L’autonomie en plongée

Les plongeurs sont-ils des « demeurés infantilisés » ?
C’est la question de Gilles, un internaute, en commentaire de cet article sur la plongée solo qui m’a interpellée. 
Dès lors, je n’ai pu m’empêcher de réfléchir à l’autonomie en plongée et de me demander… à qui profite le crime ? 

Des réactions opposées parfois très vives

Pour bien comprendre les propos de Gilles, je me suis mise à relire les commentaires des internautes sur la question de la pertinence ou pas de la plongée solo. J’ai très vite remarqué que la plupart des personnes avaient un avis tranché sur le sujet. 

Du côté des « pro-solo », le discours était assez clair. La sensation de liberté, l’apprentissage de techniques sécuritaires, la nécessité aussi parfois… Tout cela justifiait cette autonomie en plongée recherchée au travers de la pratique particulière de la plongée.

Ceux-là ne cherchaient pas (trop) à convaincre et semblaient se satisfaire de s’adonner avec plaisir à la plongée solo. Tous (ou presque) insistaient sur l’importance de se former, d’adopter de bonnes pratiques, d’utiliser le bon matériel et d’y aller prudemment et progressivement.

En privé pas mal de plongeurs solo me confiaient qu’ils ne comprenaient pas l’attitude « fermée » disaient-ils des « anti-solo » qui n’avaient pour la plupart jamais eu la curiosité ou l’envie de suivre une formation self-reliant.

Du côté des « anti-solo », la majorité des internautes avouaient n’avoir jamais testé ce type d’immersion. De plus, ils attribuaient aussi d’emblée à cette autonomie en plongée des caractéristiques diverses telles que : danger, inconscience, égoïsme, ennui, manque de partage… Alors bien même qu’elles ignoraient parfois tout des spécificités de la pratique.

Au milieu se trouvaient quelques personnes disant qu’elles ne connaissaient pas et étaient tentées ou pas par l’expérience.

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Une culture de la surprotection ? 

Dans son commentaire, Gilles, rejoint par d’autres habitués du secteur, fait le parallèle entre le monde de l’aviation de tourisme et celui de la plongée. 

Il explique que très vite, après une poignée d’heures, les candidats sont lancés seuls aux commandes de leur avion.  Je suis bluffée car la machine me parait drôlement plus complexe à manœuvrer qu’un bloc de plongée.

De leur côté, les pratiquants de l’univers sous-marin peinent parfois à acquérir une autonomie en plongée. Autonomie qui s’avère finalement assez incomplète puisque nombre d’entre eux affirment que s’immerger seul est imprudent voir insensé. Ce qui les pousse à plonger toujours en palanquée de plusieurs, avec un guide ou sous l’autorité d’un directeur de plongée.

« À qui profite le crime » ? 

Si nous faisons le parallèle entre le monde de l’aéronautique et celui de la plongée, nous pouvons constater que dans ces pratiques, les apprenants doivent assimiler l’utilisation du matériel leur permettant de survivre dans un environnement qui n’est pas le leur. En effet, nous ne sommes ni des poissons ni des oiseaux.

En aviation, les élèves sont très vite lâchés et doivent voler (c’est le cas de le dire) de leurs propres ailes. 

Dès lors, nous pourrions nous attendre à ce que ce soit pareil pour la plongée. Milieu où les personnes devraient alors faire le grand plongeon seuls, mais cela n’arrive jamais dans certaines filières. 

En effet, dans ce monde, les pratiquants continuent parfois durant tout leur parcours à dépendre là d’un guide, là d’un directeur de plongée, là d’un instructeur, etc. 

Pour Gilles, il est clair que ce maintien dans la dépendance est instauré pour garder en place un certain pouvoir de l’autorité.

Et si c’était le cas ? 

Mon expérience de formatrice et les très nombreux témoignages que je reçois régulièrement m’indiquent une tendance à « casser » les remises en cause une fois qu’elles touchent le pouvoir établi.

Dans l’article sur l’information en plongée, je parlais des experts qui souhaitent n’échanger qu’entre eux sur des sujets bien complexes sans partager réellement. J’avais conclu qu’en faisant cela, ils gardaient la main. Ils conservaient la connaissance et donc le pouvoir et l’aura absolue sur « le reste » des plongeurs et plongeuses.

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Et si maintenir les plongeurs et plongeuses dans un état de « dépendance » relevait d’une démarche similaire ? Et si l’autonomie en plongée était réellement bridée par le haut ?

Est-ce acceptable dans notre monde d’aujourd’hui ?
C’est la question que je me pose… et que bien d’autres se posent.

L’autonomie en plongée : un vrai critère pédagogique ?

Les formations de plongées telles que données dans la plupart des cursus permettent l’acquisition d’une autonomie… mais pas tout seul. Les plongeurs sont autonomes pourvu qu’ils soient accompagnés. Étrange, non ?

Il s’agit donc une autonomie relative et dépendante du ou des binômes. 
Dès lors, nous pouvons nous poser la question de savoir si c’est réellement un apprentissage à l‘autonomie ou un leurre. Ou encore celle de savoir si nos formations sont suffisamment complètes…

La réalisation de quelques exercices lors du passage de niveau est-elle suffisante pour parler d’autonomie ? Si oui, pourquoi les plongeurs ne sont jamais autonomes qu’en étant accompagnés ? 

Je reconnais que ce point de vue aussi amené par la réflexion de Gilles ouvre le débat d’une manière intéressante.

Mais peut-être que dans l’univers particulier de la plongée, l’accent n’est pas suffisamment mis sur une réelle autonomie construite et réfléchie 

Le passage des niveaux tel qu’il est pratiqué dans la plupart des filières donne des bases. Cela ne fait pas des apprenants de facto des plongeurs autonomes. Pour cela il leur faudra forger leur expérience.
Ceci, car, en plongée, chaque immersion sera différente. Et le pratiquant sera potentiellement amené à devoir réagir de manière singulière. 

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Des parcours différents répondant à des objectifs différents 

Si l’objectif de la personne est de plonger de temps en temps en vacances toujours accompagnée d’un guide, ce n’est pas gênant. Il se fera plaisir, emmagasinera des souvenirs et profitera de la beauté du monde sous-marin. Une autonomie relative sera alors amplement suffisante.

Par contre, si son objectif est d’aller plus loin, de plonger hors structures ou dans des conditions variées sans encadrement et régulièrement, il aura tout intérêt à avoir appris à apprendre.

Peut-être est-ce là un objectif principal de l’apprentissage de l’autonomie en plongée : donner aux apprenants les clés pour savoir apprendre à bien apprendre
Utiliser ce qui se trouve entre nos deux oreilles. Ceci , sans prendre pour argent comptant tout ce que l’on entend. Ou encore ce que l’on a appris dans une formation parfois lointaine ou surannée.

Mon point de vue sur la question est clair : nous n’apprenons pas suffisamment aux apprenants en plongée sous-marine à réfléchir au sens de ce qu’ils font. 

L’exemple des plongeurs solo en Zélande :

De nombreuses personnes plongent seules dans des situations parfois compliquées. C’est le cas de ceux et celles qui s’immergent en solo en Zélande. Ils évoluent dans des conditions de faible visibilité, dans du courant qui peut être violent, dans de l’eau froide et parfois même dans des zones à navigation soutenue toute proche. Pourtant, je ne pense pas que les plongeurs qui enchaînent depuis des années des plongées solo ou à deux sans « directeur de plongée » dans les eaux de cette destination surprenante soient des fous à lier.

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Ces plongeurs et plongeuses ont la plupart du temps appris, par eux-mêmes ou avec leurs moniteurs, à « réfléchir avec leurs têtes ». Et à oser remettre en question leurs apprentissages. Ils ont également mis en place des techniques et des configurations pour augmenter leur sécurité.
Ils ne partent pas « au petit bonheur la chance ». Au contraire, ils respectent les bonnes pratiques. Aussi, ces plongeurs et plongeuses semblent devenus… autonomes et souvent éloignés des structures.

Les plongeurs, des « demeurés infantilisés » ?

Loin d’être des « demeurés infantilisés », les plongeurs et plongeuses sont tout simplement des personnes qui évoluent dans un environnement dont la philosophie communément admise est d’évoluer en palanquée et de suivre l’autorité. 

Et cela ne concerne pas juste la question de la plongée solo même si au travers de ce type de plongée, cela s’exprime particulièrement bien.

Peut-être que les « décideurs » de certaines filières de formation trouvent effectivement un intérêt à maintenir cette philosophie de l’autonomie relative et de la dépendance à l’autorité… peut-être, oui.

L’autonomie en plongée : qu’est-ce que vous en pensez ? 

Partagez votre avis ici sur le blog, dans un commentaire ci-dessous, pour en faire profiter le plus grand nombre.

Et surtout … n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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