Plongée et Tabac : l’Association Danger ?

Plongée et tabac
Il y a quelques années, je voulais écrire un article sur la plongée et le tabac et l’intituler « moniteurs fumeurs, moniteurs tueurs ». Je me suis ravisée en me disant que je manquais certainement un peu (beaucoup ?) de nuance sur ce coup-là. Disons que je poussais peut-être le bouchon un peu loin.
Pour ma défense, à cette époque, je revenais d’un voyage plongée ou, sur une trentaine de participants, mon binôme Didier et moi-même étions quasi les seuls non-fumeurs. L’enfer 😱
Ceux et celles qui ne fument pas peuvent imaginer comme il était déplaisant pour nous de nous retrouver sans cesse dans un nuage de fumée bleue. Cela, alors bien même que nous faisions une activité sportive de détente censée nous faire du bien et favoriser notre bien-être autant mental que physique.
Finalement, j’ai choisi de laisser le sujet Plongée et Tabac de côté jusqu’aujourd’hui.
Car maintenant, je reviens avec des informations issues du monde de la médecine hyperbare. En effet, j’ai eu l’opportunité de participer il y a quelque temps à une conférence à la Société Belge de Médecine Hyperbare et Subaquatique (SBMHS) donnée par le docteur Guy Vandenhoven sur le sujet du tabac et de la plongée.
Aussi, je vous partage les infos bien utiles que j’y ai glanées.
À propos de l’autrice :
Hello, moi c’est Hélène, monitrice passionnée, ambassadrice DAN et photographe sous-marin. J’ai créé ce blog en 2017 et écrit des centaines d’articles pour inspirer une vague de bienveillance et d’ouverture. Plus d’infos dans cet article.
Des plongeurs fumeurs, vraiment ?
En France, un quart des 18 ans et plus déclare fumer tous les jours. Pour la Belgique, il s’agit de 15% des 15 ans et plus. Pas étonnant dès lors que l’on retrouve un pourcentage plus ou moins équivalent dans le milieu de la plongée.
Mais certains adoptent des comportements pas vraiment recommandés avec l’activité.
En effet, on les voit au bord du plan d’eau fumant une cigarette et profitant de la dernière bouffée parfois juste avant de s’immerger. Les mêmes se ruent sur le tabac quand ils sont parfois encore en combinaison de plongée.
👉 Pensée toute spéciale à Ludovic (nom d’emprunt) qui, après chaque plongée, était déjà occupé de fumer, bière en main. Cela, alors bien même que les autres plongeurs dégréaient seulement leurs blocs.
Alors que l’on connaît l’importance de la respiration en plongée, je suis toujours surprise de voir le nombre de fumeurs autour des plans d’eau. Pire (à mes yeux), les moniteurs de plongée qui discutent, clope au bec, avec leurs élèves avant de se mettre à l’eau.
Dans certains centres, les guides et moniteurs de plongée ont l’obligation d’aller fumer à l’abri des regards des plongeurs. Est-ce mieux ?
Je l’ignore. Mais ce dont je suis certaine est que fumer avant de plonger n’est pas une bonne idée.
Mais pourquoi la plongée et la cigarette ne font pas bon mélange ?
La plongée sous-marine est une activité fascinante qui permet d’explorer les profondeurs et de découvrir des paysages époustouflants.
Cependant, pour profiter pleinement de cette expérience, il est indispensable de prendre soin de sa santé, et cela inclut éviter certaines habitudes néfastes comme le tabagisme. Dans une idée de prévention des accidents, fumer et plonger sont deux activités qui ne font pas bon ménage.
Les Effets du Tabac sur les Poumons
La BPCO : l’Ennemie Silencieuse
La Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO) est une maladie respiratoire courante chez les fumeurs. Elle se caractérise par une obstruction des voies respiratoires, rendant la respiration difficile.
Le goudron présent dans la cigarette détruit les petits cils qui tapissent les poumons et aident à évacuer le mucus. Sans ces cils, le mucus s’accumule, provoquant des toux persistantes et une obstruction des voies respiratoires.
Mais ce n’est pas tout. La destruction progressive des parois alvéolaires peut conduire à …
L’Emphysème : Un Risque Accru de Barotraumatisme
L’emphysème est une autre conséquence grave du tabagisme.
