Pourquoi on déteste PADI (… mais on ne peut s’empêcher d’y retourner)

Dans un certain monde de la plongée, la mauvaise réputation de PADI est bien connue.

Les critiques allant parfois même jusqu’à séparer les « vrais » plongeurs des plongeurs PADI qui seraient vus par les premiers comme une « sous-classe » de plongeurs mal formés.

Moniteurs certifiés après une poignée de plongées. Cours onéreux et d’un niveau inférieur comparés à ceux des autres organismes de certification. Orientation « commerciale » clairement affichée, … Les arguments vont bon train pour faire à cette méga organisation de plongée une mauvaise réputation.

Mais est-ce réellement justifié ?

Je n’ai jamais passé AUCUN de mes niveaux de plongeuse ou d’instructrice de plongée avec cet organisme de certification. Aussi, j’ai eu envie d’aller voir « pourquoi on déteste PADI »

Qu’est-ce que PADI ?

La Professional Association of Diving Instructors est la plus grande organisation de plongée sous-marine au monde. Née il y a un peu plus de 50 ans aux USA, son succès est fulgurant et a de quoi effrayer ses concurrents.

Leader incontestable de la certification de moniteurs et de plongeurs, présent dans plus de 175 pays, traduisant ses cours dans plus de 20 langues et certifiant un nombre absolument époustouflant de plongeurs et plongeuses chaque année, PADI domine largement un marché mondial de la plongée sous-marine.

Son emprise est telle que PADI serait peut-être bien occupé à ouvrir la porte du territoire français. Cela en créant une incursion dans le monde de la plongée professionnelle en Polynésie. Au risque, pour les défenseurs du brevet d’État, de voir cette ouverture se généraliser à d’autres territoires français.

J’avais traité cette problématique intéressante dans l’article Polynésie : recul critique sur la situation qui bouleverse le milieu français de la plongée sous-marine… et le reste du monde continue de plonger. Mais aussi dans celui Une réforme de la plongée loisir en France est-elle en marche ?

Comment fonctionne PADI ?

Il faut d’abord spécifier que PADI est présent quasi partout dans le monde. Les centres de plongée affichant leur appartenance à cet organisme sont devenus quasi incontournables. Notamment lors des séjours plongée partout aux quatre coins de la planète.

Formation et pédagogie PADI :

Véritable machine de guerre pédagogique, PADI propose des cours dans de nombreuses langues. De ce fait, les élèves ne sont plus obligés d’acheter des manuels dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas nécessairement. Le pendant est que chez PADI, tout est organisé. Et la liberté pédagogique pourrait être bien faible, voire totalement absente. Il semblerait que les cours soient donnés partout dans le monde de la même façon. Ce qui est très certainement pour me déplaire. Même si je suis bien obligée d’admettre que cela empêche probablement certains instructeurs « passés par le trou de la serrure » d’enseigner des paquets d’erreurs à leurs élèves.

En ce qui concerne la formation des moniteurs PADI, c’est normalement un évaluateur externe qui viendra valider la formation du candidat. De manière à contourner le biais des brevets parfois attribués « parce que l’on est potes ».

Organisation des centres PADI :

Afin d’établir son assise, PADI classifie les centres de plongées en fonction de différents services offerts. Comme la vente et l’entretien du matériel de plongée. Mais aussi la possibilité d’effectuer une formation d’instructeur PADI. Ou encore la préparation des professionnels de la plongée à évoluer dans ce milieu. L’opportunité de faire des sorties de plongée en bateau ou un environnement de villégiature sont aussi pris en compte.

De cette manière, le client peut connaitre les différents services proposés. Et effectuer un choix éclairé du centre PADI vers lequel il souhaite se diriger en fonction de ce qu’il souhaite expérimenter.

Comme il y a des critères sur les centres PADI, il est possible aussi qu’il existe une certaine exigence de qualité parfois bien appréciée. Dans cette optique, je dois reconnaître que la majorité des centres de plongée où je n’ai (presque) rien trouvé à redire était des centres de plongée PADI (mais certifiant aussi parfois dans d’autres filières de formation).

Quelles sont les critiques principales à l’encontre de cet organisation ?

Comme dit plus haut, il y a majoritairement trois grandes remarques faites à PADI : 

La volonté affichée de PADI d’avoir une empreinte commerciale.

Par définition, faire du business me semble être le propre de l’entreprise.
Je me pose donc la question de savoir si c’est un tort de vouloir faire fructifier son business ?

À l’exception des clubs de plongée associatifs qui reposent sur la bonne volonté de ses membres bénévoles, je dois bien reconnaître que je n’ai jamais vu aucun centre (quel que soit son appartenance) ne fonctionnant pas de manière «commerciale ».

Les formations trop légères des plongeurs et plongeuses PADI.

Il est parfois surprenant, lorsque l’on a été habitué à passer ses niveaux de plongées sur une longue durée avec de nombreuses plongées au compteur comme ce fut mon cas, de constater qu’un ami, lors d’un séjour d’une semaine en mer chaude, ait obtenu un brevet PADI validant des prérogatives égales aux nôtres.

Pourtant, quand on observe ce qui se fait dans les centres de plongée certifiant au travers d’autres organismes de certification, on s’aperçoit très rapidement que, dans quasi toutes les filières (exception faite de l’associatif, mais pas toujours), on peut également obtenir un niveau sur une semaine.

Une qualité discutable, vraiment ?

Nous pourrions arguer le fait que cette formation soit trop légère. Ou encore qu’elle ne donne pas les bases suffisantes aux plongeurs et plongeuses pour plonger en toute sécurité. Et nous aurions peut-être raison. Pourtant, dans ce cas, il conviendrait au préalable d’effectuer une étude minutieuse. Cela pour évaluer le risque d’accident selon la filière de formation. Mais cela demanderait très certainement beaucoup de temps (et d’argent).

Y a-t-il plus d’accident chez les plongeurs et plongeuses certifiés par PADI que chez ceux et celles des autres filières de formation ?

Nous n’avons pas de réponse à cette question. Cependant, nous pouvons toutefois remarquer que les formations de plongée récréative chez PADI orientent vers des plongées moins profondes. Mais aussi dans la courbe (et donc sans paliers obligatoires). Cela ne viendrait-il pas contrebalancer une formation parfois vue par certains comme trop peu poussée ?

Bien qu’ayant toujours évolué dans un système très différent, je me dis qu’avant de juger d’une éventuelle légèreté des formations, il ne serait peut-être pas inintéressant d’analyser les finalités et objectifs des filières de formation : PADI et son optique de plongée loisir n’a peut-être pas le même objectif que la FFESSM par exemple avec sa plongée sportive… sans que l’une soit meilleure que l’autre mais peut-être juste différente.

La formation PADI des moniteurs

S’il est une critique récurrente concernant le système PADI, c’est très certainement la formation perçue comme « trop légère » de ses moniteurs.

Il est vrai que l’on peut se poser la question de la pertinence de faire entrer un plongeur dans un cursus de moniteur alors qu’il comptabilise à peine 100 plongées à son actif. Et/ou de lui faire enchaîner les formations sans lui laisser le temps d’expérimenter les choses, de ressentir, de tester,… (Et cela se fait malheureusement dans toutes les filières de formation).
Je m’inscris très clairement dans une optique d’apprentissage. Optique où l’on prend le temps d’intégrer les acquis avant de passer à autre chose peu importe l’organisme qui certifiera.

Dans le même ordre d’idées, je pense que c’est lorsque l’on se sent plus aguerri mais pas encore vraiment expérimenté (après quelques dizaines de plongées), que l’on risque le plus d’être imprudent. Dès lors, est-ce raisonnable de choisir le moment où l’on est juste bien à l’aise dans l’eau mais où l’on n’a pas encore beaucoup d’expérience pour débuter une formation de moniteur ? A mon sens, la réponse est surement non.

Une question de transmission ?

Et c’est toute la question de la transmission (et de l’accompagnement) qui se retrouve ici interrogée : Transmettre, oui mais quoi et comment si l’on ne maîtrise encore que sommairement les concepts et techniques ?

Pourtant, tout comme pour les plongeurs, avant de condamner cette manière de faire, il me semble qu’il serait probablement intéressant d’effectuer une comparaison des formations de moniteurs des plus grands organismes de certification. Mais cela demanderait un travail colossal pour obtenir des données statistiquement valables.
Il serait tout aussi intéressant mais certainement compliqué (voir impossible ?) de réaliser une étude sur la fréquence des accidents de plongée selon l’organisme de certification de l’instructeur.

En revanche, ce que nous pouvons observer dans la pratique c’est que la qualité d’un encadrant ne se mesure surement pas à la formation qu’il a suivie. Mais très certainement à ce qu’il va en faire une fois le précieux sésame obtenu.

Les filières de formation : de véritables garantes ?

Mon expérience me montre que la filière de certification n’est pas garante de la qualité des instructeurs. J’avais expliqué ceci dans l’article sur les 9 pires profils d’instructeurs et comment vous pouvez les éviter.
Bien souvent, les compétences de moniteur arriveront avec l’expérience. Sur le tas, après un temps plus ou moins long. Quant aux compétences pédagogiques… Elles seront présentes au départ (certains sont par exemple déjà formateurs ou même formateurs de formateurs dans d’autres domaines), apprises et acquises avec la formation et l’expérience ou définitivement absentes chez certains individus.

Une filière pour travailler dans le monde

Finalement, quoique l’on pense donc de cet organisme de certification, s’il existe toutefois un atout majeur que l’on pourrait attribuer à la formation des moniteurs PADI, c’est qu’elle ouvre des portes partout dans le monde pour travailler dans le secteur de la plongée (à l’exception peut-être de la France même si les centres obligés d’engager une personne porteuse du brevet d’État demandent régulièrement en plus une certification de type PADI).

Alors que penser de PADI ?

Si on déteste un peu PADI (parce que l’on doit bien reconnaître que PADI est partout et fonctionne très bien… Et sans doute bien mieux que notre organisme de certification à nous), lorsque nous souhaitons explorer les mers du monde entier, nous ne pouvons que (très) difficilement nous empêcher d'y retourner.

Peut-être alors qu’il est aujourd’hui temps d’arrêter de vouloir comparer à tous prix. Et d’envisager les choses sous un autre angle. L’essentiel étant surement de plonger avec plaisir en toute sécurité… Sans vouloir coûte que coûte montrer à l’autre en face que sa formation est mauvaise et que la mienne est meilleure.

Une situation qui n’est pas immuable

D’autant que si l’emprise de PADI sur le marché de la plongée est actuellement gigantesque, il se pourrait bien que demain la filière SSI ou une autre challenger vienne se faire une place de plus en plus large, amenant avec elle son lot de spécificités.

Pour ma part, je dois reconnaître que j’ai fait une grande partie de ma formation de plongeuse dans une ambiance s’accordant à dire que les plongeurs PADI n’était pas tout à fait des « vrais » plongeurs. Pourtant, aujourd’hui, je serais heureuse d’assister à une formation de moniteurs PADI et si je devais recommencer mon cursus, j’irais peut-être voir aussi de ce côté-là ce qui s’y passe.

Quelles sont vos expériences et observations ?

Je serai vraiment ravie d’échanger avec vous sur ce sujet dans un commentaire directement sur le blog

Surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène