dans le cadre de la promotion du sport chez les jeunes. J’y participais en tant que monitrice avec d’autres bénévoles.

Les jeunes qui s’étaient présentés ce jour-là étaient motivés et curieux comme nous avions l’habitude d’en recevoir lors de ces animations. Et puis, il y avait Jules.

Impossible de le rater, il sautait dans tous les sens, posait des questions sans discontinuer…

Nous devions réaliser une dizaine de séances en piscine avec les enfants et terminer par une plongée en milieu extérieur. Oui mais voilà, très vite les moniteurs et monitrices s’arrachaient les cheveux avec cet enfant aux besoins particuliers qui était difficile à cadrer.

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L’unique plongée

Pour être complète, il me faut préciser que Jules avait un profil TDAH et qu’il demandait, je le reconnais, une attention accrue. De plus, il souffrait d’épilepsie, ce qui représentait une interdiction formelle à la plongée. C’était donc un enfant qui ne pouvait pas plonger, mais qui se trouvait pourtant là, avec nous dans la piscine.

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La raison était simple. Comme sa maladie était stabilisée depuis plusieurs années, son neurologue avait donné l’autorisation exceptionnelle à Jules de réaliser son rêve et de participer à ce stage et la plongée en extérieur comprise. Plongée qui devrait être sa seule et unique expérience.

Malgré les difficultés que nous avions à gérer cet enfant, et peut-être parce que j’avais pas mal bossé auparavant avec des jeunes présentant ce type de profil, je me suis rapidement prise d’affection pour ce gamin surprenant, intelligent et finalement assez marrant.

Vient la question de savoir qui ferait la plongée en milieu naturel avec lui. Tandis que les autres « faisaient un pas en arrière », je me suis portée volontaire. Et je n’allais pas être déçue !

Quand Jules s’immerge

Nous nous réunissons au bord d’une carrière belge et réalisons un briefing complet. Mais aussi une feuille de palanquée selon les desiderata des uns et des autres. 

Comme nous sommes en surnombre ce jour-là point de vue de l’encadrement, je suggère qu’un moniteur m’accompagne et reste en retrait près à réagir le cas échéant. Mon ami Vincent est tenté par l’expérience.

Nous nous équipons et amenons Jules, qui saute comme une puce, au plan d’eau.

Afin que tout se passe bien, nous nous immergeons rapidement. Pour dire vrai, sachant que c’était un enfant qui ne pouvait pas plonger et que cela serait donc sa seule et unique expérience, j’avais à cœur de rendre son immersion la plus sereine possible. Sans stress et sans énervement préalable.

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Et là, tout à coup la magie opère. C’est un autre enfant qui évolue avec moi dans cet univers que je connais si bien. Des carpes, un esturgeon, des babioles comme on peut en trouver dans nos plans d’eau… Le reflet de la lumière qui danse dans l’herbier aussi…Tout l’intéresse.

Jules est émerveillé, absorbé par ce qui l’entoure, contemplatif… et d’un calme fascinant. 

Durant le temps de son immersion, il répond de manière adéquate aux signes, réalise les bons gestes, se tient près de moi sans gigoter.

Je me retourne et souris à Vincent qui me rend mon sourire et me signal qu’il n’a décidément pas grand-chose à faire pour m’aider.

Retour en surface

Bien sûr, il nous faut décider de remonter, car l’eau n’est pas si chaude.

Alors même que nous faisons surface, je croise le regard inquiet de sa maman restée au bord. Je lui souris, enlève mon détendeur de la bouche et lui dit : « c’était magnifique ».

Alors son visage se détend avant de s’illuminer.

Dans mes yeux qui pétillent et au travers de mes mots qu’elle entend, elle a la certitude que j’ai passé un excellent moment de plongée en compagnie de son enfant.

La maman de l’enfant qui ne pouvait pas plonger

Plus tard, sur le parking, je discute avec elle. Elle me confie, émue, que c’est la toute première fois que quelqu’un lui dit qu’une activité s’est bien passée avec son fils. Ça me touche terriblement de prendre conscience que cette mère ne reçoit jamais de retour positif concernant son enfant. Des larmes discrètes coulent sur ses joues.

Et puis, Jules déboule et me saute dans les bras. Je le fais tournoyer avant de le serrer contre moi. Car je suis également et sincèrement ravie de cette expérience.

Cette plongée d’exception avec cet enfant qui ne pouvait pas plonger reste un souvenir inoubliable de mon parcours de monitrice.

Ce que vous donnez, vous le recevez en retour… démultiplié. N’est-ce pas un peu ça aussi la beauté de la vie ?

Un enfant qui ne peut pas plonger, un ado pas comme les autres, un adulte particulièrement angoissé … Quelles sont vos expériences ? Comment réagiriez-vous dans ce cas ? …. Partagez cela en commentaire directement sur le blog.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène