Commencer la plongée après un accident

Au travers d’un baptême, pour relever un défi suite à un pari, par amour de la nature, afin d’occuper ses vacances… Il existe de très nombreuses façons d’entrer dans le monde de la plongée. Et puis parfois, certains commencent la plongée après un accident. Et c’est tout un monde de nouveaux bonheurs et de grandes joies qui s’offre à eux.

C’est le cas de Jérémy qui a accepté de partager avec beaucoup d’humour comment il est entré dans cet univers particulier. J’avais rencontré Jérémy d’abord au travers d’échanges autour des articles du blog avant de faire sa connaissance lors du salon de la plongée en 2020. Une belle rencontre d’une personne chaleureuse, intelligente et lumineuse dont j’avais très envie de relayer le parcours.

L’accident

« La plongée me semblait un rêve inaccessible lorsque j’étais dans mon lit d’hôpital en 2004. Sortant de concours d’agrégation de biologie/géologie («SVT – sciences de la vie et de la Terre » en EducationNationalien, tout en néologismes et acronymes), je suis prof. 

Je m’en excuse d’avance auprès de ceux que j’aurais choqués ou choquerai : j’ai eu un accident de moto. Pas d’histoire ici, l’amnésie rétrograde n’ayant retenu que « mince, il tourne sans prévenir » peut-être avec des variations de terminologie employée.

Convalescence

Ayant choisi de reforger ma mémoire déglinguée lors du temps figé, je me suis replongé dans « le Grand Bleu » [L. Besson, 1988]. Comme tant d’autres l’ont fait avant moi. Je suis né près de la mer, cette couleur est dans mon sang.
Les sangles et intubations diverses et variées m’empêchaient de me sentir libre dans l’immensité de la mer comme le héros de ce film. Mais l’appel du large était fait. 

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Au hasard de mes vadrouilles, j’ai croisé les diffusions de « Carnets de plongée ». Pour ceux qui n’en auraient pas entendu parler, Francis Le Guen menait les explorateurs télévisuels de rencontres en rencontres. Le tout, parsemé de découvertes en série. « Carnets d’expéditions » n’a pas tardé à suivre le même chemin. 

Tout ce matériel nécessaire, semblable en grande partie au mien par le côté enchevêtré au premier abord, me réconfortait dans mon quotidien de rééducation.

En effet, cet accident m’a laissé avec des séquelles physiques peu importantes au comparatif de celles infligées à certains. Mais pourtant il me mettait dans l’incapacité de pratiquer les sports et activités qui remplissaient mes escapades auparavant. 

Après avoir pourtant passé du temps allongé, en fauteuil, en béquilles, en soins kinésithérapeutiques (et réopérations, en reprenant le cheminement depuis le début), chaque pas restait gênant, inconfortable. Chaque choc sous la plante du pied était pour moi une expérience à éviter.

Commencer la plongée après un accident

De ce fait, par défi personnel, je me suis penché vers la plongée. D’autres se seraient lancés vers le fait de voler. Mais mon honnêteté m’en a empêché. Ou ai-je fait alors encore une rechute de parallaxe sémantique, possiblement. Je voulais m’échapper du sol ferme pour me sentir porté. J’ai donc décider de commencer la plongée après un accident pour ressentir ces nouvelles sensations.

Je me sentais paré, débordant de connaissances (symptôme commun à tous les professeurs, d’où l’épanchement par des explications constantes, CQFD). Mais aussi d’envies de me mettre à l’épreuve, car je venais à peine de me relever. Pourtant (oui, je vais tomber en répétition des marqueurs de l’opposition gardant espoir), je n’étais pas à même de faire face à un groupe d’adolescents sautillants sur une embarcation brinquebalante comme je le voyais de façon récurrente dans les médias lors de mes recherches sur des initiations. 

Et puis, pourquoi une initiation, alors que je connaissais tout après ces visionnages entassés ?

La rencontre

Est venu Vincent, moniteur indépendant hors club, dont la rencontre a été pour moi déterminante. Il a accepté, en entendant mon projet et me voyant boitiller, de m’initier. Et de me former ensuite sans attendre pendant des heures sur un navire. 

Plein des images issues du boîtier et bercé par les paroles du présentateur, je me voyais lui expliquer le fonctionnement des différents composants du matériel lié à la plongée. Mes paroles faisant croire sans doute que je m’y connaissais sur le sujet. Reste de syndrome frontal assurément. Tout sourire, il m’a fait enfiler la combinaison. 

Horreur, mes membres se sentaient prisonniers, serrés comme dans les plâtres maintenant les cassures des membres. L’eau rajoutait un délice lubrifiant certes, mais tout de même. J’ai alors passé le gilet de stabilisation. Oh, mon Dieu, justement car athée ou plutôt agnostique que je suis, mais c’est gênant au possible cet attirail ! 

Voyant mon moniteur entrer dans l’eau, j’attrape un masque, des palmes à ma taille et hop je me lance dans la piscine, sans peur du milieu environnant.

« Ne pas réfléchir sur le moment, il faut y réfléchir avant », m’avait-on dit. 

Mais peut-on commencer la plongée après un accident sans appréhension de tout cet harnachement ?