Il se caractérise par la destruction des parois alvéolaires, créant des dilatations dans les poumons. L’emphysème bulleux, en particulier, augmente considérablement les risques de barotraumatisme pulmonaire, une urgence grave en plongée.
Ce dernier se produit lorsque l’air reste piégé dans les poumons et provoque des déchirures ou des ruptures des tissus pulmonaires. Une bonne raison de ne pas associer tabac et plongée. Pas fun, n’est-ce pas ?
L’emphysème bulleux est une contre-indication définitive à la pratique de la plongée sous-marine. Elle se détecte au travers d’une radio des poumons.
Réduction du Flux d’Air et Flexibilité Alvéolaire
Fumer réduit le flux d’air inspiratoire et expiratoire, ce qui signifie que vos poumons ne peuvent pas se remplir et se vider correctement.
La flexibilité des alvéoles, ces petites poches d’air dans les poumons, est également compromise. Cela peut entraîner un phénomène appelé “air trapping”, où l’air reste coincé dans les poumons.
En plongée, cela peut rapidement devenir dangereux, car la pression de l’eau amplifie ces problèmes, augmentant ainsi les risques de barotraumatisme.
Les Substances Chimiques : Cocktail Toxique
La cigarette contient une multitude de substances chimiques nocives qui passent directement dans la circulation sanguine.
Ces substances peuvent provoquer des spasmes vasculaires et des vasoconstrictions, réduisant le flux sanguin et augmentant les risques de pathologies cardio-vasculaires. En plongée, ces problèmes augmentés par la consommation de tabac sont exacerbés par la pression de l’eau et l’effort physique.
Concrètement, pour un plongeur, cela signifie une augmentation des risques de complications cardio-vasculaires, particulièrement dangereuses lors des immersions profondes.
Une question de VEMS
Au fur et à mesure du temps chez tout le monde, le VEMS (Volume Expiré Maximum en 1 Seconde) diminue naturellement. Chez un fumeur cette diminution est beaucoup plus rapide.
Si vous vous sentez rapidement essoufflé et que vous êtes fumeur, passer chez un pneumologue est certainement une bonne idée.
Le Monoxyde de Carbone : Voleur d’Oxygène
Fumer juste avant la plongée vous parait peut-être sans danger. Et pourtant…
Le monoxyde de carbone (CO) présent dans la fumée de cigarette a une affinité beaucoup plus grande pour l’hémoglobine que l’oxygène. Il se lie avec l’hémoglobine 220 à 290 fois plus fortement que l’oxygène. C’est dire !
Cela signifie que le CO prend la place de l’oxygène dans votre sang, réduisant ainsi l’oxygénation de vos tissus.
Un plongeur qui fume juste avant de plonger verra ses capacités physiques diminuées, car ses muscles et ses organes (cerveau y compris) ne recevront pas la quantité d’oxygène qu’ils devraient.
Les Conséquences du CO :
- 10 à 20% de CO dans le sang : Début de maux de tête.
- 20 à 30% de CO dans le sang : Maux de tête importants et nausées, incompatibles avec la plongée.
- Au-delà de 30% : Risques de convulsions.
Plus vous descendez en profondeur, plus la pression partielle de CO (PpCO) augmente, accentuant ces effets néfastes. Un plongeur avec un taux élevé de CO dans le sang est un plongeur en danger.
En outre, quelqu’un qui fume énormément est quelqu’un à risque sur les plongées profondes.
Mais ce n’est pas tout. En effet, sachez que si vous fumez à côté de vos binômes, ceux-ci peuvent avoir aussi des effets négatifs.
Alors qu’ils n’ont même pas fumé.
(En ce qui concerne les gaz d’échappement des zodiacs, on n’en parle même pas ! Mettez votre détendeur en bouche et respirez l’air de votre bouteille si le vent pousse les gaz d’échappement vers vous)
LIRE AUSSI | 7 Attitudes Indispensables À Avoir Quand Le Bateau Tombe En Panne
Plongée et tabac : Recommandations
Si la présentation de la SBMH n’est pas rassurante, il faut noter que du côté de DAN, on ne fait pas de lien de causalité entre les ADD et le fait d’associer tabac et plongée. Par contre, une fois l’ADD déclenché, les effets semblent plus importants chez les fumeurs que chez les non-fumeurs.
