Perdu en mer : quand le bateau n’est plus là

Perdu en mer : quand le bateau n’est plus là

L’expérience angoissante d’être perdu en mer est une expérience qui peut cependant se produire en plongée sous-marine. Aussi, au travers de trois cas réels qui m’ont été relatés, je vous propose de voir ensemble comment nous pouvons tout d’abord prévenir la perte d’un ou des plongeurs en mer. Mais aussi, cibler les comportements à avoir si nous sommes un jour perdu en mer.

Perdus en mer : à Djibouti

Il y a longtemps déjà, Marc, jeune moniteur, effectue une croisière de plongée. Avec sa palanquée de trois plongeurs jeunes, entrainés et expérimentés (N4 ou plus), il partent pour un plongée dérivante. A la remontée, à l’endroit prévu, plus de bateau. Après avoir tenté de rejoindre la côte, ils sont emportés par un courant puissant et dérivent durant plus de 5 heures.

A cette époque, les parachutes de paliers ne font pas partie du matériel. Aussi, ils n’ont pas de moyen de se signaler. L’imagination fonctionne à plein régime : le stress , le dialogue intérieur et la peur apparaissent. Les douleurs se font sentir : soif, fatigue, brulures du soleil,… La palanquée menace de partir en vrille mais les plongeurs se persuadent qu’on est à leur recherche. Ils décident alors de se sangler les uns aux autres pour ne pas se perdre et garder le contact visuel.

Dans la nuit tombante, une petite île apparait dans l’axe. Le courant semble moins fort et les plongeurs font un dernier intense et long effort collectif et d’entraide.

Ils arrivent enfin sain et sauf sur la cote, mais complétement épuisés et frigorifiés.

Le temps de reprendre leurs esprits et de récupérer un peu, il fait nuit. Après une phase d’attente, ils voient un navire qui visiblement cherche sur une zone au large, dans l’axe du courant. Les plongeurs mettent alors leurs phares et lampes en action et au bout d’un moment le phare de recherche du bateau se braque sur « leur » île. Le navire s’approche, une annexe est mise à l’eau, ils sont sauvés.

Raison

Plus tard, ils apprendront que l’annexe principale du bateau était partie chercher deux autres palanquées et était tombée en panne. Le temps de régler le problème et de retourner sur la zone, les plongeurs avaient déjà dérivé… loin, très loin.

Perdus en mer : dans la Manche

Il y a quelques années, des plongeurs effectuent une plongée sur épave un samedi après-midi.

Ils sont prévenus. Il n’y aura pas de courant sur l’épave mais surement lors de la remontée. La dernière palanquée à se mettre à l’eau est composée de Pierre et Sandra, un couple de plongeurs habitués à ces conditions invités pour l’occasion à se joindre à un club du coin. Ils s’apprêtent à entamer leur remontée. Les temps fonds sont respectés mais au palier un courant violent apparait. Les deux plongeurs sont « en drapeau » le long du bout. Dès lors, ils ont bien du mal à suivre la consigne du directeur de plongée à savoir : Remonter si possible le long du bout. Pourtant, au prix de quelques efforts, ils font surface le long du bout.

Surprise : plus de bateau à l’horizon.

Le courant est fort, très fort et le vent s’est levé. La côte est loin et le courant menace de les emporter vers le large. La bouée de marquage de l’épave est tirée par l’eau et presque immergée. Pierre se met à cheval dessus et enjoint Sandra de venir se mettre contre lui afin qu’il s’assure qu’elle ne soit pas emportée. Les deux plongeurs gardent leurs détendeurs en bouche. Après un temps qui leur paraît infiniment long, Sandra demande à Pierre de tirer le parachute de palier et de se laisser emporter par le courant car elle ne tient plus. Pierre lui dit de se laisser aller contre lui et tient pour deux.