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Premières sensations

À peine dans l’eau, je n’en croyais pas mes sensations. Ne restait plus qu’un calme utérin (du fait de la consistance dominant tout autour ?). Je me sentais flotter, c’est le cas de le dire… 

Comment peuvent quelques-uns avoir des soucis avec le détendeur, alors que cet air disponible seulement par inhalation buccale me rappelait mes longs moments d’allergies, bouchant le nez ?

Comment ne pas apprécier cet air pur, filtré, qui me faisait me sentir, moi allergique, comme Superman sans la kryptonite ? 

Je vole, et je me déplace ! Un ressenti de maintien, de sécurité, puis une main, apparaissant devant moi et me faisant remettre en question mes croyances, j’ouvrais les yeux avec la lumière décrite dans les écrits mystiques. Merci à mon moniteur. Avant de me rendre compte que je ne savais rien. Encore une fois, j’ai dû réapprendre à me déplacer, à parler sous l’eau, à ne pas me faire comprendre, à réexpliquer, à montrer, à me stabiliser, à respirer même ! 

Commencer la plongée après un accident au sortir de rééducation aide, en fait, à prendre une hauteur dans un monde devenu en 3 dimensions. Fermant les yeux, j’ai appris à connaître mon corps ainsi augmenté dans ses possibilités. Je respire sous l’eau et je n’ai pas mal aux membres, oh joie !

Le sourire, le bonheur, yessss. Reste la découverte, car de la piscine on en a maintes et maintes fois fait le tour, dans son bleu uniforme. 

Jérémy devant la mer.

Immersion dans le bleu

J’ai voulu plonger dans la mer. Pratique quand on décide de commencer la plongée après un accident en étant à Marseille. Au bout du Prado, la mer est à exactement 3 mètres de la piscine.

Le bleu de l’océan, de la mer, de la Méditerranée me faisait vibrer, hérisser les poils. Ou bien était-ce le froid de la période d’essai ? J’ai suivi Vincent dans l’immensité du bleu, et sous la surface cachant bien des aspects. 

Oui je ne fais que parler de cette couleur, car ce n’est que ce que j’ai vu. Du bleu. Ou plutôt une longueur d’onde dans les 499 nm, un bleu vert flou… Un plongée décevante. 

J’ai pu mobiliser mon attention et ma perception seulement sur ma gestion du matériel, et ai fait de rapides progrès. Je ne comprenais pas pourquoi cette main accrochée à ma bouée de secours, pardon à mon moniteur, me montrait des trucs flous et faisait des gestes dans le brouillard. Certes, j’avais compris que la propagation des ondes lumineuses, freinées dans l’élément liquide, limite la zone de perception à quelques mètres autour, ce qui est normal pour un myope tel que je le suis.

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La correction… révélatrice

Mais là… C’est au sortir d’une de ces plongées qu’un autre miracle m’est apparu : le masque avec des verres correcteurs !

Un monde s’est alors ouvert à moi. 
Je n’avais vu que les photographies tirées des livres. Et je pensais que le maniement des optiques de ces maîtres permettait de rendre gloire à un monde flou et teinté. Et que c’était pour nous, communs plongeurs récréatifs, encore loin à atteindre. Avec ce masque, j’ai pris conscience que c’était empli de vie, de microscopique si on y porte attention au gigantisme des bateaux passant au-dessus de nos têtes. Des milliers de questions, des millions de champs de recherches au gré de mes bouquins, des milliards de choses à observer pour tenter de comprendre cette couleur qui emplissait mon champ de vision.
Le bleu saphir de l’eau et le vert opale de la flore, une clarté turquoise précieuse. La plongée m’a fait découvrir des valeurs de ce que je voyais, les valeurs de ceux qui nous accompagnent, les valeurs de la vie. 

Au cours de ma progression dans cet environnement porteur et enveloppant, j’ai perdu mes appréhensions de la foule. Voir des compagnons de plongée, discuter avec eux des merveilles vues, avoir des envies communes m’a fait reprendre goût au partage, à la discussion.

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Plonger pour dépasser un accident est intéressant. Cela a permis à mes difficultés médicales d’être diluées dans l’eau. J’ai pu me remuscler sans chocs, et placer mes mouvements pour que mon corps reprenne la possibilité de faire ce que mon esprit lui suggère. J’ai repris confiance en moi, j’ai fait des rencontres, j’ai exploré des lieux et des situations qui m’auraient paru imaginaires. 

Merci de m’avoir fait plonger bien bas pour avoir la sensation de voler si haut. »

Jérémy Delille

Commencer la plongée après un accident … et ne plus s’arrêter

Commencer la plongée après un accident a été une excellente idée pour Jérémy. Cette immersion dans ce monde en trois dimensions lui a permis de retrouver des sensations de légèreté et de grandes tranches de bonheur.

Passionné de vie sous-marine, il est aujourd’hui fort investit dans différentes action dont le festival Galathea.

Son témoignage nous montre qu’il est tout à fait possible (et même bénéfique) de commencer la plongée après un accident. Certes, il vous faudra parfois adapter la préparation et/ou l’immersion en fonction de vos besoins propres. Mais, avec le feu vert de votre médecin, nul doute que vous irez vous aussi vers des découvertes passionnantes, réconfortantes et enrichissantes.

La plongée vous a aidé à passer un moment difficile de votre vie ?

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Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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