Aussi, DAN note que le tabagisme réduit la capacité pulmonaire et la tolérance à l’effort des plongeurs. De ce fait, le plongeur fumeur augmente ainsi le risque de situations dangereuses sous l’eau. Mais aussi des lésions pulmonaires dues à des infections ou des obstructions des voies respiratoires par le mucus.
L’équilibre de la pression dans les oreilles peut également être plus compliqué en raison de cet encombrement. Or il est important de protéger nos oreilles en plongée.
Fumer augmente également le risque de maladie artérielle coronaire, qui peut entraîner une angine de poitrine pendant la plongée.
Enfin, les fumeurs présentent des symptômes plus sévères de maladie de décompression comparés aux non-fumeurs.
Ces risques peuvent être atténués par l’arrêt du tabac, des examens de santé préventifs et l’adoption d’un mode de vie plus sain incluant de l’exercice régulier. En gros, c’est le moment de travailler sa condition physique.
Aussi, il est sage de réfléchir aux recommandations à suivre (ou pas, à vous de choisir) concernant le tabac et la plongée.
Arrêter de Fumer : Une Sage Décision
Il n’est jamais trop tard pour arrêter de fumer.
Les bénéfices pour votre santé sont immédiats et se font sentir à long terme dans votre vie de tous les jours que vous plongiez ou non.
Vos poumons commenceront à se régénérer, votre capacité respiratoire s’améliorera, et vous réduirez considérablement les risques associés à la plongée.
Si Vous Ne Pouvez/Voulez Pas Arrêter
- Ne pas fumer au moins 12 heures avant la plongée (je n’ai pas dit 12 secondes ni minutes) : Cela permet de réduire le taux de CO dans le sang et d’améliorer l’oxygénation de vos tissus.
- Ne jamais fumer juste après la plongée ou entre deux plongées : L’intervalle de surface est utile pour assurer une bonne décompression et une oxygénation de vos tissus. Ce n’est pas du tout le moment de griller une cigarette. Votre corps a besoin de récupérer et de se préparer pour la plongée suivante. Fumer pendant l’intervalle de surface augmentera vos risques d’avoir un accident.
- Évitez l’association cigarette et alcool : L’alcool et le tabac forment un cocktail dangereux qui peut altérer vos capacités de jugement et augmenter les risques d’accident. Si vous voulez savoir pourquoi il ne faut pas boire avant de plonger ou juste après, je vous conseille de lire cet article.
LIRE AUSSI | Alcool Et Plongée : Les Chiffres Qui Choquent
Peut-on fumer juste après la plongée ?
À nouveau, personne ne va vous l’interdire. Veillez juste à ne pas enfumer vos binômes. Parce que très clairement, vu que le CO se fixe bien mieux que l’oxygène dans votre sang, vous n’allez pas favoriser une bonne décompression de vos tissus.
De là à dire que cela va provoquer un ADD, personne ne le dit.
Mais alors, peut-on plonger quand on est fumeur ?
Oui… mais il vaut mieux pas au vu des risques associés. La plongée est et doit rester une activité de plaisir en toute sécurité.
Pensez à Votre Portefeuille
Arrêter de fumer (ou réduire votre consommation de cigarettes) peut également avoir un impact positif sur votre portefeuille.
Les économies réalisées peuvent être utilisées pour acheter du nouveau matériel, financer des voyages de plongée supplémentaires ou vous offrir une nouvelle formation.
Pensez-y la prochaine fois que vous envisagez d’allumer une cigarette !
Plongée et Tabac en Conclusion
La plongée est une activité fascinante. Mais associer cigarette et plongée est une mauvaise idée.
Bien sûr, je sais qu’il est difficile d’arrêter. Peut-être même n’en avez-vous pas du tout envie, et c’est votre droit.
Il n’empêche que maintenant, vous savez.
Alors si vous prenez votre risque, pensez tout de même à vos binômes en évitant de fumer juste à côté d’eux avant ou après la plongée. Prenez soin de vous et des autres et plongez en toute sécurité ! 🌊🐠
Quelles sont vos expériences en termes d’association (ou pas) de la cigarette et de la plongée ?
Dites-le moi dans un commentaire ci-dessous.
Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🙂
Hélène
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