Le temps voit encore filer de longues minutes mais Pierre est convaincu qu’il est préférable de ne pas se laisser emporter. Il ignore ce qui s’est passé. Conscient qu’ils étaient les derniers dans l’eau, il se dit qu’ils ont peut-être été « oubliés ». Dans ce cas, les personnes présentes sur le bateau finiront par s’en rendre compte et commenceront les recherches au départ de l’épave. De plus, d’ici on voit encore la côte, se dit-il. Et tout doucement la fin de journée se profile. Finalement, le bateau réapparait se dirigeant vers eux.

Raison 

Le capitaine avait pris l’option d’aller récupérer immédiatement toutes les palanquées qui n’étaient pas remontées comme prévu au bout à cause du courant et avaient effectué leurs paliers en pleine eau se laissant dériver sur plusieurs kilomètres et de manière disparate.

Perdus en mer : dans la Caraïbe

Une famille plonge en palanquée de 4. Nathalie, plongeuse expérimentée, et ses trois enfants, Robin, Léa et Noah âgés de 18 à 25 ans. Le directeur de plongée donne deux possibilités d’immersion sur le même spot. La première sur la face ouest pour aller à la rencontre des tortues en précisant qu’il y aura du courant et un fond de – 30m. La deuxième sur la face Est plus abritée sur un fond de – 20m, sans difficultés majeures. Ils sont en vacances pour se faire plaisir, aussi, Nathalie choisi la deuxième option. La plongée se passe bien. L’eau est chaude, c’est le milieu des vacances et tout le monde est heureux de plonger ensemble.

Durant l’exploration, un courant apparait. Munie d’un dévidoir, Nathalie tire le parachute de palier du fond et décide de remonter. En surface, elle se rend compte qu’ils sont déjà bien loin. Emportés derrière le sec, ils n’ont plus le bateau en vue. Nathalie attache le parachute à son gilet pour continuer à se signaler. Et l’ensemble de la famille se tient par les bras. Pas question de se séparer.

Les jeunes chantent au gré de la houle qui forment des creux de plus en plus forts. Robin, plus sensible que son frère et sa sœur au mal de mer, change de couleur et se met à vomir. Il est temps que le bateau apparaisse, se dit Nathalie. Mais elle reste positive et rassurante pour ses enfants. Heureusement, après un moment de dérive, le bateau vient les rechercher.

Raison

Le capitaine leur dit qu’il les avait vu partir en dérive quand ils ont tiré le parachute du fond. Cependant, il voulait d’abord récupérer les palanquées parties à l’ouest avant de venir les récupérer.

Quelles sont les raisons pour lesquelles on peut être perdu en mer ?

Il existe de nombreuses raisons qui font que des plongeurs peuvent se retrouver un jour perdus en mer.

  • Changement brusque de météo : courant et/ou vent violent qui se lève
  • Erreur d’orientation : les plongeurs se perdent en allant dans une mauvaise direction ou s’éloignent du sec ou du bord.
  • Problème technique du bateau
  • Erreur de comptage : des plongeurs sont « oubliés »
  • Défaut de surveillance : le capitaine perd de vue des plongeurs
  • Perte de la palanquée
  • Matériel incomplet : pas de moyen de se signaler
La perte d’un plongeur n’est pas un sujet habituellement abordé dans le cadre des formations de plongée. Pourtant, il serait utile d’en parler (surtout pour ceux et celles qui partent plonger en mer). Il est intéressant de parler de ce point avec le responsable de la plongée en mer et l’équipage pour comprendre comment ils sont préparés à ce genre de cas.

Perdu en mer : prévention

Afin de diminuer les risques d’être perdu en mer, on peut se préparer en étant attentif à plusieurs points.

Matériel

  1. Avoir du matériel permettant d’être vu, d’être localisé avec l’un ou plusieurs des moyens suivants :
  • Miroir
  • Sifflet : intéressant en cas de brouillard par exemple
  • Gilet coloré et/ou avec bandes réfléchissantes
  • Parachute de palier le plus long et volumineux possible (un par plongeur, pas par palanquée ! )
  • Balise de détresse GPS et VHF spéciale plongée (+/- 200€): probablement le must en terme de sécurité.

