Polynésie : recul critique sur la situation qui bouleverse le milieu français de la plongée sous-marine… et le reste du monde continue de plonger

Que l’on veuille ou non prendre parti sur le débat déjà ancien des formations réalisées en France dans le cadre du brevet d’état ou celles effectuées au travers d’une autre filière telle que PADI, SSI ou NAUI, la situation évoquée récemment en Polynésie ne peut qu’interpeller les plongeurs et plongeuses que nous sommes.

La Polynésie veut ouvrir l’accès à la profession aux moniteurs brevetés par PADI ou d’autres fédérations ?

C’est le tollé.

Du côté des petites structures ou des associations telles que l’ANMP, cette situation effraye.

En effet, si la Polynésie est française, elle a néanmoins un statut particulier qui lui permet de voter dans une certaine mesure des lois et des règlements différents de ceux de la métropole.

La question sous-jacente qui fait peur est :

Mais si les instructeurs PADI ou d’autres fédérations peuvent exercer contre rémunération en Polynésie aujourd’hui, qu’en sera t-il dans le reste des territoires français demain ?

 Prenons du recul

Alors que je ne dispose d’aucune casquette ni d’une fédération « américaine » ni d’un brevet d’Etat français mais juste d’instructeur CMAS, je vous propose de réfléchir ensemble sur cette problématique.

Précisons d’abord qu’aux yeux de toute personne vivant dans le reste du monde, cette question est un non-évènement.

Il me semble donc important de prendre du recul pour cibler les enjeux… et rappeler tout de même que la France est le seul pays du monde où l’exercice de la profession de moniteur de plongée est soumise au suivi d’une formation relativement longue, chère et spécifique organisée par l’Etat ou déléguée par l’Etat.

Ailleurs dans le monde, un instructeur peut librement ouvrir son centre de plongée et exercer contre rémunération pour autant qu’il suive les réglementations socio-économiques propres au pays.

Nous sommes donc en droit de nous demander si les formations dispensées dans le reste du monde sont de moins bonne qualité et offrent moins de sécurité et de confort aux plongeurs.

En effet, seul compte au final le plaisir et la sécurité des personnes qui vont partir à la découverte des mers et des océans, non ?

Nous pouvons débattre sur des arguments dits « sécuritaires » : passer d’une palanquée de 5 à une palanquée de 6 personnes ou permettre 2 baptêmes en même temps ne va pas dans le sens de la sécurité bien sur. Mais limiter la profondeur des plongées polynésiennes comme partout dans l’hexagone quelque soit le niveau ou imposer un pilote sur le bateau pendant les plongées hors lagon est clairement plus sécurisant (même si cela a un coût peut être parfois difficilement supportable pour des plus petites structures)

Nous pouvons également nous interroger sur les procédures de secours, de remontées, d’assistance,… enseignées parfois différemment selon les fédérations mais enseignées dans toutes les fédérations de plongée.

Nous pouvons enfin remettre aussi en cause la qualité de la pédagogie d’enseignement. Mais refuser d’autres méthodes que celle enseignée au travers du Brevet d’Etat ne serait que dénigrer toute autre pédagogie, ce que nous ne ferons/voulons évidement pas. Nous ne voulons pas non plus parler de nivellement par le bas quand nous sommes conscients que la diversité dans l’enseignement est aussi, c’est bien connu, une grande richesse.

Personne ne remettra donc en cause qu’il existe une différence de parcours dans les formations officielles et les autres formations (ex : FFESSM) en temps et argent. Et pourtant, il n’est pas inutile de se poser une autre question :

Si la qualité de la formation officielle est indispensable pour être un bon moniteur dans une structure commerciale, pourquoi laisse-t-on dans le cadre associatif la responsabilité de la totalité des parcours de formation à des moniteurs qui ne l’ont pas suivie ? Pourquoi cette question ne se pose que pour les instructeurs travaillant contre rémunération ?

Il faut rappeler qu’un instructeur breveté par exemple à la FFESSM et ne disposant pas du brevet d’Etat, peut effectuer toute la formation d’un plongeur sur le territoire français du baptême à la certification en passant par l’encadrement… pourvu qu’il ne soit pas rémunéré !

Les clients des structures de plongées du Lavandou ou de la réserve Cousteau en Guadeloupe ont-ils besoin d’un encadrement plus spécifique avec des moniteurs plus qualifiés que les adhérents à un club associatif du centre de la France ?

L’adolescent qui passe ses niveaux dans son club associatif à Orléans serait-il donc en danger car formé par des moniteurs n’ayant pas leur « brevet d’Etat » ?

De plus, un plongeur breveté par un instructeur « brevet d’Etat » et un autre formé par un instructeur FFESSM ne disposant pas du « brevet d’Etat » auront les mêmes prérogatives en plongée. C’est à n’y rien comprendre.

Lorsque nous réfléchissons posément à cela, nous sommes bien forcés de faire preuve d’honnêteté intellectuelle et de se poser la question de savoir si nous ne nous trompons pas de débat.

L’ouverture à la pratique de la plongée d’un point de vue professionnel et commercial à d’autres fédérations étrangères est-elle réellement question de compétences spécifiques à la plongée sous-marine et aux questions de sécurité ou une question économique ?

Sur quelles bases cette obligation de suivre une formation officielle uniquement dans le cas de l’utilisation professionnelle de l’activité est-elle édictée ? Y a-t-il plus d’accidents de plongée chez les plongeurs formés dans des structures associatives avec des encadrants ne disposant pas du sésame de la formation officielle ? Cette formation ne devrait-elle pas être obligatoire pour tous les encadrants qu’ils exercent à titre gratuit ou contre rémunération ? Ou au contraire totalement supprimée ?

Plutôt qu’un débat sur la sécurité et la pédagogie… il semble que c’est plutôt sur le protectionnisme de la profession et le verrouillage de l’accès à ce métier aux étrangers sur le sol français qu’il faudrait débattre. En effet, il est quasi impossible pour un étranger de venir suivre cette formation (vu le temps et l’argent qu’elle demande).

Si historiquement, il y a très certainement une raison pour avoir contraint les personnes voulant exercer le métier de moniteur de plongée à faire des formations d’Etat, aujourd’hui face à la démocratisation de cette activité subaquatique et vu la mobilité des candidats plongeurs qui profitent de leurs vacances pour évoluer dans leurs parcours de formation, cela peut dès lors sembler obsolète.

Force est de constater que même si cette future réglementation polynésienne est sujette à débat et polémique sur les réseaux sociaux, nous devons bien admettre que ce déjà vieux débat n’a peut-être plus de raison d’exister.

Néanmoins, au coeur de cette tourmente polynésienne, une solution est proposée dans la lettre ouverte écrite fin avril 2017 par les organismes responsables de la plongée en Polynésie. Cette solution, sous la forme d’un test (participation libre à l’examen final du Brevet Polynésien d’Educateur Sportif option plongée ) servirait de garde fou et rassurerait les responsables de la plongée en Polynésie quant aux compétences d’instructeurs formés dans d’autres fédérations. Même si cela ne se pratique pas dans le reste du monde, il paraîtrait sensé pour quelqu’un voulant travailler sur le sol polynésien d’en connaitre au minimum les réglementations.

Cependant, outre les difficultés que pourraient rencontrer les plus petites structures pour respecter les nouvelles réglementations (et notamment la présence d’un pilote sur le bateau pendant les plongées ou l’obligation de passer un examen médical poussé), l’ouverture vers les autres fédérations pourrait en réalité représenter une véritable aubaine pour tous.

Le 27 avril 2017, l’institut de la statistique de la Polynésie Française publie que « les principaux marchés émetteurs en progression ce mois-ci (février 2017 ndlr) sont l’Amérique du Nord et le Pacifique alors que les marchés européens et asiatiques se contractent« . Cette constatation, couplée à celle de la baisse du tourisme, montre l’importance pour les structures polynésiennes de pouvoir coller au plus près à la réalité. Travailler avec des professionnels porteurs d’un brevet d’une fédération américaine est indispensable pour pouvoir répondre aux attentes de leurs clients qui ne sont probablement pas intéressés de repartir de leurs séjours avec une carte de certification FFESSM, ANMP ou autre. D’ailleurs, force est de constater au travers des offres d’emploi disponibles sur le site de l’ANMP que le marché est déjà dans cette réalité : pour la Polynésie, l’ensemble des centres recherchant des moniteurs de plongée demande en plus du BEES1 (niveau minimum), une connaissance de l’anglais et un brevet PADI ou SSI.

Le changement fait peur, mais une fois cette peur passée et vu que nous venons de voir qu’il ne s’agit en rien d’un débat sur la pédagogie et les compétences, l’arrivée d’autres moniteurs et encadrants du monde entier pourrait redonner de l’oxygène au tourisme polynésien, apporter d’autres façons de voir les choses, d’autres pratiques, d’autres compétences, …

Et pendant ce temps là… les plongeurs et plongeuses du monde entier font des bulles dans des centres de toutes fédérations sans se soucier le moins du monde de ce micro-problème interne.

Bonnes plongées là-bas ou ailleurs.

…Et n’oubliez pas d’être heureux 🙂

 

Hélène

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