Incidents de plongée : le guide seul en cause ?

Certains détails peuvent (vraiment) faire d’une simple plongée une situation accidentogène.

C’est une histoire ordinaire qui pourrait vous arriver que je vais vous relater ici.

Vraie de toutes pièces, seuls les prénoms et la photo de l’article ne collent pas à la véritable histoire afin de garder l’anonymat des personnes et du centre de plongée en question.

Cela commence comme beaucoup d’histoire, de manière assez banale, par l’envie de prendre des vacances : il y a déjà quelques temps, Stéphanie a eu le plaisir de partir plonger en famille et entre amis dans une destination aux eaux claires et chaudes.

…Malheureusement, sa première plongée ne s’est pas passée comme elle l’aurait souhaité

Retour sur une plongée qui aurait pu mal tourner

Pour l’occasion de ses vacances en famille, Stéphanie et les autres membres de son groupe forment une palanquée hétérogène : deux plongeurs de 60 ans très expérimentés, Stéphanie et Alain tous deux moniteurs de plongée et leurs deux adolescents.

Dès leur arrivée, ils avertissent le responsable du centre de leurs niveaux respectifs et lui exposent ce qu’ils souhaitent (leurs enfants étant plongeurs autorisés à plonger jusque – 30 m mais ne dépassant qu’exceptionnellement le seuil des – 20 m par mesure de prudence)

Pour leur première plongée dans cette destination, ils demandent une plongée cool, histoire que ceux et celles qui plongent moins souvent reprennent leurs marques et parce que les enfants les accompagnent.

Ils embarquent donc le lendemain en direction d’un spot apparemment très sympa et on leur attribue un jeune moniteur fraichement certifié. Qu’importe, ils sont autonomes et veulent juste être guidés.

Sur le bateau, impossible de savoir où ils se rendent car c’est une « surprise » (ou parce que le capitaine veut voir selon le courant,…).

Un peu avant d’arriver sur le spot, on leur distribue leur lestage : 6kg pour les femmes, 8 kg pour les hommes, pas un de plus. Et, bien sûr, des bouteilles en aluminium.

Si la plupart des plongeurs et plongeuses présents sur le bateau sont en shorty ou en combinaison 3mm, ce n’est pas le cas de Stéphanie et sa palanquée. Ils plongent en 5mm car ils ont prévu d’autres plongées nécessitant une isolation thermique un peu plus épaisse dans la suite de leur voyage.

Manifestement, ils n’ont pas le choix et plongeront avec ce lestage qui risque bien d’être trop juste… (J’avais déjà expliqué dans un précédent article cette espèce de phobie du sous-lestage qui peut vraiment poser problème.)

Juste avant l’immersion, les moniteurs présents leur expliquent qu’ils vont plonger sur une épave posée sur un fond de -27m. Pour une première plongée de « réadaptation » avec les enfants, ça ne convient pas du tout à Stéphanie qui expose ses craintes au moniteur qui lui répond qu’il n’y a « pas de soucis, tu peux facilement explorer le haut de l’épave et rester sur les -20m », mouais. Pas convaincue mais devant l’envie de tous de s’immerger, elle cède et ils décident de se mettre à l’eau.

Comme il y a un peu de courant, le capitaine les drope un peu plus loin de manière à ce qu’ils puissent se laisser porter et arriver pile sur l’épave.
Stéphanie et Alain brieffent les enfants et décident que le plus jeune des deux restera auprès d’elle.

Au signal, ils s’immergent et suivent leur jeune guide jusqu’au fond à -27m dans un courant très fort… et sans épave !!!

En trois signes, Stéphanie signale qu’il n’y a pas d’épave, qu’ils sont trop profond et qu’il y a beaucoup de courant et elle demande si l’on arrête la plongée parce que ces conditions sont inadaptées à leur palanquée hétérogène

Le guide lui fait signe de le suivre (à contre-courant)
Euuuh, il est pas bien lui ?
Stéphanie fait signe à son fils de rester cool (ce qu’il est), elle attrape sa bouteille et palme lentement pour deux faisant presque du sur place.

Après quelques minutes qui leur paraissent interminables, et toujours pas d’épave à l’horizon, un des membres de la palanquée s’accroche à une roche car il se sent essoufflé. Stéphanie frôle l’essoufflement aussi et décide d’échanger son binôme avec Alain qui attrape le petit… Plus moyen d’hésiter, ils demandent au guide d’arrêter la plongée.

Le guide fait alors demi-tour, remonte sur le tombant à une profondeur de – 20 mètres et leur demande de le suivre en se laissant porter par le courant.

Très vite, les membres de la palanquée aperçoivent l’épave et les autres palanquées occupées à l’explorer… Le jeune guide (qui ne s’était jamais rendu sur le site) s’était juste trompé de direction en partant à l’opposé. Stéphanie et les autres arrivent sur l’épave avec 90 bars dans leurs bouteilles !

Alors qu’Alain lui fait signe qu’il remonte sur le haut de l’épave avec le petit, Stéphanie contourne celle-ci avec sa grande fille, le guide et le reste de la palanquée.