2.  Disposer de matériel complet et bien entretenu : un parachute de palier par plongeur (oui, je sais, je l’ai déjà écrit).
3.  Préparer son matériel : batteries des lampes rechargées, parachute de palier avec dévidoir sans nœuds, tuba pliable dans la poche,…
4.  Prévoir une combinaison de plongée suffisamment chaude pour un temps supérieur à la plongée planifiée.
5.  Prévoir un débordoir peut être rassurant
6.  …

A découvrir : 10 points pour entretenir facilement votre matériel de plongée (et le garder longtemps)

Comportements

  1. En premier lieu, il convient de se tenir au courant de la météo et de toujours préférer les conditions favorables. Il faut également plonger à l’étal (avec facteur de correction local) pour les mers à marées.
  2. Respectez ce qui a été mentionné lors du briefing par la personne ayant autorité pour le faire (directeur de plongée, dive master, … )
  3. « Plan your dive and dive your plan » C’est un principe de base qu’il faut continuer de marteler. Planifiez votre plongée et tenez-vous à ce qui a été planifié. On ne change pas en cours de route même si on aperçoit un super requin bien au large.
  4. Définir un plan B : « What if » : que fait-on si… ?
  5. Rester ensemble : un plongeur de votre palanquée est trop lent ou trop rapide ? Ne laissez pas votre palanquée s’effilocher : communiquez entre vous et adoptez un rythme qui convient au plus « faible » d’entre vous. La plongée n’est pas une course mais un plaisir d’être ensemble.
  6. Lors des remontées en pleine eau, préférez un parachute de palier avec un dévidoir qui vous permet de le tirer du fond. Le capitaine du bateau vous apercevra et même s’il ne peut pas vous récupérer tout de suite et que vous partez en dérive durant vos paliers, il pourra vous suivre. Ne pas attendre d’arriver au palier. Parfois, sans le savoir, vous êtes déjà bien loin.
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Perdu en mer : les comportements à avoir

  1. Gonfler son gilet de plongée
  2. Se signaler le plus vite possible : parachute de palier, miroir, balise de détresse, sifflet, …
  3. Si un autre bateau est en vue : essayez de vous faire voir. Mieux vaut être sur le mauvais bateau que perdu en mer.
  4. S’il y a une bouée ou un autre point fixe, restez à cet endroit en vous accrochant par exemple avec une sangle, votre dévidoir,… ou tout autre moyen (mais pas vos bras pour ne pas vous épuiser). Pensez à laisser « du mou » si vous le pouvez.
  5. Gardez votre calme  : distrayez celui ou celle qui prend peur. L’idée est que la planquée ne parte pas en panique.
  6. Ménagez vos forces : inutile de vouloir à tous prix essayer de rejoindre la rive en palmant à contre courant.
  7. Restez ensemble et solidaires : si vous le pouvez, accrochez-vous entre vous.
  8. Gardez votre bloc : vous ignorez combien de temps vous aller devoir rester en mer. Le gilet gonflé vous aidera à vous maintenir en surface même en cas de fatigue. La question du lestage va aussi être posée : larguer ou pas les plombs ? Les poches à lest ne vous gêneront pas et vous permettront peut-être une meilleure flottabilité si vous êtes amenés à devoir nager. D’un autre côté, c’est du poids à transporter. A priori, mon sentiment est qu’il vaut mieux garder le lestage s’il ne gêne pas et si on ne fait pas d’effort.
Merci à Marc, Pierre et Sandra, Nathalie et ses enfants qui ont inspiré cet article et ont participé à la réflexion sur les conseils en matière de prévention et des comportements à avoir lorsque l’on est perdu en mer.

Perdu en mer : ça vous fait peur ? Vous n’y pensez pas ? Dans le cadre de votre formation vous avez tout appris ? Vous avez déjà été dans le cas ?

Dites-moi dans un message directement sur le blog, … J’échangerai avec plaisir avec vous 

Et surtout … n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

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