A peine le temps de contourner l’épave par l’arrière et le courant les reprend en pleine face. Le guide demande à Stéphanie ce qu’il lui reste dans sa bouteille : 70 bars pour elle 90 pour sa fille. Il leur fait signe de venir avec lui sur l’avant du bateau pour terminer la plongée et commence à vouloir lâcher son parachute. Du regard Stéphanie cherche les autres membres de la palanquée. Ses deux amis sont devant elle et sa fille juste à côté mais elle aperçoit Alain avec le petit tout au-dessus de l’épave lui faisant signe que ça ne va pas.

En deux coups de palmes elle attrape le guide et lui signale qu’il y en a deux plus haut et que ça ne va pas. Le guide lui fait comprendre… qu’il ne comprend pas !

Sans demander son reste, Stéphanie remonte suivie du reste de la palanquée vers les deux acolytes qui ont atteint la réserve d’air et en ont surtout marre de lutter contre ce courant.

Le guide finit par les suivre et commence à s’agiter dans tous les sens pour tenter de déployer son parachute. A ce moment Stéphanie et Alain perdent patience, repoussent le parachute et les mouvements désordonnés du guide loin d’eux et tirent calmement leur parachute avant d’entamer tout aussi calmement la remontée.

Leurs deux amis n’ayant pas tout suivi, et pensant que Stéphanie et Alain veulent être « en famille », restent près du guide pour la remontée.

Arrivé au palier, les choses se corsent car, vu que les bouteilles sont nettement moins remplies, Stéphanie et Alain ne sont évidemment pas assez lestés et donc, difficile de tenir un palier de sécurité selon les ordinateurs des enfants, obligatoire selon les leurs, en faisant le double effort de se maintenir à la bonne profondeur et d’y maintenir les enfants !

Stéphanie et Alain décident alors de casser leur palier, de remonter en surface et d’intimer l’ordre aux enfants de rester accrochés à la bouée du parachute avant de redescendre directement à 5m terminer la partie obligatoire de leur palier (40 secondes) pour éviter au moins que leurs ordinateurs ne se bloquent pour la seconde plongée. Le tout en gardant les enfants en visuel (et avec le fil du parachute) vu que l’eau est limpide.

Une fois sur le bateau, le guide vient s’excuser de cette plongée ratée et avoue qu’il ne connaissait pas du tout le site… alors qu’il guide une palanquée hétérogène de 6 personnes (pour ma part, j’en reste bouche bée).

La moitié de leur palanquée, dont les enfants, décident alors de ne pas effectuer la seconde plongée avec ce guide.

Bien sûr, au retour sur la terre ferme et au terme d’une explication avec le responsable du centre, il admettra que cela relève de sa responsabilité, décidera de ne pas leur compter les deux plongées de la matinée et leur attribuera un guide expérimenté pour le reste de leur séjour chez lui.

Heureusement, cette plongée truffée de petits incidents s’est bien terminée alors qu’elle aurait très clairement pu déboucher sur un accident de plongée : essoufflement, panique, remontée trop rapide avec risque de surpression pulmonaire,…

Que peut nous apprendre cette histoire ?

Bien sur nous pourrions crier au scandale contre le centre et/ou le guide de plongée. Cependant, l’erreur est humaine et nous avons toutes et tous une responsabilité à la réussite de notre plongée et des possibilités de mettre toutes les conditions de notre côté pour éviter certains incidents/accidents de plongée

Aussi, plutôt que d’adopter une attitude critique et accusatrice envers le guide (qui n’apporterait peut-être pas grand chose), je vous propose de voir ensemble ce que nous pouvons apprendre de cette histoire et éviter qu’elle ne se reproduise :

  • Lorsque vous avez des demandes précises, assurez-vous quelles sont bien comprises par toutes et tous
  • Refusez de plonger avec un lestage tout juste… vous avez droit à votre confort et à votre sécurité : mieux vaut un kilo de trop qu’un kilo trop peu. Si vous plongez avec des débutants et/ou des enfants, prenez un ou deux kilos supplémentaires pour, le cas échéant, pouvoir les distribuer.
  • Si vous plongez avec une palanquée hétérogène, veillez à ce que l’entièreté du site (et pas juste une partie limitée) corresponde à la personne ayant le niveau de plongée le moins élevé mais également aux réalités des membres qui composent la palanquée (âge, conditions physiques,..)
  • Assurez-vous que votre guide connaisse le site que vous allez explorer. Si la personne vient tout juste d’arriver dans le centre, demandez à être guidé par quelqu’un d’autre qui a un minimum de connaissance des spots prévus.
  • Ne plongez pas à contre-courant surtout si vous ne voyez pas le point que vous devez atteindre (on le sait, on le dit… et parfois on croit néanmoins qu’après ce petit effort on sera au bon endroit)
  • Eviter les suites d’erreurs qui peuvent mener à des situations dangereuses

Voyez-vous encore d’autres enseignements à mettre en avant ?

Partagez-les dans un commentaire directement sur le blog afin que vos bonnes idées ne se perdent pas dans les fils d’actualité et permettent de servir au plus grand nombre d’entre nous

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène